Littérature québécoise
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La fille d’Ulysse et l’idéalisation du voyage

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La fille d’Ulysse, de Marie-Pascale Huglo, est un récit de voyage qui n’en est pas un. C’est plus une fuite qu’un voyage, c’est un empressement, un étouffement qui conduit nulle part. Dans ce récit écrit à la première personne, on ne connaît pas le nom du personnage principal, une jeune femme de 17 ans qui vit sur une petite île du sud. Blasée par un milieu isolé elle part, laissant derrière elle sa soeur jumelle. Clandestine, elle est loin d’avoir le choix de sa destination et se retrouve sur ce que Huglo appelle le neuvième continent.

À travers le périple de la «fille d’Ulysse», on se retrouve donc sur le neuvième continent, une île formée par l’agglutination de tonnes de déchets. La tentation d’un nouveau départ est forte pour les volontaires sur ce nouveau continent, mais la réalité rattrape bien vite cette jeune voyageuse qui apprend petit à petit que changer d’endroit ne change pas toujours le mal de place.

Quand je dis que La fille d’Ulysse est un récit de voyage qui n’en est pas un, c’est bien parce que c’est plus un récit du retour que du voyage. La jeune femme fantasme le voyage comme solution à son mal être sur l’île, mais ne se retrouve pas en bien meilleur état durant son périple. Ce n’est qu’en choisissant de retourner et de faire elle-même sa place qu’elle se trouvera elle-même.

 La fille d’Ulysse réalise la plus haute ambition du roman: explorer le monde en traversant les apparences, raconter comment on passe d’une prison à l’autre, d’un rêve à l’autre, d’un rêve qui devient une prison dont on s’évade par un autre rêve. Fable futuriste et voyage initiatique, cette odyssée oscille entre le lyrisme et la satire, entre la beauté des lieux et des êtres et la bêtise. – Quatrième de couverture.

C’est vraiment en lisant le quatrième de couverture que j’ai été intriguée par ce roman et je n’ai pas été déçue. L’utilisation du je pour narrer le récit donne un caractère intimiste à l’oeuvre.  Il nous permet de mieux comprendre la jeune protagoniste, personnage tout en nuances qui est minutieusement construit et élaboré.  C’est à travers les livres que la fille d’Ulysse vit vraiment ses plus grands voyages, mais il lui faudrait vivre un premier voyage initiatique pour se rendre compte que parfois, prendre le temps, comme on le fait pour lire un livre, en vaut la peine.

À travers la voix de la narratrice, on retrouve ce que je crois être des extraits de journal, possédant une touche plus philosophique et réflective. Ce jeu entre les deux casse bien les dialogues et les descriptions en jouant sur l’introspection de la jeune femme.

J’ai déserté l’île natale dans l’espoir que voyager me métamorphoserait en flèche incandescente, toujours en mouvement, femme aux mille et un visages modelés par l’occasion, insaisissable fille du vent. Voyager, c’était sortir de ma prison, tous les moyens seraient bons pour filer à travers l’existence comme une queue de comète. C’était fuir l’abomination d’une vie condamnée à se morde la queue.

La fille d’Ulysse est une lecture que j’ai grandement appréciée, d’une belle finesse, qui se laisse si bien lire et qui aborde le voyage et le retour d’une manière différente, ce qui m’a bien plu. Les lieux sont  embrumés d’incertitude, tout comme les désirs et rêves de la jeune femme. Ce n’est qu’en retournant à la case départ qu’elle comprendra vraiment ce qu’elle cherche, comme quoi vouloir aller trop vite est rarement la bonne solution.

Le retour au bercail est un retour à la case départ car, à voyager à la sauvette comme je l’ai fait, je n’ai guère amélioré mon sort. J’ai changé, mais je ne suis pas plus avancée qu’au premier jour.

 

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Curieuse depuis toujours, Marjorie s’intéresse à un peu tout, avec un penchant marqué pour les mots, le féminisme, les phénomènes de culture populaire et les mystères de la vie. Elle est bachelière en littérature et cofondatrice du Fil rouge, à travers duquel elle tente de faire son petit bout de chemin, lire le plus possible et surtout, apprendre et connecter avec les autres. Naviguant tant bien que mal à travers la vingtaine, elle trouve ses assises dans la lecture et l’écriture, cherchant toujours à comprendre un peu mieux les contradictions qui rendent la vie intéressante. Elle croit que la littérature fait partie de ces choses qui peuvent changer une vie, la rendre un peu plus douce et mettre un baume là où il faut.

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