Littérature québécoise
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Depuis les cendres : voyage dans le deuil

Le deuil d’un proche ne sera jamais une épreuve facile. Chacun le vit à sa manière et la durée varie toujours. Pour affronter la peur et la peine, chaque personne trouvera son échappatoire personnel. Certains devront poser des questions, partager des souvenirs, écrire ses émotions. D’autres auront besoin de l’alcool ou de la drogue, et d’autres encore rencontreront un psychologue. Certains ont besoin de rester seuls, d’autres veulent être continuellement entourés pour oublier. Pour Hubert, le narrateur et personnage principal de Depuis les cendres, c’est le voyage qui l’aidera à comprendre et se souvenir de son père.

Photo par Roxanne K

Photo par Roxanne K

Publié aux éditions Hamac (que j’aime beaucoup), Depuis les cendres d’Emmanuel Bouchard est un livre tout en douceur. C’est le premier roman que je lis de cet auteur, et sa prose m’a enchantée. Sa manière d’écrire les sentiments et les sensations m’a donné des frissons à plusieurs reprises. Il s’agit bien sûr d’un roman un peu lourd de par son sujet, le deuil d’un parent, mais c’est également une aventure dans laquelle on plonge allègrement.

Après la mort de son père, Hubert tente de comprendre la vie de celui-ci. Il part en France, sans itinéraire vraiment, afin de visiter ce pays que son père avait toujours voulu voir. Celui-ci l’accompagnera d’ailleurs tout au long du voyage, puisque Hubert ne portera que des vêtements laissés par le défunt. Au début de son voyage, il rencontrera Helena, une jeune anglaise qui l’aidera à faire face à ses émotions, mais qui lui fera aussi réaliser qu’il est impossible de comprendre la vie.

Un carnet de voyage rempli de réflexions, parfois coupé par des retours dans le temps sur la vie heureuse du père, ainsi que sur ses derniers instants dans la vulnérabilité. Il y a également quelques courriels écrits à la mère du personnage, qui servent plutôt de repères dans l’itinéraire de voyage. Ce sont les passages que j’ai le moins appréciés, mais ils étaient très courts. Sinon, les réflexions sur le deuil, sur la vie, sa fragilité et ce qu’on en fait, sur l’amour et sur la distance que l’on crée soi-même sont très bien écrites et précises. Elles laissent le lecteur le loisir de s’identifier ou non aux analyses du narrateur, mais nul ne peut considérer qu’elles sont totalement irréalistes.

Je n’ai pas eu à faire face au deuil d’un parent, mais j’accompagne mon copain dans son cheminement depuis un an déjà. La lecture de ce roman m’a beaucoup aidée à comprendre les sentiments qui peuvent parfois l’habiter et qu’il lui est impossible d’exprimer. Emmanuel Bouchard sait trouver les mots justes pour décrire ce que personne n’arrive à prononcer, ce que la plupart des gens garderont à l’intérieur, faute de trouver la bonne formulation. Il s’agit d’une lecture bouleversante, mais éclairante à la fois. Et elle démontre que personne n’est totalement seul dans cette épreuve, même à l’autre bout du monde.

Je vous laisse ici quelques citations qui m’ont donné un petit pincement au coeur lorsque je les ai lues :

«La permanence des traces dans les objets, les traces d’une vie à trimer dur. L’atelier : les petits travaux laissés en plan sur l’établi embourbé d’outils, […] l’étagère de rangement installée temporairement dans le coin de l’atelier qu’il s’était promis d’aménager à son goût, d’occuper jusqu’à ses vieux jours. L’inachevé, peu à peu figé dans la durée.» (p. 27-28)

«Ils ont traîné leurs rêves communs dans chaque coin de pays où ils se sont installés, réinstallés. Partout, l’amour et l’expérience leur ont permis de créer assez de familiarité pour pouvoir se reconnaître mutuellement et appréhender l’inconnu.Dans l’infatigable va-et-vient auquel ils se sont obligés, mes parents se sont acharnés à demeurer eux-mêmes.» (p. 113)

«Les larmes sur le papier qui se mélangent à l’encre, les traces noires sur les mains. Trente fois elle a repris le tracé de l’urne, parce que, sur le papier, ce n’est pas encore vraiment la chose, parce que, sur le papier, ça n’existe pas réellement. […] Quatre urnes pour séparer les cendres. Diviser un être, prendre des morceaux de son âme, les mettre ici et là. Ça se fragmente comment, la vie d’un père?» (p. 37)

 Depuis les cendres, Emmanuel Bouchard, Hamac, 2011.
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Un commentaire

  1. Michèle Morin says

    J’aime beaucoup votre compte-rendu, Roxanne. J’ajoute cette oeuvre à ma liste « À lire »! Merci.
    Michèle

    J’aime

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