Autour des livres
Laisser un commentaire

Autour des livres : Rencontre avec Gaëlle et Andréanne, les jumelles derrière @despoemes

Connaissez-vous le questionnaire de Proust ? Il s’agit de questions posées par l’auteur Marcel Proust, principalement connu pour sa majestueuse oeuvre À la recherche du temps perdu. Celles-ci permettent de mieux comprendre ou connaître quelqu’un. Dans ce questionnaire, on y trouve des questions telles que La fleur que j’aime ou Mes héroïnes préférées dans la fiction. L’animateur littéraire Bernard Pivot s’est inspiré de ce questionnaire pour créer le sien, qu’il faisait passer à ses invités à son émission Bouillons de culture. C’est ainsi que m’est venue l’idée de créer un questionnaire Le fil rouge où on pourrait en apprendre davantage sur une personne, et ce, au sujet de ses habitudes de lecture, de création, d’organisation et au niveau de ses préférences littéraires.

Capture d’écran 2015-09-25 à 23.29.03

Crédit : Instagram @andreannegraton

Pour cette édition d’Autour des livres, on vous présente DEUX adorables amoureuses de la poésie. Ces deux jumelles, Gaëlle et Andréanne, ont créé le compte Instagram (que vous devez aller suivre!) @despoemes où elle partagent des extraits des plus beaux poèmes qu’elles lisent. Féministes et étudiantes en sociologie, elles adorent les livres, les mots et la langue française. Nous avons donc eu envie d’en connaitre davantage sur ces passionnées. Personnellement, on trouve ça merveilleux, la poésie est tellement oubliée et souvent considérée si inaccessible. Leur initiative est essentielle et on les remercie pour ces belles doses de poésie instagramiennes. Entourées de latté et de cactus, leurs publication sont ultra rafraichissantes.

1. Quel est ton premier souvenir en lien avec la lecture?
Andréanne et Gaëlle : Ouf! Il doit remonter au temps où nous n’étions encore pas des bipèdes très, très stables. Dans tout ce mélange flou des souvenirs d’enfance, nous nous rappelons ces petits livres carrés de Caillou dont les pages blanches de vinyle étaient rembourrées de mousse. Nos parents adoraient ces livres autant que nous puisque nous les empoignions à l’heure du bain et oublions la possibilité d’éclabousser de l’eau partout! Sinon, par crainte que ce ne soit pas réellement notre premier souvenir, parce que nos parents nous ont déjà raconté cette petite tranche de vie, nos premières venues à la bibliothèque municipale resteront toujours précieuses. Ces dimanches matins, oui, à arpenter toutes les allées, puis à nous arrêter sur quatorze livres que nous avions trois semaines pour feuilleter en refusant vivement l’aide de la libraire sur place, voilà un souvenir plus juste. De retour à la maison, nous nous rendions au salon, étalions nos trouvailles sur le plancher, en une belle ligne droite, nous asseyions à une extrémité et parcourions toutes les œuvres. Aujourd’hui, libraires des indépendantes, vous savez que nous vous aimons.

2. Avais-tu un rituel de lecture enfant ou un livre marquant ? Et maintenant, as-tu un rituel de lecture?
Andréanne et Gaëlle : Plus jeunes, nous lisions surtout le dimanche et relisions les livres empruntés maintes et maintes fois pendant la semaine. Aujourd’hui, avec les études universitaires, nous ne planifions pas de moment précis dans notre horaire pour lire (oups!), mais consacrons tout de même la majorité de nos temps libres à la lecture et à l’écriture. Bien que nous n’ayons pas de rituel quelconque, nous bannissons tout de même les transports en commun comme lieux potentiels de lecture (et surtout quand on traîne un recueil de poésie). Bizarrement pour certains, nous considérons que le mouvement, le bruit incessant et les conversations tenues sur un ton parfois trop élevé nous empêchent de saisir l’œuvre dans tout son éclat et d’apprécier réellement le travail acharné de l’auteur.e.

3. As-tu une routine d’écriture, des rituels ? Dans quel état d’esprit dois-tu être pour écrire?
Andréanne et Gaëlle : Nous traînons constamment un tout petit cahier de notes dans notre sac d’école et/ou sac à mains pour éviter que le temps érode une idée ou que la féroce censure l’assaille. Ce petit carnet est barbouillé de notre plus laide calligraphie presque journellement. Considérant que nous allons chercher, toutes les deux, notre inspiration dans les déviances du quotidien, nous pouvons ressortir ce petit cahier n’importe où : à l’épicerie, dans les escaliers roulants du métro, en classe, etc. Ceci dit, nous ne ressentons pas toujours le besoin d’être dans un état d’esprit précis pour commencer à griffonner, mais pour transférer les mots barbouillés ensuite, nous avons besoin, chacune, de notre espace clos et silencieux.

Capture d’écran 2015-09-25 à 23.27.53

Crédit : Instagram @andreannegraton


4. Quels sont les livres qui t’ont donné envie d’écrire ?

Andréanne et Gaëlle : L’écriture est entrée dans nos vies par la porte d’un cours de littérature au cégep. Depuis tout récemment, donc. À cet effet, les œuvres nous ayant donné cette envie d’écrire sont des lectures relativement récentes. Tout d’abord, La vie devant soi de Romain Gary pour l’amitié qui n’a pas d’âge, le souffle retenu, les picotements dans le cou, les larmes qui montent aux cils; pour une histoire où les fins sont un peu moins détestées grâce à la douceur de l’écriture. Il y a eu aussi Folle de Nelly Arcan (2004) et le recueil Tu me trompes avec un oiseau de Denis Vanier (1998) : deux œuvres fortes, singulières, tellement marquantes et bouleversantes, illuminant toutes sortes de marges qu’on oublie souvent de voir. Finalement, nous ne pouvons oublier le tout premier et magnifique recueil de Geneviève Blais intitulé L’incident se répète (2007). Ce recueil nous traîne dans « le fond des placards », dans l’écho de nos propres expériences, sur des routes longilignes bordées de réverbères qui nous parlent parfois durement et nous demandent de nous taire à la fois.

Capture d’écran 2015-09-25 à 23.31.23

Crédit : Instagram @despoemes

5. Quel est le livre qui t’a le plus fait cheminer personnellement et pourquoi ?
Andréanne : La classe de Madame Valérie de François Blais (2013) pour le tour de force de l’auteur qui dresse le portrait de vingt-cinq individus à l’âge scolaire, à l’adolescence et au début de la trentaine. Ce roman met en lumière l’affection de l’auteur pour les gens ordinaires. Il accorde la même importance au jeu du ballon chasseur, au concours du plus beau costume d’Halloween de la classe de cinquième année et au dernier repas pris chez A&W. Il parvient à faire sauter le lecteur d’un micro-détail à un autre en passant par les jeux vidéo, le gâteau aux bananes le début d’une potentielle histoire d’amour. C’est en me taillant une place dans la classe de madame Valérie que j’ai compris l’importance des micro-événements et de la subtilité parce que des Laurent et des Jessica, il y en existe plein d’autres.
Gaëlle : Je ne peux taire toute la place qu’a pris La Bâtarde (1964) de Violette Leduc dans ma vie quand j’ai finalement trouvé le courage de l’ouvrir. Je parle de courage, oui, parce qu’on me disait, depuis un moment, que cette autofiction était une lecture crue et dure. Dans cette œuvre, Leduc parle de son enfance dans l’opprobre, de sa sexualité désinvolte et va jusqu’à se dévaloriser profondément : j’ai été, moi-même, magnifiquement dérangée par l’automutilation. Tant de plaies et de tourments en relations dans une même œuvre, tant de maux non-guéris font la beauté de la Bâtarde « navrée d’être au monde ». À de rares occasions seulement, j’avais été autant bouleversée par une écriture, et parfois, les émotions, seules, sont les sources de cheminement.

6. Si tu pouvais vivre dans un monde littéraire, ce serait ?
Andréanne et Gaëlle : Au Québec, en 1944, dans le couvent de sœur Julie de la Trinité. Pour y vivre, non, mais y passer une journée, peut-être, juste par curiosité (voir Les Enfants du Sabbat par Anne Hébert, 1975).

Capture d’écran 2015-09-25 à 23.32.16

Crédit : Instagram @despoemes

7. Quel livre relis-tu constamment sans même te tanner ?
Andréanne et Gaëlle (deux livres parce qu’on est deux!) : Les filles en série de Martine Delvaux, publié aux merveilleuses et féministes Éditions du Remue-ménage (2014) pour la sororité et la force au féminin, puis Océan mer d’Alessandro Barrico (2002) pour l’allégorie de la souffrance, la fin et le début de l’océan qu’on ne trouve vraiment jamais.

8. Quel est ton mot préféré de la langue française ?
Andréanne : Je choisis le mot «trajectoire» pour l’infinité de possibilités, les dérives qu’elle suggère et engendre parfois. «Trajectoire» pour l’écho, le mouvement, l’imprévisibilité aussi.
Gaëlle : C’est incroyable à quel point la question en elle-même fait réaliser la richesse de notre langue française! Je m’arrête, par contre, sur le mot « fuite », ce mot qui peut bien être synonyme de panique et de sauve-qui-peut, comme il peut vouloir annoncer un heureux départ vers une meilleure opportunité. Il y a, dans ce mot, pour moi, un lien très spécial entre sa sonorité et sa définition. En prononçant le mot «fuite», je ressens la perte dans la syllabe, le départ de quelque chose.

9. Quel livre aurais-tu aimé avoir écrit ?
Andréanne et Gaëlle : De manière utopique, nous aurions aimé avoir fait partie du collectif d’auteures ayant co-signé La nef des sorcières en 1976. Et avoir eu la chance, aussi, de voir les pièces de théâtre La nef des sorcières et Les fées ont soif, mais bon, on ne répond plus à la question.

10. Si tu écrivais ta propre biographie, quel serait le titre ?
Andréanne et Gaëlle : Il était deux fois.

(Publiez également ce qui suit en-dessous de nos réponses, ne soyez pas trop humbles pour une fois, on vous remercie sincèrement! En espérant que le contenu réponde à vos attentes! )
Pour Martine et Marjorie, les awesome du fil rouge, merci d’avoir pensé à nous pour votre toute nouvelle série d’articles. Vos paroles, sur les différentes plateformes publiques du Fil rouge, sont des sources essentielles. Pour l’histoire des livres que vous côtoyez : stimulée et stimulante, pleine d’issues et de réconfort, merci!


Le fil rouge tient à remercier Andréanne et Gaëlle pour leur participation à la série Autour d’un livre et pour le petit message de la fin, nous sommes comblées!

Pour suivre les jumelles :

  • Instagram : @despoemes
  • Andréanne : @adreannegraton
  • Gaëlle : @gaellegraton
Advertisements
This entry was posted in: Autour des livres

par

Le fil rouge est un blogue littéraire créé par deux amies, Marjorie et Martine, toutes deux passionnées par la littérature et par les vertus thérapeutiques de celle-ci. Notre approche face aux bouquins est liée à la bibliothérapie, car nous pensons sincèrement que la lecture procure un bien-être et que les oeuvres littéraires peuvent nous aider à cheminer personnellement. Nous tenons aussi à partager notre amour pour les bouquins, l’écriture, la création et sur les impacts positifs de ceux-ci sur notre vie et notre bien-être. Notre mission première est de favoriser la découverte de livres et de partager l’amour de la lecture, car ceux-ci peuvent avoir des impacts sur nos vies et sur notre évolution personnelle. Que ce soit le dernier roman québécois qui fait parler de lui, le vieux classique, le livre de cuisine ou bien même le livre à saveur plus psycho-pop, chez Le fil rouge, on croit fermement aux effets thérapeutiques que peuvent apporter la lecture et la littérature. Voilà pourquoi les collaboratrices et les cofondatrices se feront un plaisir de vous faire découvrir des bouquins qui leur ont fait du bien, tout simplement.

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s