Réflexions littéraires
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L’histoire de ma vie: les chats

Du plus loin que je me souvienne, les chats et les livres ont toujours fait partie de ma vie. Peu importe où je me trouvais, je pouvais percevoir de petits yeux jaunes qui m’observaient dans un coin de la pièce. Je trouvais cela réconfortant. Je le pense encore. Les félins et la littérature me procurent le même sentiment de sécurité et de confort.

12106730_10156243711265220_2268794060450159972_nJ’adore lorsque le chat se blottit contre mon flanc pour y faire son nid. Dans le cas du livre, c’est plutôt lui qui me permet de me faire une petite place entre ses pages. J’oublie mon monde pour un instant et je me loge ailleurs.

J’aime sentir mes doigts traverser les longs poils roux de mon majestueux Shelby. Tout comme j’aime caresser les pages d’un livre vieilli sous le poids des années comme si nous étions de bons amis depuis belle lurette.

J’adore faire la lecture à voix haute le soir et les voir se poster juste à côté de moi en plongeant leur regard dans le mien, un peu comme s’ils m’écoutaient.

Au rythme de mes lectures, les chats ont donc toujours été présents. Sous la couette, un soir de grand froid, assise en1928739_10153370495308391_9010343173299039073_n indien avec le livre sur les genoux et le félin en dessous. Sur la galerie, alors que le soleil plombe sur mon visage et que le chat se pavane sur la rampe avec une agilité digne de sa race.

Partout où ils passent, ils laissent leurs traces. Les chats, mais les livres aussi.

D’ailleurs, je pense avoir détecté un genre de magnétisme entre les chats et les livres.

  1. Il est tout à fait impossible de lire tranquillement sans que votre chat vienne s’interposer entre vous et votre lecture. Physiquement et mentalement.
  2. Il est tout à fait impossible d’écrire sans que votre chat vienne gruger le bout de votre crayon et/ou tente d’attraper la mine qui file sur les pages.
  3. Il est tout à fait impossible d’écrire sur un clavier d’ordinateur sans que votre chat vienne jouer à attrape-moi si tu peux avec vos doigts. La souris doit y être pour quelque chose.

10644996_10152509388903391_5939310924351556770_nOr, je ne me passerais pas d’eux pour une seconde. Les chats, mais les livres aussi.

Bien avant moi, d’autres écrivains ont apprécié les chats à leur juste valeur. Certains ont même écrit de la poésie sur ces jolies petites bêtes. Après tout, la littérature et les chats ne font qu’un. Je pense, entre autres, à Baudelaire et à ses deux fameux poèmes:

Le chat 1

Viens, mon beau chat, sur mon cœur amoureux ;
Retiens les griffes de ta patte,
Et laisse-moi plonger dans tes beaux yeux,
Mêlés de métal et d’agate.

Lorsque mes doigts caressent à loisir
Ta tête et ton dos élastique,
Et que ma main s’enivre du plaisir
De palper ton corps électrique,

Je vois ma femme en esprit. Son regard,
Comme le tien, aimable bête
Profond et froid, coupe et fend comme un dard,

Et, des pieds jusque à la tête,
Un air subtil, un dangereux parfum
Nagent autour de son corps brun.


Le chat 2

I

Dans ma cervelle se promène
Ainsi qu’en son appartement,
Un beau chat, fort, doux et charmant.
Quand il miaule, on l’entend à peine,

Tant son timbre est tendre et discret ;
Mais que sa voix s’apaise ou gronde,
Elle est toujours riche et profonde.
C’est là son charme et son secret.

Cette voix, qui perle et qui filtre
Dans mon fonds le plus ténébreux,
Me remplit comme un vers nombreux
Et me réjouit comme un philtre.

Elle endort les plus cruels maux
Et contient toutes les extases ;
Pour dire les plus longues phrases,
Elle n’a pas besoin de mots.

Non, il n’est pas d’archet qui morde
Sur mon coeur, parfait instrument,
Et fasse plus royalement
Chanter sa plus vibrante corde,

Que ta voix, chat mystérieux,
Chat séraphique, chat étrange,
En qui tout est, comme en un ange,
Aussi subtil qu’harmonieux !

II

De sa fourrure blonde et brune
Sort un parfum si doux, qu’un soir
J’en fus embaumé, pour l’avoir
Caressée une fois, rien qu’une.

C’est l’esprit familier du lieu ;
Il juge, il préside, il inspire
Toutes choses dans son empire ;
Peut-être est-il fée, est-il dieu ?

Quand mes yeux, vers ce chat que j’aime
Tirés comme par un aimant
Se retournent docilement
Et que je regarde en moi-même

Je vois avec étonnement
Le feu de ses prunelles pâles,
Clairs fanaux, vivantes opales,
Qui me contemplent fixement.

Baudelaire a tout dit. Baudelaire dit toujours tout.

Le chat est une muse dans son attitude royal et noble. Sa voix qui nous rassure et nous apaise est comme celle du livre.1531850_617303288323378_318633412_n Ces yeux profonds et énigmatiques sont empreints de récits et d’histoires comme celles du livre.

Baudelaire n’était pas le seul à vouer un culte aux chats. Rappelons-nous Perrault et son magnifique chat botté. Sans oublier Lewis Carroll et son inquiétant chat du Cheshire. Or, celui qui m’aura le plus marquée restera toujours le chat noir d’Edgar Allan Poe. Et je ne nomme que ceux-ci. J’aurais pu parler de Chateaubriand, de Théophile Gauthier et de Stéphane Mallarmé. Les preuves ne manquent pas: les félins et la littérature entretiennent une belle liaison.

Je m’arrêterai donc maintenant. Pas car je n’ai plus rien à ajouter, mais bien car un petit Severus s’est mis à courir sur les touches de mon clavier plus rapidement que mes doigts ne peuvent le faire.

Vive la littérature!

Vive les chats!

Crédit photo: Michaël Corbeil et Marika Guilbeault-Brissette

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par

Mais qu’importe l’éternité de la damnation à qui a trouvé dans une seconde l’infini de la jouissance?» (Charles Baudelaire, Le Spleen de Paris) Les vers de Baudelaire auront été la source de son épanouissement en tant que bizarroïde de ce monde. La poésie, Marika la vit au quotidien à travers tous les petits plaisirs qui s’offrent à elle. Une grimace partagée avec une fillette dans le métro, la fabrication d’un cerf-volant dans un atelier strictement réservé aux enfants, un musicien de rue interprétant une chanson qui l’avait particulièrement émue par le passé, lui suffisent pour barbouiller le papier des ses pensées les plus intimes. Chaque jour est une nouvelle épopée pour la jeune padawan qu’elle est. Entre deux lectures au parc du coin, un concert au Métropolis et une soirée au Cinéma du Parc pour voir le dernier Wes Anderson, elle est une petite chose pleines d’idées et de tatouages, qui se déplace rapidement en longboard à travers les ruelles de Montréal. Malgré ses airs de gamine, elle se passionne pour la laideur humaine. Elle est à la recherche de la beauté dans tout ce qu’il y a de plus hideux. Elle se joint au Fil Rouge afin de vous plonger dans son univers qui passe des leçons de Star Wars aux crayons de Miron en faisant un détour par la voix rauque de Tom Waits et le petit dernier des Coen. Derrière son écran, elle vous prépare son prochain jet, accompagnée de son grand félin roux, d’une dizaine de romans sur les genoux et d’un trop plein de culture à répandre

7 Comments

  1. Très belle histoire. Il est vraiment impossible de résister à ces magnifiques boules de poils (à moins qu’on soit allergique). Autrement, c’est tout simplement un plaisir de les avoirs à nos côtés.

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    • Marika Guilbeault-Brissette says

      Je ne sais pas ce que je ferais si j’étais allergique aux chats. Je ne pourrais m’en passer.

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  2. Fabuleuse histoire avec des beaux poèmes. Comme vous, j’ai toujours une préférence pour les chats par rapport aux chiens. Ils ont un côté à la fois mystérieux, tendre et très affectueux. Je craque particulièrement pour leurs fourrures.

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    • Marika Guilbeault-Brissette says

      Je suis d’accord avec vous. Leurs yeux m’émerveillent. Leur grâce m’impressionne.

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