Bibliothérapie
Comments 4

Scarlett O’Hara et moi

Lorsque j’ai atterri à Atlanta, j’ai tout de suite senti que je mettais les pieds dans une partie des États-Unis à part. Évidemment, on parle souvent des américains comme s’il faisait partie d’un seul bloc uni, mais les États-Unis sont un pays gigantesque, composé d’autant d’états que de cultures différentes. Cependant, le sud a un héritage particulièrement distinct des autres régions, en partie à cause de son antécédent colonial (France, Espagne..), son économie anciennement et tragiquement basée sur l’esclavage et son séparatisme pendant la guerre de Sécession. Le Sud, mélange de différentes cultures, est imprégné d’une histoire très forte, encore présente partout, comme si les habitants préféraient rester dans une douce nostalgie du passé au lieu de se tourner vers la modernité excessive comme à New York ou Los Angeles.

Mais surtout, le Sud se démarque par une place accrue donnée à la création artistique : musique, littérature, arts visuels… les arts sont partout, vivants et merveilleux. Des arts d’antan et traditionnels, mais qui continuent à être actualisés par les jeunes artistes. Dans un Saloon au bord du Mississippi, j’ai discuté de cette présence soutenue de la vie artistique avec le groupe de musique en prestation ce soir-là. Le guitariste m’a simplement répondu qu’ici, ils n’avaient pas vraiment le choix : ils choisissaient tous de s’abandonner dans la musique ou la littérature pour tromper leur ennui profond. Parce que oui, les états du Sud font partie des régions les plus pauvres des États-Unis et même que certains endroits et façons de vivre des habitants rappellent les pays en voie de développement (caravanes sur le bord de la route, maisons délabrées, manque d’eau courante..) Alors les journées sont très longues pour certains et au lieu de sombrer dans la violence, on écrit, on chante, on gratte une guitare.

Les auteurs connus sont nombreux dans cette région des États-Unis : Mark Twain, William Faulkner, Tennesse Williams, Anne Rice…

J’en ai lu beaucoup quand j’étais jeune. J’étais exaltée par cette ambiance moite, joyeuse mais lourde de cette littérature mettant en scène des personnages en quête de liberté et d’aventure avec un fort penchant vers le gothique et le fantastique.

J’ai retrouvé cette atmosphère dans toutes les villes que j’ai visitées. Sans cesse, on a l’impression de vivre dans un roman et on comprend rapidement l’inspiration de ces récits classiques.

Mais aujourd’hui, je voulais vous parler d’un livre particulier que j’ai lu des dizaines de fois, qui me passionne toujours autant et dont j’ai suivi les traces lors de mon voyage : Autant en emporte le vent de Margaret Mitchell.

20160110_180632

La première fois que j’ai dévoré ce livre de 1500 pages, j’avais 14 ans. Je l’ai lu dans les parcs d’Outremont, pendant les vacances d’été. Je ne pouvais plus me détacher de son intrigue et je l’ai achevé en trois jours. Par la suite, c’est un des seuls romans que j’ai conservé et trainé dans mes nombreux déménagements et changements de ville. Ma dernière relecture date de l’année dernière, à 28 ans, et l’effet a été tout aussi fort. Chaque fois, je perçois d’autres détails ou je comprends mieux la psychologie des personnages et la profondeur des sentiments de l’héroïne Scarlett.

En 1861, la vie s’écoule au rythme des récoltes dans les états du Sud. On est à la veille de la guerre de Sécession et les habitants de Géorgie sont persuadés d’être dans leur droit en exploitant des esclaves et qu’ils gagneront la guerre, si jamais elle se déclenche. Scarlett O’hara est une jeune fille issue d’une famille traditionnelle de riches planteurs de coton et descendants des Irlandais. Sa vie ne se résume qu’à se laisser courtiser et à rêver aux prochaines robes qu’elle portera. La réalité de la guerre qui finit par se déclencher et qui sera terrible rattrape tragiquement tout le monde et tout au long du roman, on assiste à la désillusion de Scarlett dont le monde de princesse s’écroulera.

522

Crédit : Alexandra Truchot

 On a rarement l’habitude de lire le point de vue des Sudistes sur ce conflit qui a déchiré les États-Unis pendant des années (et encore aujourd’hui, on en constate les restes) et c’est intéressant d’apprendre que cette époque n’est pas si évidente et clairement divisée entre méchants et gentils, comme les films hollywoodiens voudraient nous le faire croire. J’adore apprendre l’Histoire grâce aux romans. Bien sûr, il faut faire attention de bien comprendre la part fictionnelle et celle de la réalité, mais un point de vue romancier fait mieux réaliser la richesse du passé qu’un livre théorique; puisque l’Histoire est avant tout bâtie par les hommes et leurs émotions.

Margaret Mitchell, même si elle n’a pas vécu elle-même la guerre civile, s’est fortement inspirée des récits de sa famille aisée d’anciens confédérés pour construire la trame et cela participe sûrement à la richesse du livre. On est emporté dans cet univers particulier et on a l’impression de vivre les émois vifs et excessifs de Scarlett.

Cependant, le livre ne dépeint pas seulement un fond historique; il met aussi en scène une magnifique histoire de passion qui n’aboutira jamais entre Scarlett et le mauvais garçon le plus séduisant de la littérature : Rheth Butler! J’en ai encore des frissons.

Ce livre a permis à l’auteur de gagner le Prix Pulitzer en 1937 et fut traduit en 27 langues, avec plus de 30 millions de copies vendues. Et avec raison car c’est un roman empoignant.

Advertisements
This entry was posted in: Bibliothérapie

par

Accro au thé vert, aux fleurs et à Spotify, Alexandra écrit pour les autres. Pour elle aussi. Elle collabore à de nombreux blogues et rédige le contenu de sites Web et d’infolettres depuis plusieurs années. Pour ses clients, elle crée et transforme l'existant pour lui donner du piquant. Elle raconte des histoires finalement! Dans la même année, elle s’est lancée à son compte et a quitté Montréal, sa ville de toujours, pour vivre à la campagne. Adepte d'une vie simple et paisible, elle se nourrit de lecture, de fruits, de jogging dans la forêt et de vin rouge. Ses écrivains fétiches sont Zola, Dany Laferrière, Delphine de Vigant et Jean-Simon DesRochers.

4 Comments

  1. C’est une région que j’aimerais beaucoup visiter !
    Quant au roman, j’avoue ne l’avoir jamais lu le roman, ni vu le film. Pourtant, c’est un lieu géographique et une époque que j’apprécierai découvrir ; le roman est donc dans ma wishlist depuis quelques temps déjà, et ton article est comme un coup de pied dans mon postérieure : il faut que je lise cette œuvre 😀

    Aimé par 1 personne

  2. Ping : Des héroïnes inspirantes (suite) | Le fil rouge

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s