Littérature étrangère
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Suite française : dans l’intime de la Deuxième Guerre

Cela faisait un petit bout de temps que je voulais lire le roman Suite française. Et sa lecture ne m’a pas déçue. Ce roman, fort, passionnant et porteur d’une vérité historique, m’a énormément plu, mais c’est surtout en apprenant le contexte d’écriture de ce livre, puis en regardant l’adaptation qui en a été tirée en 2015 que j’ai réalisé l’ampleur de son importance.

Crédit photo: allocine.fr

Crédit photo : allocine.fr

Avant que le drame n’arrive, Irène Némirovsky était une auteure qui avait fait son nom en publiant plusieurs oeuvres déjà. D’origine juive, elle écrit Suite française alors qu’elle est à Issy-L’évêque, en France en 1941 et 1942, les dernières lois sur les ressortissants étrangers de race juive l’obligeant à quitter Paris où elle habitait et travaillait avec son mari. Là-bas, elle porte l’étoile jaune et tente de se faire discrète, tout en écrivant. Elle aura eu le temps de terminer son manuscrit avant de se faire arrêter le 13 juillet 1942 et de se faire déporter vers Auschwitz, où elle est assassinée un mois plus tard. Son mari est arrêté peu de temps après, et assassiné à son tour. Mais après le drame vint le miracle. Car, à la suite de la mort de leurs deux parents, les deux filles d’Irène, accompagnées de leur nourrice, quittent la maison en emportant seulement quelques objets, dont une valise contenant des photos, des souvenirs et le dernier manuscrit de leur mère. La valise accompagna les jeunes filles tout au long de leur fuite, où elles se virent obligées de quitter refuges et pensionnats, se cachant d’un endroit à l’autre pour échapper à la déportation. Puis, alors que la guerre prend fin et qu’elles en sont des survivantes, les deux filles dactylographient le manuscrit de leur mère, et l’envoient dans un Institut de Mémoire. Il sera par la suite publié. Bref, quand on y pense, le livre que nous avons entre les mains n’aurait pu jamais voir le jour.

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Image tirée des œuvres complètes de l’auteure publiées en 2011 chez Le Livre de poche, montrant le manuscrit dans sa forme originale. 

Suite française, je l’ai appris en faisant quelques recherches, aurait dû être une suite de cinq livres, mais n’a malheureusement pas pu être terminé. Le roman que j’ai lu regroupe les deux premiers tomes, qui dépeignent tous deux la vie française pendant la Seconde Guerre mondiale. Le premier tome raconte l’exode de nombreux habitants de Paris alors que la ville est sur le point d’être envahie par l’armée allemande en juin 1940. On y suit le destin de plusieurs familles riches et plus modestes, la solidarité et la déroute d’un peuple mis hors de chez lui. Le second tome, qui se passe dans le petit village de Bussy, raconte l’histoire de quelques personnages au début de l’Occupation, alors qu’ils sont contraints d’accueillir chez eux les troupes allemandes. On y suit donc les soldats alors qu’ils arrivent dans le village et qu’ils s’installent chez les habitants. On y suit surtout Lucile, jeune femme mariée qui vit chez sa belle-mère alors que son mari n’est plus là. On voit la façon dont elle vit cette invasion, ainsi que celle de quelques personnes de son entourage. Lucile apprend à connaître le soldat qu’elle héberge, et finit par développer avec lui une amitié, puis une sorte de liaison. Quant aux soldats, certains causent des problèmes, mais surtout ceux-ci exercent le contrôle et une certaine emprise sur le quotidien du village, dans un contexte lié à la proximité des peuples pendant la guerre.

J’ai adoré le roman d’abord pour l’écriture, la finesse des descriptions et des détails. Les personnages sont dépeints avec beaucoup de vérité, les histoires de famille, les séparations, les morts, l’amour, tout ça est décrit avec grande force. Ce roman m’a touchée, et m’a aussi vraiment permis de mieux comprendre ce que la guerre avait provoqué en France, m’offrant un œil qui capte le quotidien des gens ordinaires pris dans les horreurs de l’Occupation, de la peur, du contact avec ce qui est pour eux « l’ennemi ». J’ai préféré la seconde partie, sûrement parce que l’auteure s’attarde plus sur quelques personnages et explore davantage leurs sentiments. J’ai aimé que l’auteure peigne les Allemands présents à Bussy d’abord comme des hommes qui ont une sensibilité propre à eux et une grande humanité malgré leur statut de soldat, j’ai aimé aussi vivre l’amour de Lucile pour Bruno et surtout les choix qu’elle décide de faire en dépit de cet amour.

« Madame, après la guerre, je reviendrai. Permettez-moi de revenir. Tous nos démêlés entre France et Allemagne seront vieux… oubliés… au moins pour quinze ans. Je sonnerai un soir à la porte. Vous m’ouvrirez et vous ne me reconnaîtrez pas, car je serai en vêtements civils. Alors je vous dirai : je suis… l’officier allemand… vous rappelez-vous? C’est la paix, maintenant, le bonheur, la liberté. Je vous enlève. Tenez, nous partons ensemble. […] »

À la suite de ma lecture, je me suis attaquée au film. Ce n’est pas le cas de tout le monde, mais pour ma part, j’adore voir les adaptations tirées des romans. Et celle-ci ne m’a pas du tout déçue. D’abord, il faut préciser que le film s’attarde seulement au second tome du roman, et ainsi, nous sommes dès le début dans la vie de Lucile et de sa belle-mère. Également, malgré que le roman ait été écrit en français, le tournage a été réalisé en anglais, mais garde tout de même son titre original. J’ai trouvé la réalisation excellente et les images justes, précises, belles. Le film fait également dans la subtilité, ce qui fait que j’étais heureuse d’avoir lu le roman avant : de nombreuses choses étant seulement suggérées, je n’ai pu les comprendre que parce qu’elles m’avaient été expliquées dans le livre. Le film réussit vraiment bien à nous projeter dans les coulisses de l’Occupation à travers la voix de personnages forts et crédibles. J’ai trouvé la fin particulièrement triste, mais je ne vous en dis pas plus de ce côté-là, je ne voudrais pas vendre de « punchs »!

Crédit photo: silenismedia.com

Crédit photo : silenismedia.com

Bref, je crois que ce genre d’œuvre, profonde, humaine, intime, est nécessaire. Le bonheur qui côtoie l’horreur de la guerre, cela nous fait réfléchir, je crois, et nous permet de mieux comprendre ce qui s’est passé. Pour moi, ce livre se glisse à la suite de quelques autres que j’avais déjà lus et qui m’ont marquée par leur justesse à représenter la Deuxième Guerre mondiale. À la croisée d’un devoir de mémoire et de démocratisation de l’Histoire avec un grand H, ce roman est aussi, et peut-être surtout, une lecture passionnante, avec une narration touchante et enlevante.

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Décidément, Marion est une fille occupée. Si elle ne se trouve pas le nez devant son ordinateur quelque part à l’UQAM, concentrée sur son projet de maîtrise, on peut la trouver dans le rayon des albums jeunesses de la bibliothèque, au centre sportif où elle s’entraîne régulièrement à la course, à l’épicerie bio près de chez elle où elle s’approvisionne en fruits et en produits santé, en train d’écrire une nouvelle pour son blogue, chez ses bonnes amies à rigoler, dans sa chambre à pianoter sur son piano ou à rêvasser de futurs projets de voyage. Hyper-disciplinée et perfectionniste, cette passionnée de littérature ne se verrait pas vivre sans Harry Potter, les carnets de notes, la nature automnale et le gâteau au chocolat. Si vous êtes chanceux, vous la verrez sans doute passer, mais dépêchez-vous, car elle marche très vite!

Un commentaire

  1. Nadine Gingras says

    J’avais entendu parler de cette auteure et de « Suite Française » un jour à la radio et l’histoire liée à la découverte de cette oeuvre par ses filles m’avait émue. Je suis allée chercher le livre à la biblio et j’ai tout de suite été conquise par l’écriture de Mme Némirovsky.

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