Littérature québécoise
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In between de Marie Demers: dans l’entre-deux et le deuil

Je l’avoue, depuis que Marie Demers est venue dans mon séminaire de maîtrise pour nous parler des romans « jeunes-adultes », j’avais très hâte de lire son roman, un projet, nous a-t-elle dit, issu de son mémoire-création tout juste terminé. Quelques mois plus tard, j’ai In between entre les mains et je n’ai pas tardé à le dévorer.

Au début de In betweenAriane, la narratrice, est en voyage en Asie et c’est là qu’elle apprend la mort de son père. De retour au Québec le temps des funérailles, elle repart aussitôt, dans un désir de s’éloigner, de reprendre son souffle, de prendre un « break » et de se retrouver. Elle se retrouve tour à tour en Argentine, en Irlande, en Belgique, en France, au Cap-Vert, en Inde, elle parcourt le monde dans une sorte d’éternelle fuite, mais surtout à la recherche d’elle-même. On la suit à travers ses histoires d’amours éphémères, Alfredo, Daniel, ses amitiés, Teresa, Maïté, ses questionnements, ses moments de désillusion, parfois de bonheur, sa recherche d’expériences fortes et d’une sorte de démesure, entre autres à travers l’alcool, les rencontres, le mouvement, l’étourdissement.

« Lost in translation. On aime juste pour être aimé en retour. Puis, si on a la chance infinie d’aimer et d’être aimé en retour, on sabote tout. On se déplace de ville en ville. On rencontre du monde. Plein de monde. On accumule des expériences de vie qui finiront par se fondre dans le tas, par ne plus rien valoir, par ne plus avoir de sens. Je suis tellement vide que le vide pèse. » 

In between, c’est un roman fragmenté: on saute d’un moment à l’autre sans continuité linéaire, d’un pays à l’autre, on revient dans le passé de la narratrice au moment de la séparation de ses parents, de la relation conflictuelle avec sa mère ou de sa première relation sexuelle. Et à travers des lettres à ses parents, à des listes de souvenirs, c’est l’amour pour son père et le manque ressenti depuis sa mort qui transcende le récit. On passe aussi parfois d’une narration à la première personne à celle de la troisième, comme un désir de recul sur elle-même ou l’impossibilité de se saisir, de s’attraper. Quant à l’écriture, qui mêle le français, l’anglais et l’espagnol, des expressions familières et un langage contemporain, elle est à la fois forte, rude et poétique, parfois crue, mais toujours juste dans les sentiments évoqués. Cette écriture brute nous happe et nous fait entrer dans le récit de la narratrice pour laquelle nous développons un grand attachement.

In between, c’est l’entre-deux, cette période où on est un adulte, mais où on ne se sent pas comme tel, période d’inconfort et de questionnements où on se demande qui on est et où on va. Dans le roman, cet entre-deux, c’est aussi le voyage, le mouvement d’un endroit à un autre, l’impossibilité de se poser et de rester.

À la fin du roman, alors qu’elle est encore en voyage, un évènement confronte la narratrice à elle-même. C’est une catastrophe, mais surtout, une prise de conscience pour Ariane qui décide de revenir à la maison dans une nécessité de retrouver ceux qu’elle aime, d’affronter ses sentiments et sa peine.

« Papa, je crois que mon voyage tire à sa fin. […] Je croyais continuer longtemps comme ça. Même que je pensais me trouver des nids temporaires jusqu’à l’infini. Mais après ça, je ne peux plus. C’est pas parce qu’on se sauve qu’on devient invincible, hein? Pas parce qu’on fuit qu’on est à l’abri. »

Ce roman est parfait dans son imperfection, dans ses mots qui cognent et qui secouent, et qui nous rentrent dedans par leur justesse et leur recherche de vérité. In between, c’est la rencontre avec une nouvelle plume prometteuse qui sait trouver les mots, qui dit les choses comme elles sont. Marie Demers, lors d’une entrevue, disait écrire présentement son deuxième roman, qui traiterait celui-ci de deuils amoureux. Sérieusement, j’ai déjà hâte.

Le fil rouge tient à remercier les Éditions Hurtubise pour le service de presse.

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Décidément, Marion est une fille occupée. Si elle ne se trouve pas le nez devant son ordinateur quelque part à l’UQAM, concentrée sur son projet de maîtrise, on peut la trouver dans le rayon des albums jeunesses de la bibliothèque, au centre sportif où elle s’entraîne régulièrement à la course, à l’épicerie bio près de chez elle où elle s’approvisionne en fruits et en produits santé, en train d’écrire une nouvelle pour son blogue, chez ses bonnes amies à rigoler, dans sa chambre à pianoter sur son piano ou à rêvasser de futurs projets de voyage. Hyper-disciplinée et perfectionniste, cette passionnée de littérature ne se verrait pas vivre sans Harry Potter, les carnets de notes, la nature automnale et le gâteau au chocolat. Si vous êtes chanceux, vous la verrez sans doute passer, mais dépêchez-vous, car elle marche très vite!

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