Littérature québécoise
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Le Bruit des choses vivantes d’Élise Turcotte : voyage jusqu’au bout de l’enfance

Vous est-il déjà arrivé de buter sur un roman, de trébucher sur les syllabes, de vous cogner contre des métaphores obscures? Vous est-il déjà arrivé que le sens des phrases vous échappe comme la fumée se faufile entre vos doigts?

 babel

Voilà comment je me suis sentie lors de la lecture du premier roman d’Élise Turcotte. Après plusieurs recueils de poésie, Élise Turcotte publie en 1991 Le Bruit des choses vivantes. C’est un roman dont la prose est plus que poétique, dont les métaphores échappent parfois au schéma actanciel, dont les personnages parlent parfois comme des poèmes de Sylvia Plath ou comme dans des films de Marguerite Duras. Pas toujours facile d’accrocher à un récit qui part dans toutes les directions en même temps…

Elle dit, comment on imite une avalanche, maman? Comment on joue à l’étoile Polaire? Je dis, on la place droit devant soi et on imagine les montages à franchir pour y arriver. Est-ce qu’on sera toujours là? Je dis, oui. Nous serons toujours là. (p. 130)

Pourtant, j’ai poursuivi ma lecture du Bruit des choses vivantes. Au cœur de phrases parfois incompréhensibles, de paragraphes insensés ou d’actions incohérentes apparaît alors une perle : une phrase criante de vérité et de simplicité, une métaphore qui me touche droit au cœur, là où ça fait du bien. Dans le baragouinage des personnages d’enfants (ils sont nombreux dans Le Bruit des choses vivantes) arrive alors une image douce, mais forte qui me fait chavirer le cœur.

C’est ce que j’ai toujours trouvé le plus difficile dans l’amour : ne pas être toute la vie de quelqu’un. (p. 14)

Maria a compté les baisers aujourd’hui : elle dit, trois mille, une pluie, une montagne de baisers. Elle a dit, je suis un peu à grand-maman, mais beaucoup à toi. (p. 54)

Les thèmes principaux du Bruit des choses vivantes sont la maternité, l’amitié, l’amour, la solitude, l’enfance. Le roman est exactement comme les histoires d’enfants : parfois incompréhensibles, parfois loufoques, les mots d’Élise Turcotte touchent soudainement la corde sensible de notre âme, nous coupe le souffle par leur justesse, leur franchise, leur simplicité.

Puis elle change de jeu, elle dit, je m’en vas faire un beau camion d’Amérique. Je ne sais pas ce que c’est. Ce n’est pas comme la marmelishe qu’elle étend sur son pain à hot dog. Ce n’est pas non plus comme quand elle dit qu’il y a beaucoup de bonbons au bord du Nil. Elle dessine un camion, je ne sais pas comment les choses arrivent, mais c’est un camion d’Amérique. (p. 54)

Je suis quelqu’un qui essuie ses mains sur son chandail l’après-midi. (p. 69)

Je ne vous cacherai pas que ma lecture du Bruit des choses vivantes a été éprouvante à certains moments, que j’ai dû me motiver pour aller jusqu’au bout des 250 pages. Mais j’en suis sortie comme on sort de l’enfance : on n’a pas tout compris et on ne se souvient pas de tout, mais on garde des images pures et vibrantes d’une enfance heureuse.

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