Au-delà des livres
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Je voulais du doux

L’angoisse s’invite souvent chez moi. J’ai le doute amical.

Envahie par le stress à longueur de journée, je cherche constamment la sérénité, le calme, le paisible. J’ai décidé très tôt que le voyage me servirait d’exutoire. Que loin de mes responsabilités, je trouverais enfin le calme que je guette tant. J’ai passé des jours à imaginer l’ailleurs comme un lieu des rêves achevés. Comme si je n’arriverais à me poser que dans l’action.

J’espérais voir le monde, sauter d’un endroit à l’autre et respirer enfin.

J’ai enchainé voyage sur voyage, année après année, en niant le fait que je faisais tomber toutes mes barrières en décidant de quitter la maison. En oubliant qu’ainsi je créais le plus grand déséquilibre chez moi. Que me mettre en danger faisait exploser mon niveau de stress, que celui-ci devenait grand, si grand, que j’en perdais mon besoin de voir le monde.

Je passe constamment du désir de partir à l’envie de rester.

C’est quand je suis sur le point de prendre mon envol, quand je me retrouve sur le bord du précipice, à guetter le départ, que la panique s’empare de moi. Montréal ne m’a jamais semblé aussi grandiose que durant ces jours amers où je sais que je vais la quitter.

Quand je fais mes bagages, je ne me permet que le minimum. Quelques chandails, quelques pantalons amples qui me permettront de me glisser ou bon me semble. Puis vient le moment fatidique. Quel objet, petit et simple, saura m’accorder une pause dans le temps, une fois partie à l’étranger? Quel objet deviendra ma maison, mon antre, mon coin de doux pour calmer mon esprit qui s’évertue à ne pas se taire?

Irrémédiablement, mon choix se tourne vers un livre.

Je me trouve habituellement dans un tel état de panique, lorsque je m’envole pour de longs mois, que je ne cherche plus vraiment la nouveauté littéraire. Je guette le réconfort. Je n’espère plus être surprise, je ne veux pas découvrir du neuf, je cherche le doux pour la gorge, le doux pour mon âme. Je plonge au coeur des livres qui me font le plus de bien. Qui effacent les doutes pour me permettre d’être paisible à nouveau. Je tombe dans le connu.

Je cherche la maison.

Je fouille les rayons de ma bibliothèque en quête du roman au format parfait, qui me donnera envie de m’y plonger lorsque tout changera autour de moi.

Il y a eu Histoire de Pi, de Yann Martel, qui me touchait d’une grande manière et qui m’a guidée alors que je quittais cinq mois pour l’Europe.

Il y a eu Ensemble c’est tout, d’Anna Gavalda, que j’ai lu lors de mon arrivée en Inde.

Il y a eu Le vicomte de Bragelonne, d’Alexandre Dumas où je me plongeais après mes journées de travail.

Il y a eu Kundera, Pancol, Rowling…

Tous ces livres m’ont suivie au coeur de mes folles aventures. Lorsque je perds pied et que je crains mon environnement nouveau, ils me servent de guides. Ils sont avec moi suffisamment longtemps pour que j’en vienne à oublier mes craintes. Ils me donnent l’élan suffisant pour ouvrir mes yeux et gouter à ce changement extérieur. Les livres sont ma maison en temps de tempête. Ils me réchauffent et me font sentir chez moi suffisamment longtemps pour accepter la transition que j’ai voulue.

Ils m’aident à me perdre et me lancer dans le vide à nouveau.

Ils sont le début de tous mes grands voyages.

Crédit photo: Étienne Grenier

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par

Andréanne a toujours été décrite par sa mère comme étant quelqu’un d’intense. Elle, se considère plutôt comme une passionnée. Passionnée des livres, les premiers amours de sa vie. Les trompeurs de solitude, les créateurs de grandes espérances, les générateurs de grandes tristesses, aussi. Passionnée des voyages, des horizons infinis, des rencontres dans toutes les langues. Des chocs, des déséquilibres qui surviennent au cœur des autres continents, comme au sein de sa propre ville. Passionnée de l’enseignement, de la culture qu’elle arrive à transmettre aux esprits qui s’ouvrent, des rires qu’elle crée, des grandes illuminations qui éclairent les regards de ses petits élèves. Passionnée de la vie et de sa beauté, de son incroyable grandeur et de son incomparable cruauté. Passionnée.

Un commentaire

  1. J’aime votre écriture. J’aime comment vous dites les choses. Que vous révélez vos états d’âme tout en citant auteurs et titres.
    Et pour quelqu’un qui a la panique facile je vous trouve bien voyageuse. Qu’est-ce que ce serait si vous ne connaissiez pas un peu d’anxiété!
    Allez, peu importe où vous allez, continuez à nous faire connaitre vos lectures… et vos voyages aussi, je n’ai rien contre.

    J’aime

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