Littérature étrangère
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L’insoutenable légèreté de l’être

« Son drame n’était pas le drame de la pesanteur, mais de la légèreté. Ce qui s’était abattu sur elle, ce n’était pas un fardeau, mais l’insoutenable légèreté de l’être. »

L’insoutenable légèreté de l’être de Milan Kundera n’est pas un roman léger. Je ne conseillerais pas de le lire à la plage par exemple. C’est un livre qui se savoure et qui demande de prendre son temps. Il faut se concentrer car chaque phrase est lourde de vérité et plonge dans une réflexion mélancolique.

Je l’ai découvert à l’adolescence dans la bibliothèque de mes parents et j’en avais été bouleversée. C’était mon premier roman mature; un vrai roman d’adulte dans lequel je ne comprenais pas encore tous les passages. Mais je percevais qu’il existe une diversité des points de vue chez les gens à un âge où on pense toujours qu’on a plus raison que les autres. J’ai vu qu’un mot simple comme Amour peut avoir tellement de définitions différentes dans l’imaginaire d’une personne et il faut essayer de se mettre à la place de l’autre pour parvenir à faire durer un couple.

Mes parents vivent depuis toujours une histoire très passionnelle et complexe à saisir, surtout pour l’adolescente que j’étais. Pour moi, la lecture de L’insoutenable légèreté de l’être marque aussi ce moment où j’ai commencé à les comprendre alors que je lisais dans ce livre que l’amour est souvent bien trouble. Le symbolisme était encore plus fort car l’exemplaire que j’avais lu avait été dédicacé par mon père, pour ma mère. « Merci de m’en avoir conseillé la lecture » et le roman s’est naturellement associé à eux. J’ai toujours cette version jaunie dans ma bibliothèque.

Milan Kundera mêle essai philosophique et récit fictionnel. On y suit plusieurs personnages, tous en quête de quelque chose de différent dans leur relation amoureuse : la légèreté, la profondeur, la pureté ou l’amour libre. Il y rajoute un fond historique alors qu’on se trouve au cœur des événements liés au printemps de Prague en 1968 et à l’invasion russe qui vient rétablir un communisme dur et sans liberté.

Tomas et Tereza sont en couple depuis plusieurs années, mais Tomas ne peut s’empêcher de la tromper constamment alors que Tereza rêve d’un amour vrai et unique.  De son côté, la maîtresse préférée de Tomas, Sabine, accumule les relations futiles et fuit toute attache. Franz s’entiche d’elle et quitte sa femme et sa vie paisible alors qu’il s’imagine un avenir durable avec Sabine qui ne veut pourtant pas cette longévité.

L’auteur aborde plusieurs thématiques propres au sentiment amoureux : la fidélité, le sentiment d’appartenance, la liberté, le rapport au corps et à la sexualité, l’amour opposée à la passion… tout y est.

Kundera compare une vision rationnelle de l’amour (ce n’est que le fruit du hasard) à celle plus idéalisée (tout est une question de destin). Est-ce qu’on tombe amoureux parce qu’on croise quelqu’un sur son passage comme le pense Tomas ? Ou est-ce que tout est tracé d’avance comme le croit Tereza?

Les amoureux sont rarement sur la même longueur d’onde, mais ils ne peuvent pas se passer l’un de l’autre. Ils ne s’aiment pas de la même manière, mais ne savent pas comment l’exprimer.

Le roman oppose deux concepts : la légèreté et la lourdeur. Les personnages s’affrontent constamment car ils n’ont pas la même vision de ce qui est meilleur pour leur destinée. Doit-on préférer une vie insouciante, mais qui semble vide de sens, ou une existence qui a trop de poids, mais parait plus durable?

L’amour est l’illustration parfaite pour illustrer ce dilemme, surtout en interrogeant la pertinence de la monogamie et l’exclusivité.

« Il avait vécu enchaîné à Tereza pendant sept ans et elle avait suivi du regard chacun de ses pas. C’était comme si elle lui avait attaché des boulets aux chevilles. À présent, son pas était soudain beaucoup plus léger. Il planait presque. Il se trouvait dans l’espace magique de Parménide : il savourait la douce légèreté de l’être. »

Et pour finir, puisqu’on parle sur Le Fil rouge de la force de la lecture, je souligne ce passage qui est un des plus beaux que j’ai lus pour la décrire:

« Contre le monde de la grossièreté qui l’entourait, elle n’avait en effet qu’une seule arme : les livres qu’elle empruntait à la bibliothèque municipale; surtout des romans : elle en lisait des tas, de Fielding à Thomas Mann. Ils lui offraient une chance d’évasion imaginaire en l’arrachant à une vie qui ne lui apportait aucune satisfaction, mais ils avaient aussi un sens pour elle en tant qu’objets : elle aimait se promener dans la rue avec des livres sous le bras. »

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Alexandra est passionnée de Zola et en a lu l’œuvre complète, mais aime tout autant les écrivains contemporains. Elle a d’ailleurs encore du mal à se remettre de sa rencontre récente avec Dany Laferrière. Elle lit avant tout pour rêver, pour comprendre une autre époque et pour se dépayser. Cela lui a donné rapidement la piqûre du voyage. Deux à trois fois par an minimum, elle part en sac à dos; parfois pour un long weekend, souvent pour près d’un mois et se sent l’héroïne d’un roman. Sans être marginale, elle tente de vivre pleinement sa vie en fuyant la routine et en remettant en question constamment ce qui semble pourtant acquis et normal par les autres. Elle tient un blogue fictionnel : Mélodie d'une jeune citadine dérangée, court plusieurs fois par semaine, bois du thé vert toute la journée et ne sort jamais sans musique dans les oreilles.

2 Comments

  1. Michèle Morin says

    Excellente analyse, Alexandra. Ce livre à eu une grande influence sur ma vie, sur ma perception de la vie et de l’amour. Mais j’avais alors 38 ans. Pour toi il était presque trop tôt, et pour moi presque trop tard… Ça demeure un must absolu, un chef d’oeuvre. Merci!

    Aimé par 1 personne

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