Auteur : Andréanne Lauzon

Découvrir Élise Gravel, un rire à la fois

Je me suis replongée dans les ouvrages d’Élise Gravel ce matin. J’ai commencé par les aventures du professeur Zouf, que l’auteure jeunesse a créé en collaboration avec l’illustratrice Iris. Je me suis rapidement étouffée de rire en parcourant les pages courtes et dynamiques de ces petits livres-conseils qui expliquent tout ce qu’il y a à savoir sur une multitude de sujets. Que ce soit pour savoir comment devenir un expert de la politesse, comment garder la forme ou comment trouver l’amour, le professeur Zouf est là! Rapidement, ma famille entière est venue observer ce qui me faisait rire autant. Nous étions là, quatre adultes, quatre grands enfants à nous tordre de rire devant les façons de faire peu orthodoxes du professeur Zouf. Puis, je me suis lancée dans l’album du Docteur Proutnik, un praticien aux connaissances infinies. Il le faut bien lorsque l’on doit guérir les gens de toute la galaxie! Encore une fois, les éclats de rire se sont enchainés au rythme des pages qui se tournaient, au fur et à mesure que les …

La fille laide

Des fois, les gens disent des choses qui me font les aimer dans le négatif. Pas grand-chose, un petit rien, un simple soubresaut qui entortille un peu l’artère du coeur. C’est arrivé l’autre soir, alors que j’étais avec des amis et qu’on discutait de jeunes qui sont devenus la risée des Internets à cause d’un vidéo, d’un moment d’égarement ou d’un désir de l’autre de ridiculiser. On a parlé d’un jeune en particulier et A. a conclu la conversation en disant que, de toute façon, ce garçon n’avait enduré les moqueries que durant une année. Alors ce n’était pas si grave. J’ai eu un peu de peine, de ça. De l’entendre dire que les gens qui se font insulter chaque jour ne pâtissent que lorsque ça arrive. Comme si les souvenirs de douleur n’existaient pas pour ces gens-là, comme s’ils oubliaient les injures, comme si. Comme si moi j’étais en retard sur l’horaire, parce que j’avais pas passé à autre chose aussi facilement. Que j’aurais dû, peut-être, tourner la page après un an, après la …

Le garçon sans visage; une perle jeunesse à découvrir

J’ai découvert Le garçon sans visage de l’auteure française Kochka alors que j’entamais mon dernier stage en enseignement. Mon enseignante associée se faisait un devoir de faire découvrir à ses élèves des ouvrages qui s’éloignaient de leurs lectures habituelles, d’ouvrir leur horizon sur quelque chose de différent, de jamais lu, de jamais vu. Puisque j’étais alors en charge de la classe, c’était à moi de faire connaître les ouvrages aux enfants dans le cadre d’un cercle de lecture. Avant de le présenter aux élèves, je m’étais empressée de lire cette plaquette à la couverture colorée et invitante. Puisqu’elle m’avait parlé du Garçon sans visage avec les yeux lumineux et le sourire aux lèvres, je me doutais que mon mentor devait avoir mis la main sur une perle rare en littérature jeunesse. Et je ne m’étais pas trompée. C’est dans un parfum de rose que s’ouvre ce court roman jeunesse écrit par Kochka. Ce livre aux mots aussi doux qu’un bouquet de fleurs, aussi bons pour l’âme que peut l’être un amour de jeunesse, place son …

Le facteur de l’espace : petit bonheur estival

En juin dernier, je m’apprêtais à passer tout l’été à la campagne, dans la maison de mon enfance, entourée de champs, de forêts et d’animaux. Avant de m’y rendre, j’avais décidé de me procurer des ouvrages littéraires diversifiés. Je remplissais presque compulsivement mes bras de bouquins, chaque fois que je me retrouvais à arpenter les allées des librairies qui croisaient ma route. Puis je suis tombée face à face avec la bande dessinée Le facteur de l’espace, de Guillaume Perrault. Alors que je faisais habituellement un tri après avoir happé le plus de livres possible, j’ai choisi cette bande dessinée en y réfléchissant à peine. Les couleurs vives, les dessins ludiques et le titre accrocheur ne me laissaient aucun doute. Bob est un facteur de l’espace qui mène une vie bien rangée et équilibrée. Chaque jour, sa routine est semblable à celle de la veille. Et c’est ce qui lui plait. Aucun rebondissement à l’horizon, ce facteur spatial (pas spécial, comme le souligne l’auteur!) mène sa vie avec simplicité. De son réveil à sa douche, …

L’Épistolaire

Épistolaire : adj. Qui a rapport à la correspondance par lettres.  Quand j’étais ado, je me disais qu’il n’y avait rien de plus romantique que de tomber amoureux de quelqu’un pour ses mots. Je rêvais de recevoir des lettres impromptues, des messages qu’on n’attendait plus. Parce que je lisais tout ce qui me tombait sous la main et que j’avais un fort penchant pour les histoires d’amour, je me prenais à rêver de poésie et de déclaration enflammée. Quand j’étais ado, je rêvais d’être Elizabeth Benneth pis que M. Darcy débarque chez nous avec une lettre de dix kilomètres de long pour me dire qu’il m’aimait. Je rêvais de message à attendre, d’enveloppe à décacheter. Je rêvais de croiser sur une feuille de papier qui m’était destinée des mots qui étaient plus beaux que tous ceux qu’on retrouve dans les livres. Je rêvais de ça, jusqu’à tant que je le vive. Lui pis moi, on s’était bâti l’épistolaire à grands coups de mois passés à s’attendre. Fallait ben qu’on le fasse pour pas se laisser tomber …

Cher Bruno

Cher Bruno, cher Brune, Je t’appelle Brune parce que c’est comme ça que j’ai l’impression de te connaître. Comme un vieil ami, comme un compagnon que j’aurais rencontré autour d’une bière et qui m’aurait raconté avec détails toutes ses aventures. Comme quelqu’un que j’aurais écouté la bouche grande ouverte, avec les yeux qui essayent de s’ouvrir plus pour être ébahis, mais qui peuvent pas. T’es comme mon pote. Je boirais cent bières avec toi pis je m’en lasserais pas. Certains jours, en jasant avec des gens, je me mets à parler de toi. L’an dernier, je t’ai pris en exemple auprès de ma mère quand je lui ai annoncé que le prochain pays que je visiterai serait porteur de malaria. Pour la rassurer, parce que toi, tu l’as vécue. Pis quand je me choisis une nouvelle destination, quelques jours après avoir les billets en mains, je me dépêche toujours d’aller jeter un oeil à ta Frousse pour voir si tu l’as parcouru, toi aussi, ce pays que je m’apprête à découvrir. Pas de mots sur …

Je voulais du doux

L’angoisse s’invite souvent chez moi. J’ai le doute amical. Envahie par le stress à longueur de journée, je cherche constamment la sérénité, le calme, le paisible. J’ai décidé très tôt que le voyage me servirait d’exutoire. Que loin de mes responsabilités, je trouverais enfin le calme que je guette tant. J’ai passé des jours à imaginer l’ailleurs comme un lieu des rêves achevés. Comme si je n’arriverais à me poser que dans l’action. J’espérais voir le monde, sauter d’un endroit à l’autre et respirer enfin. J’ai enchainé voyage sur voyage, année après année, en niant le fait que je faisais tomber toutes mes barrières en décidant de quitter la maison. En oubliant qu’ainsi je créais le plus grand déséquilibre chez moi. Que me mettre en danger faisait exploser mon niveau de stress, que celui-ci devenait grand, si grand, que j’en perdais mon besoin de voir le monde. Je passe constamment du désir de partir à l’envie de rester. C’est quand je suis sur le point de prendre mon envol, quand je me retrouve sur le …

Inde : le grand déséquilibre

« Je partirais tellement aujourd’hui, je partirais au milieu de la nuit/Je dirais bonsoir à tous mes amis et je m’en irais à l’infini » (Jean Leloup) C’était juillet fort. C’était juillet humide pis lourd sur tes épaules de petite touriste solitaire. Tu avais quitté Montréal le 1er, en te disant que le Canada aurait beau fêter tous les anniversaires du monde, toi, tu t’en allais voir le reste de la Terre. Tu avais choisi l’Inde pour une raison obscure. Tu avais envie de tomber de haut. Tu avais envie de vertige, de tentatives, d’essais et d’erreurs. Tu avais envie de perdre pied dans un des pays les plus populeux de la terre. Alors tu étais partie avec une amie qui n’avait pas peur du vaste. Vous aviez attendu la fin de l’année scolaire, vous aviez pris vos corps épuisés et vous étiez parties pour un petit village perdu au milieu des rizières, pour une école où les enfants différents retrouvaient le sourire. Vous aviez lu sur l’Inde, bien sûr. Comme tant d’autres, vous aviez vu Slumdog …

Les prix littéraires qui réchauffent la gorge

Il n’aura fallu que cinq minutes avant que mon problème d’acheteuse compulsive et ma passion pour la littérature jeunesse ne s’allient lorsque j’ai aperçu que les plus récents nominés au prix littéraire des libraires jeunesse venaient de paraitre. Un gros cinq minutes pour que je me mette à fantasmer sur les deux romans que l’on annonçait dans la catégorie 12-17 ans. Cinq minutes avant que je passe une commande en ligne et que je me retrouve plus pauvre, oui, mais avec l’assurance que du grand allait me parvenir par la poste dans le bientôt. Les lauréats de cette année se séparent en deux catégories bien distinctes.  Une oeuvre d’Amélie Dumoulin, FémFé, a été choisie pour représenter la catégorie québécoise, tandis que, du côté des écrits internationaux, on retrouve Le soleil est pour toi, de Jandy Nelson. Deux romans très différents qui parlent d’adolescence, de découvertes et de grandes tristesses. Deux romans qui ont su me toucher à leur manière respective. FémFé, c’est l’histoire d’une rencontre qui embellit l’existence, d’un amour puissant, mais également empli de …

Lèche-Vitrines et la douceur de nos dix-huit ans

Beaucoup connaissent Sarah-Maude Beauchesne pour son blogue Les fourchettes. Son écriture franche et sensible m’a toujours beaucoup plu. Voilà que l’an dernier, elle faisait paraitre son premier roman jeunesse Cœur de slush. On y retrouvait les aventures d’une jeune fille qui vit les premiers émois de la fin de son adolescence. En février, c’est le tome 2, Lèche-vitrines, qui a paru. Et on l’attendait, la suite des aventures de Billie Lou. Après que Pierre ait touché son cœur pis le reste, on voulait savoir ce qui était arrivé à l’adolescente. Billie a dix-huit ans. Sa vie change, parce que la fin du secondaire est arrivée, que sa mère est revenue d’un grand voyage, mais surtout parce qu’elle a donné son cœur à quelqu’un qui l’a un peu magané. À dix-huit ans, après avoir fait l’amour pour la première fois, Billie se demande où elle s’en va. Elle se demande si le cœur peut vraiment suivre tous ces grands chambardements. Dans la grande ville qu’est Montréal, elle peut essayer d’oublier les grands yeux bleus de Pierre, elle …