Auteur : Andréanne Lauzon

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Le jour où j’ai lu un livre sur ma tablette

Je n’aime que le papier. J’aime son odeur, le bruit qu’il fait lorsqu’on le tourne, qu’on le plie et le déplie. J’aime ses coins qui se cornent et ses lignes qui se raturent. J’aime que l’on puisse raconter l’histoire du lecteur à travers le défilement des pages. Partie au Japon pour trente jours, le tiers de mon sac était représenté par les livres. Que voulez-vous, je prévois lire tant et tant une fois sur un autre continent que je m’assure de ne pas manquer de romans à dévorer. Habituellement, j’arrive bien à trouver de nouveaux livres si mes réserves viennent à manquer dans l’endroit que je visite. Cette fois, je me doutais bien que mon pays d’accueil ne déborderait pas de littérature en français. Réserve fut donc prévue. Les jours défilaient, ma collection de bouquins aussi. Après avoir terminé 1Q84 (oui, on m’a fait la remarque qu’il était cliché de lire du Murakami au Japon), je me suis lancée dans une nouvelle série dont on m’avait fait l’éloge: La Passe-Miroir. Écrite par Christelle Dabos dans …

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Colorer les écrits : Fanny Cloutier

Les journaux se sont entassés dans mes tiroirs. De mon enfance à aujourd’hui, les cahiers se sont empilés les uns sur les autres, ils se sont remplis et ont accueilli mes aspirations poétiques et les limites de mon talent. Parfois, ma vie trop banale me désespérait, j’aurais rêvé de quelque chose d’extraordinaire à coucher sur le papier, mais rien n’y faisait, le calme plat se fracassait aux pages de mes journaux. J’avais des rêves de grandeur pour mes carnets. Je rêvais de couleurs et d’images à couper le souffle, de phrases inspirées qui changent la vie des gens. Je rêvais que mes journaux soient des collages tellement vivants qu’ils m’amènent à les redécouvrir moi-même au fil des semaines. Mais je n’y suis jamais parvenue. Je retrouvais alors ce que je n’arrivais pas à écrire dans les textes des autres. J’aimais dévorer les journaux d’autrui. Les fictions, comme les écrits, qui provenaient du passé. Cette assiduité que je ne possédais pas, celle de prendre le temps d’écrire et de décrire la vie, me fascinait. Et voilà …

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L’étrange odeur du safran; les mille-et-un détours

Une couverture presqu’entièrement noire, un bouquet de safran qui sèche sur celle-ci et un titre qui intrigue, L’étrange odeur du safran, de Miléna Babin, est sans aucun doute un ouvrage qui capte le regard lorsqu’on l’aperçoit en librairie. Il en va de même lors de sa lecture, alors qu’on se retrouve plongé au cœur d’une histoire qui bifurque, qui tournoie, qui nous amène à rencontrer, à survoler les personnages qui feront vivre le récit. Car les personnages et les histoires sont légions dans l’ouvrage de Babin. Désirant s’enfuir de son oncle et de son frère, Nil, une jeune femme à la moralité douteuse débarque au Bic au volant d’une camionnette miteuse et avec pour compagnon, un renard du nom de Lavande. Elle vient rapidement troubler la vie d’un restaurateur séropositif avec ses façons originales de gérer les choses, mais aussi puisque les membres de sa famille qu’elle tentait de fuir sont maintenant à ses trousses. Jacob, le restaurateur, lui, ne souhaite qu’une chose: voler la totalité de la culture de safran, l’épice la plus couteuse …

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Avant, après : La Scouine

Il y a quelques temps, une réécriture de La Scouine a été proposée par la maison d’éditions La Peuplade. Récit marquant, qui a dépassé les époques, je n’avais pourtant jamais mis la main sur une copie de cet ouvrage. Avant de me lancer dans ma lecture du roman de Gabriel Marcoux-Chabot, j’ai tenté l’exercice intrigant de faire une double lecture de La Scouine, celle d’avant et celle du moment. Je me suis donné deux jours (et il faut dire qu’ils étaient amplement suffisants pour traverser ces deux minces ouvrages) pour parcourir les récits. Le premier jour, je me suis attaquée au texte de Laberge. Puis, dès le lendemain, c’est sa réécriture qui m’a tenu compagnie. Un exercice fascinant pour comprendre le cheminement de l’auteur dans son écriture. Roman paru en 1918 mais longtemps oublié, La Scouine, d’Albert Laberge, fait état d’une période sombre, mais également lucide de l’histoire, d’un passage où la vie des habitants, des agriculteurs, était dure et impitoyable. Au lieu de glorifier, comme le faisait bien des ouvrages de l’époque, la vie …

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L’enfant, et l’espoir, perdus

J’avais rarement attendu un livre comme j’ai pu attendre la venue du dernier tome d’Elena Ferrante, mystérieuse auteure, L’amie prodigieuse tome IV, l’enfant perdue. La date de sortie était écrite à mon agenda et j’étais prête à me lancer dans la première librairie trouvée le jour béni du lancement. Chose prévue, chose faite, je me suis retrouvée avec ce livre volumineux et attendu dans les mains sans réellement savoir qu’en faire. M’y plonger tout de suite ou attendre, savourer, faire venir le désir pour mieux apprécier les pages qui allaient suivre? Le dernier tome d’une série possède toujours un goût doux amer et je me demandais si je saurais repousser cette amertume en me faisant patienter. Bien entendu, c’est le contraire qui s’est produit. Livre en mains, il n’était plus possible de m’arrêter. J’ai avalé les pages comme on se jetterait sur un repas après avoir été affamé. J’ai avalé les pages, la gorge bientôt aigre-douce. On retrouve, dans le dernier livre qui scellera leur aventure, les deux protagonistes principaux de la série, Lina et Elena, …

Chercher Sam (l’autre)

J’ai découvert le nom de François Blais au détour d’un article qui faisait connaître au grand public certaines des lectures que les enseignants proposaient à leurs étudiants lors de leur cours de littérature. On y parlait avec détails et exclamations de Document 1, roman dont je n’avais jamais entendu parler. Sans savoir ce qui m’attendait dans ma lecture, je suis tombée sous le charme de cette plume vive et hilarante. Peu d’ouvrages m’amènent à rire à haute voix, ou à narrer mes lectures à qui veut bien les entendre. Ceux de François Blais le font. Ainsi, après avoir dévoré et adoré Document 1 je me suis lancée dans une seconde lecture de Blais : Sam. Et quelle lecture ce fut. Découvrir Sam Bercée par la langueur qui accompagne habituellement les vacances de Noël, je me suis plongée dans cet objet intrigant. Un titre simple, une couverture présentant le portrait d’une femme qui nous rappelle Twiggy, sur un fond gris, voici Sam. Mais qui est celle femme mystérieuse? Et surtout, d’où vient-elle? Alors qu’il fouille dans les …

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Aurélie, ma vieille amie

Aurélie, ma vieille amie. On s’est rencontrées il y a longtemps déjà, au tournant d’une page. Tu habitais avec ma sœur et elle refusait de te partager, pour une fois qu’elle trouvait une lecture à sa pointure. Pourtant, déjà, je voyais bien comme tu la rendais heureuse, comme tu la faisais rire, lui donnait envie de lire, aussi (chose rare pour la soeurette). J’ai donc décidé d’aller à ta rencontre. Moi aussi, je voulais partager ces fous rires silencieux, ces sourires charmés au fil de tes pages. Aurélie, je t’ai tout de suite aimée. Ma sœur et moi, nous lisions tes aventures en simultanée, je me jetais sur ton histoire lorsqu’elle déposait le livre dans un moment de répit. Nous nous querellions tes livres, mais ils ne m’appartenaient pas. Je n’avais jamais le dernier mot. Ma sœur, lectrice moins avide que moi, refusait donc que je termine ton histoire avant elle, ou que je la dépasse de ne serait-ce que d’une seule page dans ma lecture. Je mentais donc, bien sûr, prétendant m’arrêter au même …

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Marcher avec les ours

Il existe, à divers endroits du globe, des routes mythiques, espèce de sentiers destinés aux excentriques qui ne recherchent qu’une chose : marcher. Marcher sur des kilomètres et des kilomètres à travers les campagnes ou les forêts. Les possibilités de randonnées que l’on retrouve à travers le monde ne sont pas toutes bien connues par le public. Bien entendu, il existe des exceptions à la règle. Le plus connu de ces sentiers est sans contredit le chemin de Compostelle, qui traverse la France et l’Espagne. Sorte de pèlerinage destiné aux fidèles dans un premier temps, cette route recueille maintenant des milliers de personnes par année qui marchent pour des buts différents, dont Marion, fière fileuse, qui parle de son expérience juste ici. Également, il y a quelques années, l’effervescence autour d’un livre de Cheryl Strayed a fait connaître le Pacific Crest Trail, qui longe l’océan Pacifique de la frontière canadienne jusqu’au Mexique. Avec Wild, l’auteure trace un portrait franc de son parcours et de la difficulté que peut être une aventure de la sorte. Lire …

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Comment j’ai raté ma vie

Lorsqu’on foule les bancs de l’université en tant que futurs enseignants, on a la chance d’être mis en contact avec des œuvres jeunesse parfois percutantes. Il y a quelques années, dans un cours dont j’oublie le nom, ma professeure nous avait fait la lecture d’un album jeunesse écrit par Bertrand Santini et illustré par Bertrand Gatignol aux éditions Autrement. Comment j’ai raté ma vie. Nous avions rigolé un peu en entendant le titre. Comment j’ai raté ma vie. Quel titre saugrenu, quelle idée d’intituler un album jeunesse ainsi! Quel coup de génie, aussi, d’utiliser un titre aussi percutant, qui, dès sa lecture, nous donne envie d’en savoir plus. Ne voulant nous en dire plus, notre professeure a commencé à nous lire l’album sans nous permettre de regarder les images. Comment j’ai raté ma vie. Les mots de ce texte nous amènent à découvrir l’histoire d’un homme qui fait état du gâchis qu’est devenue sa vie, elle qui avait pourtant si bien commencé. À l’aide de phrases courtes, mais percutantes, il nous explique comme il était …

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Oh, Billie

Je lis en marchant. Ça fait toujours réagir les gens. On m’arrête souvent pour me demander comment je me débrouille ou si je n’ai jamais eu d’accident en pratiquant cette activité controversée. Vous serez peut-être surpris de l’apprendre, mais j’arrive à lire tout en anticipant la présence des obstacles, les feux rouges ou les gens à ne pas bousculer. Lire en marchant, sans jamais faire d’accident, j’en étais plutôt fière. Jusqu’à Maxime. Par trois fois, lors de ma lecture, j’ai failli. Un poteau d’arrêt, un cycliste et un piéton qui marchait dans ma direction ont risqué un face à face malheureux avec ma personne, trop captivée par les mots que je dévorais. Parce que je n’arrivais pas à détacher mes yeux de ce roman aux couleurs vives et attrayantes — le troisième, et dernier, de la trilogie de Beauchesne, qui met de l’avant le personnage attachant de Billie Fay — mes superbes statistiques sont tombées à l’eau. Dans ce troisième tome, Billie déménage avec sa meilleure amie, poursuit le Cégep, vend des grilled-cheese dans un …