Littérature québécoise
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Les Lettres à mademoiselle Brochu

C’est bien connu (par mon entourage, on s’entend), Maxime-Olivier Moutier, c’est « le mien ». Il est mon auteur favori au Québec. Ce n’est quand même pas peu dire, j’ai exploré en masse avant d’avancer cela, lisant en grande majorité du québécois. Son style littéraire accessible et recherché, ses sujets abordés de l’amour et la quête de soi et de l’autre, sa façon de faire réfléchir ses personnages, j’avoue que tout ça a permis un réel love at first read. D’ailleurs, sur mon petit blogue bien personnel, la seule « critique littéraire » qu’on y trouve est celle du roman de Moutier La gestion des produits — Tome 1 : La crise (un autre roman que vous devez lire, soit dit en passant!).

Bref, j’ai décidé de me replonger dans l’univers de mon auteur favori avec son quatrième roman paru en 1999, Les Lettres à mademoiselle Brochu : éléments pour une nouvelle esthétique de la crise amoureuse. Il prenait la poussière, juché en haut de ma bibliothèque depuis quelque temps, alors que j’ai lu ce livre pour la première fois il y a une dizaine d’années. Contre une pile à lire somme toute invitante, il a gagné à nouveau mon attention.

Ce roman épistolaire gros comme ma main contient un avant-propos qui donne le ton aux (presque 200) pages suivantes. On y comprend que ce livre fait partie des fruits libérés des suites d’une psychanalyse entreprise par l’auteur, à une époque vécue plutôt difficilement. Habitant alors seul quelque part sur Saint-Joseph, on y lit qu’il se qualifiait de fou au moment de larguer ses incessantes missives à une Valentine Brochu dont on connaît peu de choses (à moins que vous n’alliez lire le glossaire à la fin, vous dévoilant la façon dont ils se sont vus la première fois).

Bien qu’on puisse se réjouir d’un cheminement heureux depuis, puisque Maxime-Olivier est devenu lui-même psychanalyste, c’était à coup de prose dans l’univers postal qu’il s’était donné le défi de conquérir cette mademoiselle Brochu « presque choisie au hasard », dans le but qu’elle n’ait d’autre choix que de l’aimer. Pas simple.

En ouvrant ce livre, on plonge dans la lecture de près d’une cinquantaine de lettres de Maxime-Olivier, garagiste sur Amherst par dépit, écrites entre un 7 décembre et un 5 mars. Dépeint comme n’ayant jamais été très bon à l’école, il n’a pas d’étude, mais lit beaucoup. Comme sa belle à conquérir est universitaire, il sent qu’il a du chemin à faire. Mais l’espoir le garde en vie et il croit en ses atouts. Il maintient qu’il la fera fléchir, à force de lui envoyer les enveloppes timbrées contenant le fond de ses réflexions.

Je n’ai pas d’auto, mais j’ai tout le reste. Je suis sérieux. (…) Au moins je lis des livres. Je suis un bon employé. Je vis tout seul, entouré de maniaques sexuels. Et je suis presque en train de commencer à t’aimer. Je tenais évidemment à ce que tu le saches.

Il tombe tranquillement en amour avec l’amour, nommé Valentine dans son cas, allant jusqu’à fantasmer avec sa prose.

Tu seras entièrement nue, influençable. Oui. Un jour, je ferai en sorte de te faire crier, pour scandaliser quelques petites vieilles et, pourquoi pas, les faire mourir d’une bonne crise cardiaque. Justice sera rendue. Quand tu m’aimeras, si jamais tu m’aimes un jour.

Il reste lucide face aux résultats escomptés, voyant que ses missives persévèrent à rester lettre morte. Maxime-Olivier en vient à imaginer toutes sortes de scénarios catastrophes pour justifier le silence de madame, alors qu’il lui raconte les banalités de sa vie sur papier, vendant sa salade et espérant l’existence d’un retour via Postes Canada ou par téléphone. Et plus le temps passe, plus l’autocritique est cynique.

Tu m’aimeras. Seule avec ton mari bronzé, dans cette énorme maison docilement remboursée par son salaire (…). Sauf que moi, je ne voudrai plus que te sauter. Bien égoïstement. Pour me venger. Je ne voudrais plus qu’une chose : abuser à fond de mes pouvoirs.

Plus les pages se tournent, plus on ressent son amertume. Et on a envie de voir si ses lettres finiront par être répondues. Entre ses préférences de films pour adultes, ses explications sur les bearings de roues et ses idées délirantes d’une relation plutôt désirée qu’existante, on sent dans Les Lettres à mademoiselle Brochu un homme persévérant dans l’écriture, mais souffrant de solitude. Une excellente façon de rencontrer Moutier, qui livre comme toujours une plume acerbe et authentique.

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Un vent de nostalgie lui souffle parfois dessus, lui faisant revivre ses journées d’enfance passées avec un J’aime lire sous les yeux ou à manier son pousse-mine à composer des chansonnettes pour sa grand-mère Bernadette. Aujourd’hui bien campée dans la vie d’adulte sans trop l’être, lire et écrire sont restés pour elle synonymes de plaisir. Stéphanie a pris le chemin des sciences (elle est infirmière clinicienne) après un passage fort apprécié dans le domaine des arts & lettres. Depuis la fin de son récent bacc. du côté pragmatique, elle est ravie de (re)vivre enfin en lisant et écrivant ce qui lui plaît. Elle a un fort penchant pour le québécois contemporain, poésie ou romans, des essais ou encore pour son précieux guide des médicaments. Elle aime beaucoup voyager, le yoga, prendre des photos pas toujours réussies, cuisiner végé, le vieux punk, le classique et le sens du mot liberté.

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