Texte paru préalablement dans le cahier du coffret littéraire mai 2016
Si j’ai appris une chose en lisant ce livre, c’est bien qu’il ne faut jamais se fier à la couverture. Eh oui, je l’avoue, dès le début j’étais un peu sceptique, sans doute à cause du titre qui me laissait croire à un réel guide des saunas nordiques et à la couverture qui avait l’air de confirmer le tout. Mais je vous encourage à aller au-delà des apparences, c’est d’ailleurs là toute la force du roman; ne jamais porter de jugement sans connaître toutes les nuances d’une histoire : le noir, le blanc et très souvent le gris.
Dans ce roman, Geneviève Drolet raconte l’histoire d’Emelyne, une femme qui est en voyage dans le nord de l’Europe pour visiter des saunas, car elle en écrira un guide. Bien qu’elle partage ses réflexions sur les saunas qu’elle visite, Le guide des saunas nordiques est loin d’être un guide, mais plutôt un roman qui laisse place à l’introspection, tout en mettant de l’avant cette passion pour les saunas qu’a l’auteure. Emelyne est confrontée à ce besoin de changer de vie, mais elle n’est pas prête à effectuer les changements dans son quotidien. Elle quitte donc sa fille et le père de cette dernière pour aller visiter des saunas en Finlande, en Estonie et en Allemagne, qui, elle l’espère inconsciemment, viendront la libérer, la faire renaître de ses maux. Le sauna joue donc le rôle de dépouillement, de renouveau et de renaissance dans sa vie.
Le personnage d’Emelyne n’est pas parfait et j’irais presque jusqu’à dire que souvent elle nous rebute dans notre lecture, mais au fil des pages, on découvre la complexité, l’humanité qui fait d’elle un être tout parfaitement imparfait. Bien que d’autres personnages du roman tels que sa mère et Benoit ne sont pas exactement des êtres exemplaires, il est intéressant de voir que chez Emelyne, il y a aussi une lucidité cachée. Elle se cache beaucoup de vérité inconsciemment pour aller mieux et c’est par le biais de son parcours dans les saunas qu’elle tente magiquement de se guérir de ses tourments. J’ai particulièrement aimé le point de vue du narrateur qui nous laisse entrevoir qu’une parcelle du comportement d’Emelyne, comme de ses relations intimes. Ainsi, cela nous incite à avoir un regard jamais teinté et de faire preuve d’ouverture et de non-jugement envers Emelyne.
Ce roman nous aide ou du moins nous inspire à faire preuve d’indulgence envers les autres, même quand tous les signes extérieurs semblent laissés empreints d’une histoire injuste. Emelyne est dans un moment charnière de son existence; elle veut changer, améliorer sa vie et même si on peut croire qu’elle devrait le faire autrement qu’en méditant et en découvrant des saunas, on se doit de la laisser vaguer à ses expérimentations et surtout, de la concevoir comme une femme éprise de contradiction, mais profondément habitée d’une envie de bien-être, comme nous le sommes tous, au final.
La dureté de son enfance comme de sa relation amoureuse avec Benoit qui tombe en morceaux, ont su briser un peu l’idée qu’elle se faisait de la vie idéale de famille. Elle est toutefois franchement inspirante dans son désir de faire ce qui lui plaît. Elle quitte Montréal pour ce voyage avec elle-même, et ce, malgré les conventions qui l’obligeraient à rester chez elle. J’ai trouvé qu’Emelyne était admirable par son entêtement à suivre ses passions, soit l’écriture et le voyage.
Emelyne cherche par ce voyage d’introspection une solution ultime pour améliorer sa vie, elle ne réalise simplement pas que parfois il suffit de s’avouer les vraies choses qui font mal. La métaphore de la toile d’araignée qui parcourt le roman vient très doucement nous faire comprendre que souvent nous sommes les uniques maîtres de notre vie…


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