Littérature québécoise
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Jouer avec le feu pour ne pas mourir de froid

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Je ne savais pas trop à quoi m’attendre en commençant la lecture de Le reflet de la glace de Geneviève Drolet un soir de semaine. Je pouvais anticiper la qualité de l’écriture, parce que j’ai lu Attaches : une histoire grise, parce que le Guide des saunas nordiques était offert dans l’un des coffrets du Fil rouge l’an dernier et qu’il s’agit d’une auteure de grand talent à la plume aiguisée. Mais je ne pensais pas être incapable de refermer le livre avant d’avoir lu la toute dernière page et ainsi m’endormir bien plus tard que prévu.

Marcher sur un lac gelé

On pourrait croire que les très courts paragraphes — trois, quatre pages chacun — nous permettent une pause, un souffle avant de reprendre notre lecture. Mais c’était plus fort que moi : je devais en découvrir plus. Je ne pouvais m’arrêter, et l’auteure m’en donnait plus que je n’en demandais.

Je vous le dis tout de suite, il ne s’agit pas d’une histoire rose bonbon. On entre dans la tête d’un personnage troublé, une jeune femme qui perd tous les gens qu’elle a aimés, aussi peu nombreux soient-ils. La narratrice tente d’analyser sa vie, ses envies, mais elle se sent prise au piège; elle l’a toujours été au fond. De la mort de ses parents, qu’elle s’imagine être un suicide, jusqu’à la redécouverte des plaisirs charnels avec son voisin, en cachette de son amoureux — ou peut-être pas —, ce personnage écorché de la vie refuse d’être comme tout le monde, mais tente tout de même de ne pas faire de vagues. Sa vie et sa perception des rapports humains sont en équilibre précaire, à un doigt de chavirer du côté du bonheur ou de la déchéance. Et je crois qu’elle se plaît à ne pas se conformer à l’un ou l’autre.

On dit que tout finit par se savoir.

Je suis la preuve vivante qu’il y a des exceptions.

Tout comme une longue marche sur un lac calme en hiver, la peur de tomber, que la glace se défonce sous nos pieds, reste toujours présente. La narratrice vit une vie calme que certains qualifieraient de parfaite, mais la terreur reste toujours dans son ventre, dans ses tripes. Beaucoup de questions sans réponses, beaucoup d’émotions refoulées sous sa grande beauté physique, qu’elle considère surtout comme un fardeau.

Des mots glacés, du verglas isolé

L’écriture de Geneviève Drolet ne peut laisser personne indifférent. Elle comprend l’être humain et la complexité de l’esprit. Ses mots sont bien choisis, placés au bon endroit, chaque phrase atteint le cœur en laissant dans la gorge un goût doux-amer. Ce roman n’y fait pas exception. Très peu de personnages sont mis en jeu, pourtant on observe des relations complexes, une évolution touchante des rapports humains.

Drolet enrobe chacun de ses personnages d’une couche de sucre, puis d’une couche de goudron, en constante alternance, jusqu’à ce que les couches se fondent les unes dans les autres. Et quand la structure de goudron sucré se durcit, tout juste comme on allait s’attacher au personnage, elle fait craquer la surface et les fissures se propagent, défont notre compassion et brisent nos perceptions en mille petits morceaux de personnage indéchiffrables. Et, je dois l’avouer, j’adore cela. On ne ressort pas entier d’une lecture comme celle-ci.

J’allais me saccager, me saboter. Avoir le plaisir de me regarder pourrir un peu, par ma faute. Comme ça, je n’aurais pas à me suicider à force d’avoir peur que la perfection s’estompe […].

Avez-vous d’autres suggestions de livres (québécois ou non) où les personnages sont si troublés qu’ils commettent des actions qu’on ne comprend pas, du point de vue extérieur?


Le fil rouge remercie les éditions Numéro de série pour le service de presse.

Note : La première édition de Le reflet de la glace a été publiée en 2012 aux éditions Coups de tête. Nous avons eu droit à la réédition, publiée en 2017.

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