Réflexions littéraires
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Entrevue avec Geneviève Drolet, auteure du Guide des saunas nordiques

Entrevue paru préalablement dans le cahier du coffret mai 2016
Geneviève Drolet, auteure du Guide des saunas nordiques, a accepté de répondre à quelques-unes de nos questions, histoire d’en connaître un peu plus sur son roman, les thématiques abordées et son processus de création.

Pourquoi les saunas? Ils sont au coeur du roman, non seulement de manière physique, mais semblent aussi être la figure dans laquelle se transpose tout « l’espoir de mieux-être » d’Emelyne.
En tant qu’adepte des saunas, j’ai réalisé que peu de personnes connaissaient cet univers ici, au Québec. J’ai eu envie de partager cette passion. Ensuite, en faisant mes recherches, j’ai réalisé qu’il y avait cette allégorie intéressante avec la naissance, la renaissance et j’avais envie de creuser dans cette direction et d’explorer l’avenue de la maternité et de l’ambivalence qu’elle peut créer chez la femme.

Les liens avec la toile d’araignée traversent le roman, jusqu’aux dernières lignes de celui-ci. On trouve que cette métaphore est puissante et qu’elle permet, une fois le roman terminé, d’y jeter un nouveau regard. Pourquoi était-ce important pour vous de nous faire voir ce côté de la médaille, de faire comprendre au lecteur qu’Emelyne était peut-être, à certains niveaux, celle qui construisait aussi une toile?

J’ai l’impression que c’est représentatif de ce que l’on vit tous les jours. Chaque fois que quelque chose de négatif se passe dans nos vies, on a tendance à mettre la faute sur quelque chose d’externe à soi, on attend souvent des autres qu’ils nous rendent heureux, mais on est les seuls responsables de ça. C’est une question de perspective. Dans le roman, j’ai fait en sorte que le narrateur soit subjectif, qu’il nous montre seulement un côté de l’histoire. Bien sûr, on peut supposer que Benoît ne traite pas Emelyne comme il le devrait, mais une grosse partie de leur histoire est occultée, alors on ne peut pas réellement se faire une idée objective de la situation. Comme dans la vie, Emelyne a aussi le choix de quitter cette relation qui la rend malheureuse, mais elle ne le fait pas. Elle contribue à créer et à entretenir son propre malheur.

D’où vient le choix stylistique des « mots collés »?
J’aime explorer au niveau de la forme, faire des essais. Ce choix spécifique a un lien avec la langue allemande, et sa manière d’amalgamer des mots ensemble pour en former un autre. Ça représente le désir d’Emelyne de se fondre dans cette culture étrangère, de presque disparaître, d’une certaine manière, dans ce voyage.

Ce qui est vraiment intéressant avec Emelyne, c’est qu’elle est toujours dépeinte comme très humaine, autant dans ses imperfections que ses paradoxes. Ainsi, on saisit bien toute la complexité de son existence et de son passé. Est-ce qu’il était important pour vous de montrer la noirceur du personnage, et ce, toujours en la voyant faire preuve de courage en vivant de sa passion et de son désir de découvrir des saunas?

J’aime beaucoup explorer la noirceur de mes personnages. C’est une manière pour moi d’aller là où l’on ne va pas souvent, par peur de nos propres sentiments ou réactions. Je suis un peu fascinée par les extrêmes, peut-être parce que je me considère comme une personne assez équilibrée, ou peut-être suis-je équilibrée parce que je me permets d’ausculter des émotions très diverses, de me laisser aller dans ce voyage intérieur? Je ne sais pas. C’est un terrain de jeu très libre, et assez confrontant. J’ai l’impression que ça me fait grandir en tant que personne, et en tant qu’artiste.

Le rapport au corps et à la pudeur est très différent dans le nord de l’Europe qu’ici. Y a-t-il chez Emelyne une libération qui passe par cette impudeur du corps et de la méditation qu’elle ne retrouve pas chez elle?
Oui, peut-être. Le rapport au corps est une thématique assez forte dans le livre. Emelyne veut renaître, ou du moins, elle pense que c’est ce qu’elle doit faire, même si elle n’est peut-être pas prête à laisser derrière les choses qui lui font mal. Elle a l’impression que cette renaissance doit passer par un dépouillement physique, comme point de départ pour guérir ses maux. Mais elle se sauve aussi de sa vie à la maison, elle est un peu lâche. Elle pense que de partir ainsi va l’aider, mais elle ne remet pas en question sa relation avec Benoît, elle espère juste que le sauna sera comme une pilule magique qui lui rendra sa vie.

Le désir d’Emelyne de suivre ses passions et son envie d’écriture, même si cela ne plait pas toujours, par le voyage, est très libérateur et nécessaire pour comprendre sa démarche. Est-ce important pour vous de véhiculer des thèmes comme la liberté, l’introspection et le voyage?

Oui, tout à fait. Je retrouve beaucoup de liberté dans l’écriture, le voyage et ma vie d’artiste de cirque. L’introspection est aussi une composante vitale pour moi, sans toutefois tomber dans l’obsession. Voyager, oui, en soi ou dans le monde, une manière d’ouvrir ses œillères, de moins juger, de mieux comprendre les autres.

Comment s’est passé le processus d’écriture? Avez-vous réellement visité les saunas décrits dans le roman?
J’étais à Bad Oeynhausen en Allemagne lorsque j’ai commencé l’écriture de ce roman. Entre les spectacles, je me précipitais au sauna pour tenter de survivre à l’énorme charge de travail que j’avais là-bas. Dans les saunas, je réfléchissais beaucoup, je méditais. Et l’idée d’écrire sur ce sujet m’est venue. J’avais déjà visité quelques établissements, mais j’ai fait aussi quelques autres voyages d’exploration pour compléter le roman. J’en ai terminé l’écriture lorsque j’étais en voyage à Dubaï.

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Le fil rouge est un blogue littéraire créé par deux amies, Marjorie et Martine, toutes deux passionnées par la littérature et par les vertus thérapeutiques de celle-ci. Notre approche face aux bouquins est liée à la bibliothérapie, car nous pensons sincèrement que la lecture procure un bien-être et que les oeuvres littéraires peuvent nous aider à cheminer personnellement. Nous tenons aussi à partager notre amour pour les bouquins, l’écriture, la création et sur les impacts positifs de ceux-ci sur notre vie et notre bien-être. Notre mission première est de favoriser la découverte de livres et de partager l’amour de la lecture, car ceux-ci peuvent avoir des impacts sur nos vies et sur notre évolution personnelle. Que ce soit le dernier roman québécois qui fait parler de lui, le vieux classique, le livre de cuisine ou bien même le livre à saveur plus psycho-pop, chez Le fil rouge, on croit fermement aux effets thérapeutiques que peuvent apporter la lecture et la littérature. Voilà pourquoi les collaboratrices et les cofondatrices se feront un plaisir de vous faire découvrir des bouquins qui leur ont fait du bien, tout simplement.

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