Littérature québécoise
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D’amour et d’air frais : La mer, trois kilomètres à gauche

Ce n’est plus un secret, une partie de mon cœur est à l’archipel des Îles-de-la-Madeleine, pour ses plages, bien entendu, mais aussi pour sa culture et sa littérature. Parmi mes coups de cœur insulaires se trouve la maison d’édition la Morue verte, qui s’engage à promouvoir et à diffuser les auteur.es des Îles, toutes disciplines artistiques confondues. En ce début d’automne encore doux, j’y ai déniché ma perle rare pour Le fil rouge, c’est-à-dire le livre le plus réconfortant que j’ai eu la chance de lire cette année.

Native de Havre-aux-Maisons, Suzanne Richard publie en 2013 un premier recueil de nouvelles qui a tout pour réjouir. La mer, trois kilomètres à gauche présente une galerie d’individus dans différents évènements qui jalonnent l’existence : le deuil, la maladie, la famille et ses rituels, l’amour naissant comme le couple qui se meurt. Les protagonistes sont d’âges et de caractères bien disparates, même si le ton narratif demeure toujours plus distancié. Usant des expressions locales, toutes les histoires se déroulent aux Îles et dépeignent différentes facettes d’un quotidien contemporain. J’ai eu l’impression que la conteuse s’adressait à nous, gens de la Grand’ Terre, lorsqu’elle suspendait le récit pour expliquer les coutumes et leurs termes qui leur sont associés.

Si la nature règne en maîtresse aux Îles, Richard reflète judicieusement ce rapport au temps et à l’environnement en divisant son recueil en quatre parties portant le nom de chacune des saisons. Ainsi, cycles de la nature et cycles de la vie humaine se font échos, inscrits dans un même engrenage évolutif où la fin laisse place au renouveau. C’est peut-être cette sérénité organique qui imprègne l’écriture de l’auteure et y diffuse une bienveillance. Il y a là un humour doux, lumineux, dans lequel ne pointe aucune trace d’acidité ou d’ironie. Les textes sont humains, inspirants dans leurs imperfections, et témoignent d’une grande empathie envers les personnages, qui sont eux-mêmes solidaires entre eux. À mon sens, une belle réflexion sur l’amitié et les liens qui nous unissent.

Richard, en plus d’un talent certain pour construire des récits courts dynamiques, possède un regard poétique unique aux images particulièrement bien trouvées. La combinaison de ces habiletés offre une lecture qui se dévore d’une traite, mais qui laisse sur l’âme l’impression d’un petit baume confectionné avec amour.

Pendant des heures, le vent vide ce qu’il a sur le cœur. Par moments, il fait mine de perdre son souffle pour reprendre de plus belle. Pendant que dehors le temps rage, le calme se dépose à l’intérieur. Comme si le tumulte de Sandrine renonçait à affronter plus grand et plus fort que lui.

Son premier hiver. Sans François.

p. 61

Un feel good book assumé sans forcer la note, aux effets bien ménagés. Autrement dit, un livre qui fait du bien en plus de distiller un petit vent salin. Parce qu’honnêtement, qu’y a-t-il de mieux sur Terre qu’une mer, trois kilomètres à gauche?

Le recueil est en vente en librairie partout au Québec.

Richard, Suzanne. La mer, trois kilomètres à gauche. Gros-Cap : la Morue verte, 2013, 91 p.


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Fanie est étudiante au 3e cycle en Études littéraires à l’UQÀM. Enfant, elle avait tendance à se battre avec les ti-gars dans la cour d’école, ce qui expliquerait peut-être pourquoi elle rédige une thèse sur les figures de guerrières des productions de culture populaire contemporaine. Son arc comporte quelques cordes; en plus de faire partie de l’équipe des joyeuses fileuses, elle codirige le groupe de recherche Femmes Ingouvernable, collabore à la revue Pop-en-stock, à la revue l'Artichaut, ainsi qu’au magazine Spirale. À part de ça, elle a écrit le roman "Déterrer les os" (Hamac, 2016). Dans son carquois, on trouve un tapis de yoga élimé, un casque de vélo mal ajusté, trop de livres, un carnet humide, un coquillage qui chante le large et une pincée de cannelle – son arme secrète ultime contre les jours moroses. Féminisme et végétalisme sont ses chevaux de batailles quotidiens.

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