Littérature québécoise
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Le Clochard invisible

Se lever dans un lit propre sous un toit isolant; manger un petit déjeuner; s’habiller et se brosser les dents; amasser ses effets scolaires et franchir la porte d’entrée; prendre le métro; passer prendre un café au Tim Hortons avant le cours de 9:30; s’installer à un pupitre qui appartient à une institution scolaire et apprendre… Toutes ces choses que nous tenons – trop – pour acquises et qui forment notre douillet quotidien sont le plus grand des luxes pour certaines personnes que nous considérons invisibles : ceux qui vivent dans la rue. Dans son livre Clochard, Jocelyn Lanouette positionne le lecteur dans la vie de Serge Comtois « Résidant du Plateau, écrivain de quartier, itinérant ».

« … Je te jure je suis invisible – Je te vois – Toi, oui. Toi tu me connais depuis des années. Mais regarde. Je me place au centre du trottoir et je descends mon pantalon jusqu’aux genoux. Ce n’est pas très élégant, j’en suis conscient, mais comme prévu on passe à mes côtés comme si je n’existais pas. Je crie : — Je suis invisible ! Invisible !… »

Ce que Jocelyn Lanouette présente est un quotidien différent du nôtre, une existence transparente. Serge a troqué la vie de père, de mari et de professionnel contre celle d’itinérant… Mais il n’a rien perdu de sa lucidité. Et ça, c’est très intéressant dans une perspective littéraire puisque nous accédons à des pensées hyper pertinentes d’un être marginalisé. Serge est également écrivain : il rédige les cartes postales de ses confrères, écrit pour le journal L’Itinérant, envoie quelques textes à des journaux… Puis tout déboule : il gagne des prix pour ses mots. Il commence à se faire reconnaître dans la rue et par ses confrères – même par une artiste pour laquelle il va poser nu! –, mais n’espère qu’une chose : se faire voir par son fils Christian.

L’auteur n’a pas fait de son œuvre quelque chose de lourd ou empreint d’un intense réalisme. Sans rien enlever à la pertinence du récit, il teinte son texte d’un humour vivant au travers d’une écriture tranchée. J’ai particulièrement aimé la justesse du vocabulaire – ni trop trash ni trop littéraire – ainsi que les réflexions du personnage, notamment celles à propos du printemps érable et d’une jeunesse révolutionnaire.

C’est un livre que j’ai lu d’une traite et qui, sans être un livre qui dénonce réellement l’itinérance, nous permet d’enlever ce filtre devant nos yeux qui les rendent invisibles.

  • Le Fil rouge tient à remercier les éditions Stanké pour le service de presse.

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C’est maintenant vingt-deux hivers que Marie-Hélène a vu passer et c’est toujours avec son cœur d’automne qu’elle les affronte. Elle en est à sa deuxième année au baccalauréat en Études littéraires à l’UQÀM. Elle aurait très bien pu faire son BACC en cinéma, puisqu’elle adore tout ce qui entoure ce milieu, mais elle a préféré se concentrer sur son doux amour de toujours : la littérature. Très heureuse dans son 4 ½ Hochelaguien, entourée de son amoureux Anthony et de son chat Cyrano (ou Bébé, pour les intimes), elle s’occupe en cuisinant tout en buvant du vin, ou bien en lisant un peu n’importe quoi. Les mots de Plath et de Ducharme restent ceux qui ont le plus bercé son imaginaire et c’est dans la poésie et les romans graphiques qu’elle savoure le plus son expérience littéraire. Féministe, elle apprécie énormément la maison d’édition Remue-Ménage pour ses œuvres puissantes et conscientisées.

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