Littérature québécoise
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Voyage sur le rythme des reels du rire

Mon copain en avait entendu parler à la première chaîne. Évidemment, tout commence souvent avec Plus on est de fous, plus on lit. La troupe du Théâtre du futur allait présenter au Théâtre d’Aujourd’hui le troisième volet de la Trilogie du Québec intitulé Épopée Nord. Olivier Morin, metteur en scène et comédien, ainsi que Guillaume Tremblay, auteur et comédien,  étaient invités à l’émission en janvier 2015 pour lire des extraits de la pièce. Vous pouvez d’ailleurs entendre le tout ici.

Dès la première seconde, il est tombé sous le charme et m’a transmis la bonne nouvelle. Le Québec de 2036, le clonage de Fred Pellerin, le soulèvement des Premières Nations, des chansons à répondre et de la satire à souhait, il n’en fallait pas plus pour nous emballer. Nous nous sommes donc acheté des billets pour assister à l’une des représentations. Et je vous jure que nous n’avons pas été déçus. Nous sommes sortis avec un mal de ventre d’avoir trop ri et un sourire placardé au visage. Tout y était. Les performances, le texte, l’ambiance et que dire du décor. Ceci étant dit, à ma dernière visite au Salon du Livre, je n’ai pas pu m’empêcher de repêcher le texte de la pièce, publié aux éditions de Ta mère. Cette lecture m’a permis de me replonger dans cette folie qui se lit dans le temps de dire Fred Pellerin à la vitesse à laquelle il raconte quand il s’y met.

Déjà, dès l’ouverture du livre, on nous présente le décor que nous avons eu sous les yeux il y a bientôt deux ans, avec une précision exquise :

Décor : Les spectateurs forment un arc de cercle de 270 degrés et la plupart d’entre eux sont assis sur des divans. Au centre, un grand tapis rond tressé et, au plafond, quelques structures de faux bois nous rappellent un chalet ou encore une maison longue amérindienne. Sur la partie du cercle où il n’y a pas de spectateurs, des percussions, un piano, des guitares, des violons, une mandoline. Sur le mur, derrière les instruments, quelques lattes de plancher de bois franc taillées à des hauteurs différentes représentent à la fois, de façon subtile et ouverte, une forêt, un centre-ville et, de façon encore plus subtile, la structure de l’ADN.  (Épopée Nord, p. 3)

Et cela se poursuit avec l’accueil le plus chaleureux que je n’ai jamais reçu en entrant dans une salle de spectacle :

Réjouissante entrée du public

(Les acteurs accueillent les spectateurs avec de chaleureuses poignées de main, du sucre à la crème et une paire de becs lorsque la décence le permet. Les plus gentils ont les meilleures places. En attendant que tout le monde soit entré, on pousse la chansonnette, on raconte quelques blagues salées, croustillantes comme les dernières chips du sac.) (Épopée Nord, p. 5)

Avec une entrée en scène aussi fracassante, tu peux me faire croire n’importe quoi par la suite et c’est exactement ce qui est arrivé. Parce que je vais vous l’avouer, Épopée Nord c’est une histoire de fous. L’action se déroule en 2036 dans la République du Québec. La disparition de Fred Pellerin avait laissé bien des âmes en pleurs, mais après une dizaine d’années, les citoyens avaient décidé de faire leur deuil puis d’enterrer le cercueil vide de l’un des artistes les plus respectés du Québec. Pourtant, un soir à l’émission de Denis Lévesque, le petit conteur préféré des Québecois fait une apparition. Il est complètement transformé. L’époque du frêle et mignon Fred qu’on connaissait est révolu. Ce dernier porte une longue tignasse noire, il a la peau basanée et le corps bien musclé. Devant la caméra, il adresse un message aux spectateurs à l’antenne « J’ai un message de la part des Premières Nations… Soyez prêts. » ( Épopée Nord, p. 14-15) Après avoir accompli sa mission, il se jette du pont Jacques-Cartier. Puis… un autre Fred Pellerin arrive. Il proclame le même message puis il se jette lui aussi en plein dans le fleuve St-Laurent. Le monde capote.

Je vous promets que c’est aussi rocambolesque tout au long de la pièce. J’ai lu le tout à voix haute à mon copain en deux petites heures et nous devions faire de longues pauses afin de reprendre notre souffle toutes les cinq minutes. C’est désopilant, intelligent et finement ficelé. Je me retiens pour ne pas utiliser tous les synonymes du mot drôle (farfelu, coquin, bidonnant, folichon, fripouille et polisson). Les nombreuses références à des personnages emblématiques du Québec tels que Manon Massé sous la forme d’un ours polaire et Jean Leloup sous la forme du chef de la tribu des Premières Nations, ne peuvent que nous faire sourire de plaisir de par la manière dont ils sont habilement mis en scène. La critique du traitement réservé aux Premières Nations n’est également pas à négliger. Malgré que le tout se fasse dans la rigolade et le ton léger, le propos y est. Ce dernier occupe d’ailleurs une place centrale dans l’intrigue qui se déploie autour du retour en force des autochtones. Rien ni personne n’est laissé pour compte. On rit de tous et chacun. Bref, on rit.

Il s’agit d’un livre parfait pour le mois de décembre. Pratiquer votre lecture à voix haute et votre jeu d’acteur en partageant cette histoire en vous réchauffant auprès d’un foyer avec un ami, un amour ou la famille. Offrez-le en cadeau pour Noël. Je vous promets que personne ne sera déçu et que vous aurez les conversations les plus drôles le soir du jour de l’an. Après tout, une nouvelle année pourrait offrir autant de possibilités que les présages d’Olivier Morin et Guillaume Tremblay.

Épopée Nord, Olivier Morin et Guillaume Tremblay, Les éditions de Ta Mère, 2016, 172 p.

Crédit photo: Michaël Corbeil
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Mais qu’importe l’éternité de la damnation à qui a trouvé dans une seconde l’infini de la jouissance?» (Charles Baudelaire, Le Spleen de Paris) Les vers de Baudelaire auront été la source de son épanouissement en tant que bizarroïde de ce monde. La poésie, Marika la vit au quotidien à travers tous les petits plaisirs qui s’offrent à elle. Une grimace partagée avec une fillette dans le métro, la fabrication d’un cerf-volant dans un atelier strictement réservé aux enfants, un musicien de rue interprétant une chanson qui l’avait particulièrement émue par le passé, lui suffisent pour barbouiller le papier des ses pensées les plus intimes. Chaque jour est une nouvelle épopée pour la jeune padawan qu’elle est. Entre deux lectures au parc du coin, un concert au Métropolis et une soirée au Cinéma du Parc pour voir le dernier Wes Anderson, elle est une petite chose pleines d’idées et de tatouages, qui se déplace rapidement en longboard à travers les ruelles de Montréal. Malgré ses airs de gamine, elle se passionne pour la laideur humaine. Elle est à la recherche de la beauté dans tout ce qu’il y a de plus hideux. Elle se joint au Fil Rouge afin de vous plonger dans son univers qui passe des leçons de Star Wars aux crayons de Miron en faisant un détour par la voix rauque de Tom Waits et le petit dernier des Coen. Derrière son écran, elle vous prépare son prochain jet, accompagnée de son grand félin roux, d’une dizaine de romans sur les genoux et d’un trop plein de culture à répandre

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