Littérature étrangère
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Une chanson douce en cadeau

Quel plaisir de trouver un livre en cadeau dans sa boite aux lettres ! Il y a quelques semaines, je broyais du noir, en revenant chez moi par un temps froid et morose de fin novembre, épuisée par une journée de travail infructueuse. Le sourire m’est vite revenu lorsque j’ai découvert dans ma boite aux lettres un présent que mon père, qui habite en France, m’envoyait pour mon anniversaire, avec quelques jours de retard : Chanson douce de Leïla Slimani.

Je ne m’attendais pas à grand-chose de ce livre, tout simplement car je ne connaissais rien ni de lui ni de son auteure, mis à part le fait que c’était le dernier roman ayant remporté le prix Goncourt. J’ai été agréablement surprise et dévoré ce thriller en quelques jours. J’ai détesté arriver au mot FIN, j’en voulais plus de cet univers inédit et noir.

Pourtant, remporter le prix Goncourt n’est pas forcément gage de qualité. D’ailleurs, les résultats de ce prix ont souvent été teintés de controverse. On dit parfois qu’il est uniquement un gros combat entre les principales maisons d’édition qui n’ont pourtant pas autant besoin de publicité que les plus petites. Ces grosses maisons d’édition ont les moyens de faire des relations publiques élaborées pendant toute l’année afin de promouvoir leurs livres. Le prix profite avant tout aux éditeurs, car c’est un gros coup de publicité. Le Goncourt est celui qui a le plus d’impact au niveau des ventes. C’est un grand coup médiatique. Chaque année, il se fait annoncer au même restaurant, le Drouant, et des centaines de gens attendent devant la vitrine afin de connaître la nouvelle avant tout le monde.

L’auteur ne reçoit qu’une somme symbolique de 10 euros.  Évidemment, il se fait reconnaître et peut enfin vivre de sa plume à temps plein en étant certain d’avoir quelques années paisibles devant lui pour écrire.

Cette année, on peut se réjouir que ce soit une femme qui ait mérité le prix. Peu d’auteures figurent au palmarès du Goncourt. Au cours de ces vingt dernières années, le prix n’a récompensé que quatre lauréates. Or, il faut souligner qu’il n’y a que 3 femmes sur 10 jurés. De plus, la moyenne d’âge est très élevée. Donc les choix ne mettent pas forcément en valeur la jeune génération d’écrivains.

Et pourtant, cette fois-ci, c’est Leïla Slimani, née en 1981 au Maroc, qui l’a remporté et elle n’est qu’à son deuxième roman.

Chanson douce n’a rien de doux. C’est un livre qui fait frissonner d’horreur alors qu’on assiste, dès le début du roman, à l’assassinat de deux jeunes enfants par leur nourrice. Le reste de l’histoire fait un retour en arrière, afin de nous montrer comment cette dame, si parfaite et douce, a pu accomplir un acte aussi sordide.

Myriam et Paul ont décidé de faire appel à une nourrice car Myriam veut redémarrer sa carrière d’avocate qui avait été mise au point mort pour s’occuper de leurs deux enfants. Ils embauchent donc Louise qui a un CV irréprochable. Louise rentre peu à peu dans leur vie de famille jusqu’à occuper une place centrale. Tous deviennent complètement dépendants les uns des autres. La famille haït Louise et l’adore en même temps, puisqu’elle vient soulager leur vie trop chargée par leur carrière. Le contraste haine/amour s’accentue tout au long du livre jusqu’à ne faire place qu’à un sentiment profondément amer. Louise est trop parfaite et renvoie à Myriam sa position de mauvaise mère alors qu’elle abandonne ses enfants à longueur de journée pour travailler.  Le père est également inconfortable car il ne la comprend pas, la sent trop froide, trop détachée, trop lisse. Mais ils sont trop dépendants de ce qu’elle leur apporte et lâches, ils ne se résolvent jamais à s’en débarrasser.

L’écriture est souple et toute en finesse. On se laisse emporter par le récit de cette dame qui a beaucoup souffert dans son existence, au service constant des autres. L’auteure réussit à nous faire comprendre le pourquoi de l’horreur sans jamais tomber dans le pathos ; en ne la montrant pas seulement comme une victime de la société, mais comme un être également impitoyable et dur envers sa propre fille qui a fui loin du foyer et de cette mère qui semblait aimer plus les enfants qu’elle gardait, que le propre sien.

Le roman met en avant les rapports de domination ; la nourrice étant toujours sous les ordres de ses patrons alors qu’elle fait pourtant d’apparence, partie de la famille. On y dépeint aussi la misère sociale alors que Louise est obligée d’effectuer une heure de trajet chaque matin, puisqu’elle n’a pas les sous pour se payer un logement décent dans le même quartier que ses patrons. Louise se lie un peu avec des nourrices d’autres nationalités, elle est souvent la seule blanche dans les parcs d’enfant et se fait craindre et respecter pour ça. Elle a un statut à part ; elle a des papiers.

Le tableau que peint Leïla est noir, mais sa plume réussit à rajouter des touches de poésie par-ci, par-là qui donnent toute la profondeur au roman. Un livre original à offrir en cadeau sous le sapin à des proches qui ne sont pas trop sensibles.

Et vous, êtes-vous influencés par les résultats des différents prix littéraires lors de vos choix de lecture ?
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Alexandra est passionnée de Zola et en a lu l’œuvre complète, mais aime tout autant les écrivains contemporains. Elle a d’ailleurs encore du mal à se remettre de sa rencontre récente avec Dany Laferrière. Elle lit avant tout pour rêver, pour comprendre une autre époque et pour se dépayser. Cela lui a donné rapidement la piqûre du voyage. Deux à trois fois par an minimum, elle part en sac à dos; parfois pour un long weekend, souvent pour près d’un mois et se sent l’héroïne d’un roman. Sans être marginale, elle tente de vivre pleinement sa vie en fuyant la routine et en remettant en question constamment ce qui semble pourtant acquis et normal par les autres. Elle tient un blogue fictionnel : Mélodie d'une jeune citadine dérangée, court plusieurs fois par semaine, bois du thé vert toute la journée et ne sort jamais sans musique dans les oreilles.

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