Littérature québécoise
Laisser un commentaire

Passer par le cœur pour soigner l’âme

Je dois le dire d’entrée de jeu, ce livre est mon gros coup de cœur littéraire de l’année 2016. On y voit des termes avec lesquels je jongle à longueur de semaine : Seroquel, lorazepam, dopamine, rispéridone, psychose, délire et j’en passe. Ce sont des éléments qui viennent avec le fait d’évoluer en psychiatrie, la médecine de l’esprit. Cette spécialité qui porte ses stigmates comme l’abîmé et qui se penche sur les blessures invisibles à l’œil nu. Elles ravagent l’intérieur, mais avec la science et le cœur on arrive à bien panser les maux de l’âme.

Ouanessa Younsi, poète et médecin psychiatre née en 1984, vient donc de publier, sous les éditions Mémoire d’encrier, son tout dernier livre Soigner, aimer que j’ai lu avec beaucoup d’intérêt, jusqu’à la toute dernière page. Elle traite de cas vécus lors de sa pratique, principalement à Sept-Îles, mais aussi à Kuujjuak et au Guatemala. Elle s’interroge sur des questions éthiques, soigne avec empathie et toujours persiste en filigrane un bout d’elle en introspection. Dans ce domaine, on avance avec le patient.

« Je suis ici pour apprendre mon métier. Voir un psychotique trancher son sexe pour comprendre le mot « délire ». Entendre le silence d’un jeune homme, l’écouter avec ses tripes, cette bouche fermée, la questionner, la triturer, pour réaliser qu’on n’a soi-même jamais parlé. Plonger dans la boîte crânienne des autres à devenir effrayé de ses propres neurones. »

Lorsqu’on connaît la folie puisqu’on y est confronté chaque jour, on sait qu’elle existe : ça peut donner le vertige. Et pour pouvoir soigner l’âme d’en face qui fait mal, il faut aussi faire connaissance avec soi-même, un minimum. Quitte à remuer ses propres vestiges.

« Je n’ai pas réussi à soigner ma mère. Si j’écris sur la psychiatrie, c’est pour éviter cet échec. J’écris ma mère, ce n’est pas ma mère, mais celle que je porte en moi, qui n’a pas attaché mes lacets, ne m’a pas raconté une histoire, ne m’a pas brossé les dents, n’a pas assisté à ma compétition de basket, cette mère qui me suit telle une ombre. »

Dans Soigner, aimer, il est question de souffrance traitée par une psychiatre de cœur au regard lucide. L’humanisme est mis à l’avant-plan dans son approche, ce qui semble indissociable pour bien soigner dans ce domaine tout particulièrement. Tout au long des chapitres, en parallèle aux personnes décrites dont elle s’occupe, l’auteure nous révèle des pans de sa vie plus personnels. Elle en fait des liens avec comment elle s’est façonnée comme soignante et pourquoi.

« Les failles appellent le meilleur en moi. La plénitude me laisse inutile, frileuse. »

J’avais la curiosité de lire cette chronique par le sujet traité, mais c’est ensuite allé au-delà de mon champ d’intérêt. On peut d’abord penser à du lourd, mais c’est si finement écrit que ce ne l’est pas. L’écriture de Younsi est poétique, douce. C’est un tour de force que de parler de santé mentale avec une prose si délicate. Je vous conseille fortement son livre, il fait réellement du bien.

Comme l’auteure l’a si adroitement écrit :

« Les livres m’ont dessiné des racines, ont atténué la douleur de membres fantômes qui m’habitent. » 

Et des perles comme celle-là dans son livre, il y en a plein.

À noter que si vous tombez en amour avec la plume de Ouanessa Younsi, ce qui risque fort de vous arriver en lisant Soigner, aimer, elle a aussi publié deux recueils de poésie : Prendre langue et Emprunter aux oiseaux, aussi parus aux éditions Mémoire d’encrier. Elle a également codirigé le collectif Femmes rapaillées, publié cette année.
cliquez-ici-pour-visiter-notre-boutique-en-ligne

Advertisements
This entry was posted in: Littérature québécoise

par

Un vent de nostalgie lui souffle parfois dessus, lui faisant revivre ses journées d’enfance passées avec un J’aime lire sous les yeux ou à manier son pousse-mine à composer des chansonnettes pour sa grand-mère Bernadette. Aujourd’hui bien campée dans la vie d’adulte sans trop l’être, lire et écrire sont restés pour elle synonymes de plaisir. Stéphanie a pris le chemin des sciences (elle est infirmière clinicienne) après un passage fort apprécié dans le domaine des arts & lettres. Depuis la fin de son récent bacc. du côté pragmatique, elle est ravie de (re)vivre enfin en lisant et écrivant ce qui lui plaît. Elle a un fort penchant pour le québécois contemporain, poésie ou romans, des essais ou encore pour son précieux guide des médicaments. Elle aime beaucoup voyager, le yoga, prendre des photos pas toujours réussies, cuisiner végé, le vieux punk, le classique et le sens du mot liberté.

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s