Littérature étrangère
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Espièglerie et sensualité : découvrir Colette un siècle plus tard

Jean Cocteau, célèbre dramaturge et grand ami de Colette, a affirmé que cette dernière était inapte à distinguer le bien du mal. L’œuvre de Colette (1873-1954) s’intéresse au bon, au tangible, et surtout, au sensuel. Célèbre pour ses écrits controverses et sulfureux comme Le blé en herbe (1923), un roman sur une relation incestueuse entre un jeune garçon et sa belle-mère, et Le Pur et l’Impur (1932), sur l’homosexualité, Colette étonne toujours, un siècle plus tard.

Mais c’est depuis la parution de son tout premier roman, Claudine à l’école (1903), que la romancière a cette réputation. Ainsi, « plusieurs ligues pour la défense de la morale publique ne cessent de dénoncer Claudine à l’école » (d’après la biographie de Colette par Francis Gonthier) à la suite de sa parution. Claudine est plus dangereuse que les suffragettes, selon certains, puisqu’elle revendique le droit au plaisir. Par sa représentation positive de plusieurs formes de désir jugées immorales à l’époque (l’homosexualité, l’attirance pour un homme d’âge mûr, etc.), Colette choquait plusieurs de ses concitoyens.

Femme à la vie rocambolesque pour l’époque (et même pour aujourd’hui!), Colette a entamé sa carrière d’écriture sous le regard menaçant de son premier mari, Willy. En effet, les quatre premiers tomes de la série des Claudine ont été publiés sous le nom de ce dernier. Puis, à la suite de leur séparation, Colette publiera le cinquième tome, La retraite sentimentale, sous son propre nom. Elle aura deux autres maris et de nombreuses amantes dans les années après Willy, en plus d’être tour à tour mime, journaliste et propriétaire d’un salon de beauté. En 1954, elle sera la première femme à avoir des obsèques nationales en France. Bref, une femme absolument hors du commun!


Si Colette est plutôt reconnue aujourd’hui pour ses écrits plus ouvertement sulfureux parus plus tard dans sa carrière, je vous recommande néanmoins d’aller jeter un coup d’œil à ses premiers écrits, la série des Claudine. Un voluptueux plaisir de lecture vous attend!

Claudine est une jeune héroïne espiègle qui dévore la vie! D’abord, dans Claudine à l’école (1900), Claudine n’arrête pas de jouer des tours à ses camarades de classe. Puis, déménagée à Paris, Claudine s’amuse avec son petit-cousin Marcel et tombe amoureuse du père de ce dernier, Renaud, qu’elle finira par épouser. Puis, dans Claudine en ménage (1902), sans doute le plus érotique des cinq tomes, on est toujours à Paris avec Claudine et Renaud, mais une troisième figure, Rézi, prend une partie du cœur (et du corps!) de Claudine.

Le quatrième tome, Claudine s’en va (1903), est le seul qui n’est pas écrit du point de vue de notre héroïne, mais plutôt du point de vue d’Annie, une nouvelle amie qui se retrouve dans le cercle de Claudine à Bayreuth. J’ai particulièrement aimé celui-ci parce qu’il permet de jeter un regard extérieur sur Claudine et ainsi de voir toute la force du personnage. Annie est quasiment sans volonté propre, surtout au début du roman, et donc Claudine éblouit par sa force de caractère et son « je-m’en-foutisme » inspirant. Ce n’est donc pas surprenant que Claudine fasse l’objet d’un interdit de fréquentation dans Claudine s’en va puisqu’Alain, le mari d’Annie, reconnaît le potentiel subversif de la sensualité de Claudine : « une seule visite à Renaud et Claudine, ménage réellement trop fantaisiste pour une jeune femme dont le mari voyage au loin » (p. 11). Alain craint Claudine parce qu’elle revendique un droit qu’il nie à sa femme : le droit au plaisir.

Déplié grâce à une plume voluptueuse qui fait sans cesse l’éloge de la nature, particulièrement dans La retraite sentimentale, qui voit Claudine retrouver Annie à Casamène en campagne alors que Renaud est dans les alpes suisses en train de soigner une tuberculose, l’écriture de Colette est ce qui accroche d’abord le lecteur, avant même la merveilleuse et subversive Claudine. Ainsi, l’appréciation sensuelle de la vie de Claudine est illustrée par un style d’écriture riche et figuratif qui présente un plaisir exubérant dans la sensualité de la langue. La plume de Colette est avide de sensations et de plaisirs. Employant abondamment des phrases exclamatives et des interjections, l’écriture de Colette traduit parfaitement la volupté et la jeunesse de Claudine, surtout dans les descriptions de la nature, comme ceci : « Un froissement doux, un chuchotement monotone, mais expressif, presque syllabé, contre les volets clos, m’éveille progressivement… je reconnais le murmure soyeux de la neige. Déjà la neige! » (La retraite sentimentale, p. 161).

La série des Claudine est un véritable bonheur de lecture qui émoustille par moments et surprend à coup sûr!

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