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L’infini mémoire de notre temps

Rafaële Germain s’intéresse, dans cette petite plaquette jaune, à la mémoire, à l’oubli et aux nouvelles technologies qui ont modifié l’entièreté de nos rapports humains, mais pas que.

Sous forme de petits fragments adressés à son père, la quête de Rafaële Germain est bien évidemment propre à elle-même et à son rapport intime avec la mémoire, les technologies et l’oubli. Elle touche cependant une société entière, me questionnant moi-même sur ces thèmes. Elle s’y attarde toutefois de façon très sincère et vulnérable en s’adressant à son père et en nous dévoilant des parts intimes de ce dernier et d’elle-même. Ainsi, elle s’interroge sur la transmission, l’importance d’avoir des racines, des ancrages réels et concrets.

Inspirée par le décès de son père, l’auteur Georges-Hébert Germain, Rafaële Germain nous raconte comment son père était un homme qui aimait l’histoire, la recherche et comprendre les choses et qu’il l’a inspirée à faire de même. Dans une ère où l’on recherche de moins en moins et l’on oublie de plus en plus (car de toute façon, les données y sont si facilement trouvables), il y a un clash assez important entre cette période Facebook et Google et celle des ouvrages poussiéreux des bibliothèques qu’on devait consulter.

« J’essaie de structurer ma pensée, de ne pas la laisser s’éparpiller — parce que malgré mon rechignagne, je reste une enfant de mon époque, j’ai l’éparpillement naturel et spontané.

J’essaie, malgré moi, de lui faire pousser quelques racines. »

Depuis quelque temps, je regarde de temps en temps la série Black Mirror sur Netflix. Cette série remet en question les changements et les rapports à la technologie qui nous entoure. Que ce soit dans le futur ou le présent, chaque épisode donne un regard unique sur les conséquences que peuvent avoir les technologies sur nos vies. Un présent infini en parle un peu et cela me confirmait ce questionnement criant qui nous hante un peu tous : est-ce que tout ce qui change est toujours pour le mieux? Les technologies nous éloignent-elles de nos vraies valeurs, de nos racines, comme le dit Rafaële?

La même semaine, j’ai vu passé sur mon Facebook (eh oui, comble de l’ironie!) un fabuleux article publié sur The Guardian, Technology is diminishing us, écrit par Jonathan Safran Foer, un auteur formidable, qui se prononce sur les effets dévastateurs que peuvent avoir les technologies et nos nouvelles façons de fonctionner qui frôlent la normalité. On se doit de questionner nos rapports un peu fous avec les technologies et savoir se réapproprier des gestes si sains tels qu’ouvrir un livre pour effectuer une recherche au lieu d’utiliser Google.

L’essai de Rafaële Germain n’a pas de réponse, il soulève toutefois des questions fascinantes, bien propres à notre époque et ce, qu’on y soit connectée (telle que moi, dont le travail relève entièrement du web) ou comme Rafaële, qui se considère déconnectée de son époque. Ce qui est bien de sa quête, c’est qu’il n’y pas de jugement ni de constatation. Elle ne condamne pas les technologies et c’est tant mieux. Sa quête révèle une part de vérité intime, de la douleur d’avoir perdu son père, en premier, par la mémoire, après de corps. Elle y rencontre aussi des experts de la question tels que Jean-Francois Blanchette, professeur à l’Université de Californie à Los Angeles, ce qui vient ajouter à sa posture et développer les questionnements.

« C’était une chose douloureuse et fascinante que de voir ta mémoire se défaire en lambeaux. L’adjectif fascinante semble mal choisi et plutôt déplacé, mais il reste exact : il se passait quelque chose dans ta tête de platement biologique, mais dont les répercussions étaient en grande partie abstraites. 
Mille questions sans réponses surgissaient qui semblaient soudainement d’une pertinence absolue. » 

Je terminerai en disant que je me suis beaucoup reconnue dans cette quête, étant moi-même souvent à la recherche d’un équilibre parfait qui, je crois, n’existe pas. Combien de temps par jour devrais-je regarder mes courriels, y répondre et être sur Instagram? Je ne le sais pas très bien, mais j’essaie tout de même de garder mes racines bien profondes et pour moi, cela passe par la lecture. Cette activité qui ne se démode pas et qui ne sera jamais à améliorer, parfaite est-elle déjà! Un essai qui nous fait réfléchir à son propre rapport aux technologies et qui nous ramène à l’essentiel.

À lire si la question vous intéresse et si vous vous sentez parfois un peu trop enseveli sous les technologies…

Si vous sentez que vous vous « éparpillez » un peu trop…

P.-S. : Allez lire le sublime Racines de Marianne Ferrer en complément à cette lecture!
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Lectrice invétérée, Martine est bachelière en études littéraires et la cofondatrice du Fil rouge. Créative et inspirée, elle a l’ambition de faire du Fil rouge un lieu de rassemblement qui incite les lectrices à prendre du temps pour elles par le biais de la lecture. Féministe, elle s’intéresse aux paradoxes entourant les mythes de beauté et la place des femmes en littérature. Elle tentera, avec ses projets pour Le fil rouge, de décomplexer et de dédramatiser le fait d’être une jeune adulte dans une société où tout le monde se doit de paraitre et non d’être. Vivre sa vie simplement et entourée de bouquins, c’est un peu son but. L’authenticité et l’imperfection, voilà ce qui lui plait.

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