Défis littéraires
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Ce qu’on a lu comme autobiographie/autofiction en janvier #Jelisunlivrequébécoisparmois

Pour le mois de janvier, l’équipe du Fil rouge vous avait donné comme défi de lire une autobiographie ou une autofiction. Ce défi fut quand même plus ardu que je ne l’avais cru, étant donné que je lis plus de fictions qu’autre chose. Je dis bravo à ceux et celles qui ont relevé le défi!

Je vous invite à partager vos lectures sur le groupe Facebook Un livre québécois par mois. Je suis toujours très curieuse de voir ce que vous lisez et j’aime que vous partagiez vos photos!

Ce que j’ai lu : Borderline

Ça faisait longtemps que le roman de Marie-Sissi Labrèche prenait la poussière dans ma bibliothèque. Avec le thème du mois de janvier, une autobiographie ou une autofiction, lire Borderline allait de soi.

Lors de mes études en travail social, j’ai eu la chance d’avoir un cours qui portait sur les maladies mentales. Comble de chance, le sujet de mon travail de fin de session portait sur les personnes ayant une personnalité limite. Je me souviens qu’avec mon équipe de travail, nous avions utilisé des extraits du roman et d’autres du film (que je n’ai jamais vu au complet). L’univers du roman m’a toujours intriguée. Je connaissais vaguement le personnage de Marie-Sissi, j’étais donc impatiente de la découvrir. J’ai eu affaire à une femme qui a besoin de beaucoup d’amour, à une femme qui choque et qui dérange. J’ai rencontré une jeune femme qui n’a pas eu une enfance difficile et qui a toujours vécu dans la peur de devenir folle comme sa mère. J’ai suivi Sissi dans son angoisse et sa recherche de son bonheur.

L’écriture de Marie-Sissi est franche, tout comme son personnage. Elle ne se cache pas, elle dit ce qu’elle pense et vit dans le moment présent. Le roman peut faire peur, ce genre de personnes dérange parce qu’elles sont souvent très extravagantes. Cependant, elles ont besoin, tout comme nous, d’amour. Elles ont besoin d’avoir un cadre stable et de se sentir en sécurité. Malheureusement, Sissi ne semble pas avoir eu cette chance malgré tous les efforts de ceux qui l’entouraient.

Ce que Martine a lu : La détresse et l’enchantement

« Bonheur d’occasion est un roman que j’ai aimé lire, car il se passait à St-Henri, lieu de l’enfance d’une bonne partie de ma famille, c’est donc depuis cette lecture que je suis curieuse d’en lire davantage sur Gabrielle Roy et sur son oeuvre aussi. Lorsque le mois de janvier a commencé, je me suis souvenue que j’avais eu envie de lire La détresse et l’enchantement, l’autobiographie de Gabrielle Roy. J’ai donc plongé dans cette oeuvre avec délectation et grand plaisir.

L’écriture de Gabrielle Roy nous entraîne et nous fait voyager, toujours avec une grâce et une douceur infinie. J’ai adoré la liberté, la belle et grande naïveté de Gabrielle. J’ai l’impression que cette femme m’a donné des leçons de vie, simples, mais qu’on oublie parfois. Profiter des petits moments, admirer ce qui nous entoure et surtout, aimer les humains. J’ai la profonde conviction en lisant ce livre que Gabrielle Roy était une femme de coeur qui devait réellement toucher tous ceux qu’elle rencontrait. Sa liberté et son esprit curieux et créatif en font, à mes yeux, un être inspirant. Tout cela sans parler de son talent d’écriture et de son oeuvre si importante à la littérature québécoise, canadienne et française.

Bref, je ne peux que vous recommander cette lecture, on y suit Gabrielle Roy de son enfance jusqu’à son retour au Canada après le décès de sa chère mère. C’est un des livres les plus beaux et touchants que j’ai lu de ma vie… L’année 2017 commence fort! »

Ce que Marjorie a lu : Désordre et désirs
« En janvier, j’ai lu Désordre et désirs. Ce n’est ni une autobiographie, ni de l’autofiction, mais ça reste quand même un peu tout ça. Ce sont de courts textes, entre essais et réflexions, sur une multitude de sujets personnels et universels à la fois. La quatrième de couverture peut se lire ainsi : Réagissant aux propositions culturelles qu’elle croise, réfléchissant aux choix qu’elle fait, mais aussi aux aléas de son parcours, Catherine Voyer-Léger offre de courts textes où l’intime est fait d’expériences partagées. Et je n’aurais pas su mieux le décrire. C’est vraiment un ouvrage qui est venu me toucher, qui m’a fait du bien et qui m’a fait réfléchir. J’aime beaucoup cette idée de « l’intime fait d’expériences partagées » qui est partout dans les textes de Catherine Voyer-Léger. C’est le type d’écrits qui te fait sentir moins seule, comprise, qui décomplexe et qui ne s’excuse pas d’être vulnérable, d’avoir parfois tort, de ne pas être parfait, bref, c’est très humain. »
Ce qu’Amélie Panneton a lu : Prague de Maude Veilleux

« L’histoire d’une fille qui se construit une histoire, qui la calque sur le réel sans la reproduire tout à fait. Le personnage expose la mécanique du récit dans un roman qu’elle donne l’impression de construire en temps réel, au fil de notre lecture. C’est ce que j’ai le plus aimé : la façon dont l’auteure met en mots la relation obsédante qui existe entre écrire et vivre. Dans une langue dépouillée, mais texturée, elle raconte la place immense que la narratrice donne à la littérature, la manière dont elle sert à la fois de filtre et de baume pour tout le reste.

Un récit de soi d’une belle férocité, corrosive, mais juste assez fragile pour être bouleversante. L’histoire se déploie dans une poésie graphique où les bouts de phrase, contenus dans des boîtes, se répandent sur les pages. Ils façonnent des rythmes et des structures, déjouent nos habitudes de lecture. C’est aussi hypnotisant que surprenant. »

Ce que Louba-Christina a lu : Drama Queens

16358893_882355355240767_208555963_nLa vie est aussi fatale pour les princesses

« Je frenche, je meurs, je fais les deux. »

L’histoire de Vickie Gendreau est unique. À 23 ans, cette jeune femme pétillante et libre apprend qu’elle a un cancer en nuage dans la tête, impossible d’opérer, elle va mourir, c’est certain, mais elle ne connaît pas encore la date de sa mort. Elle doit laisser une trace pour ne pas être oubliée.

Elle écrit Testament, paru en 2012. C’est à la suite de la sortie de son premier roman autofictionnel qu’elle se fait connaître. J’ai lu Testament alors qu’elle vivait toujours.

En 2014, peu de temps après sa mort, paraissait Drama Queens (« Drama Queens, c’est comme le nom de danseuse du livre. ») et il m’aura fallu quelques années avant de me sentir capable de replonger dans l’univers de la jeune auteure. Alors que dans Testament Vickie s’adresse à tous les gens qui forment son cercle de vie pour les préparer à sa mort, dans Drama Queens c’est toute autre chose, mais c’est tout aussi puissant, autant du côté de l’écriture que de l’énergie vitale de l’auteure, que de la souffrance qu’elle partage avec nous, ses lecteurs, sans aucune retenue. Si elle était une femme ultra-vivante de son vécu, cela se ressent partout dans ses mots, ses paragraphes, ses phrases, dans ses images. Vickie (ou Victoria Love Gendreau) est vivante partout quand on parcourt Drama Queens.

Son corps la lâche, son corps qu’elle aimait. Elle devient une Drama Queens, elle a besoin d’aide, de se faire entendre, de mettre des paillettes, des couronnes, du rose et du brillant sur toute cette merde qu’elle subit tellement malgré elle.

« On m’a prescrit la fiction. On m’a dit que ça pourrait être bon pour moi. Je cache mon pilulier derrière mon ordinateur. On m’apporte mon déjeuner au lit. Sur un plateau d’argent. […] La vie ça court vite, et la mort, ça s’attrape. La vie c’est une expo compliquée, et la mort, une pièce de théâtre. Je vais être très sincère dans ces carnets. Je vais tout te dévoiler. Te donner des indices avec mes œuvres. Même essayer la fiction pour te sortir toi aussi de ton quotidien. Je vais te parler de Facebook, de Google, de relations, de cette fameuse génération, encore de maladie et encore de fennecs.  »

Ce roman est d’une beauté sans mesure. Il faut par contre s’y préparer, à sa vérité. Durant la lecture, j’ai vraiment eu la sensation que l’auteure était là en train de me donner accès aux premières loges de ses toutes dernières scènes. C’est une chance, un cadeau, un moment de vie réelle, même dans la fiction. Elle ose aborder la mort, parce qu’elle est au bord de celle-ci. Elle le fait avec franchise et force. J’ai eu l’impression très forte de partager un bout de mon présent avec elle. C’est l’une des plus grandes forces de l’écriture fragmentée et vive de Vickie Gendreau : sa présence.

Pour Drama Queens, Vickie Gendreau se fond dans son personnage de Victoria Love. La maladie fait d’elle une princesse. Mais il est parfois difficile d’assumer sa princesse. Elle élabore des plans pour devenir tueuse de princesses. Certains passages penchent davantage vers la fiction et d’autres carrément dans l’autobiographie. On sent vers le milieu du roman que le temps presse, qu’elle a besoin de s’exprimer, de tout laisser sortir et c’est là que son corps devient de plus en plus difficile à gérer. Ses jambes flanchent, il lui est de plus en plus difficile de s’occuper d’elle-même. Son esprit vif, son corps brisé. C’est avec force et humanité, colère et sensibilité, que Vickie nous invite à la regarder en pleine face et à franchir le cap avec elle.

« J’écris des petits paragraphes en vert sur fond noir. Des petits morceaux de quotidien. Des aspirations. Vent vert sur fond noir. Je me dis que c’est mieux d’être intéressant pour le monde entier, les affres de mon quotidien, puisque c’est tout ce que je réussis à écrire. Mon quotidien. Le mien. Pas celui d’un personnage. »

Bousculant, nécessaire. Vérité vibrante. Vickie habite chacune des pages. Elle vit partout. Infatigable. Sans se soucier du temps.

« Je suis tellement pressée par le temps que tout ce que je dis doit être littéraire. »

Merci Vickie Gendreau, pour ta confiance et ton inspiration! xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

P.-S. À découvrir en douceur.

Publiés chez Le Quartanier :

Queens, roman, coll. Écho, 2017 [2014]

Drama Queens, roman, Série QR, 2014

Testament, roman, Série QR, 2012

Entrevue à Tout le monde en parle : http://www.tagtele.com/videos/voir/90146/

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