Littérature québécoise
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Une auteure et son œuvre : Chloé Savoie-Bernard

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Il y a longtemps que je souhaite entreprendre le projet de tenir une chronique littéraire pour Le fil rouge. Suivant une initiative féministe plutôt populaire sur le blogue, j’ai décidé de vous présenter différents portraits d’auteures et leurs œuvres. Je tenterai de présenter le plus de diversité possible au sein de ma chronique, puisque toutes les écrivaines, qu’elles soient d’hier, d’aujourd’hui, d’ici ou d’ailleurs, souffrent d’un cruel manque de représentation. Pour ouvrir ce bal de femmes inspirantes, j’ai choisi : Chloé Savoie-Bernard.

Chloé Savoie-Bernard : l’auteure

Née en 1988 à Montréal, Chloé Savoie-Bernard est maintenant doctorante en littératures de langue française à l’Université de Montréal, où elle poursuit ses recherches sur la poésie féministe au Québec des années ’65 à ’85. Passionnée de littérature, ce doctorat est loin de lui suffire : en plus de faire partie du comité de rédaction de la revue littéraire Moebius, elle est membre du jury de présélection du prix Robert-Cliche et s’implique dans divers blogues, dont Françoise Stéréo et Poème Sale, et revues, notamment Contre-jour et Nouveau Projet. Depuis janvier dernier, elle réalise une résidence de création littéraire à la revue Le Crachoir de Flaubert. Je vous conseille fortement d’aller lire ses articles, ils sont tout aussi touchants que ses livres.

Féministe affirmée, Chloé Savoie-Bernard trouve une part de son inspiration en ses amies et écrit le plus souvent pour parler de femmes, de celles qui en sont réduites à se taire en souriant. Cependant, son écriture demeure toujours humble : la littérature, selon elle, n’a rien du pamphlet. Elle ne cherche pas à convaincre, et constate au lieu de critiquer, afin de laisser la place au lecteur.

Royaume Scotch Tape (Hexagone, 2015)

Dans cette première publication, Savoie-Bernard invente un royaume détruit qui, sans cesse en mouvement, tente de se reconstruire avec tout ce qui croise son chemin. Ce recueil de poésie est ainsi très hétéroclite : fait à partir d’un mélange de contes, chansons et références à la culture populaire, on y retrouve des femmes cousues n’importe comment, qui cherchent à survivre à leur corps et au bagage qui les précède toujours. Mélangeant prose et poèmes en vers, l’écriture de l’auteure donne l’impression d’entendre une voix essoufflée, qui déclame tout avec empressement pendant qu’elle le peut encore. Malgré son désespoir, cette voix reste déterminée à trouver une réponse aux questions qu’elle se pose : comment ne pas être ce que l’on attend de nous, comment résister à ce que notre corps nous fait traverser, comme la maternité, ou la baise d’un soir? Savoie-Bernard tente, au final, d’accomplir un travail d’introspection, de recherche identitaire, à travers ce court ouvrage.

Recueil d’une intensité crue, Royaume Scotch Tape frappe au ventre, là où l’on devrait prendre conscience de nous-mêmes.

je ne suis pas tricotée serrée

une maille à l’endroit

joindre le paxil de ma grand-mère

en brodant autour de la névrose de ma tante

deux mailles à l’envers une jetée

la schizophrénie de ma cousine

 

un point de croix pour la fois

où elle a halluciné que sa chambre

se refermait sur elle

les murs mués en insectes

qui coulaient dans ses orifices

 

Des femmes savantes (Triptyque, 2016)

Les nouvelles qui composent ce recueil proviennent d’histoires écrites par l’auteure au fil des années. Savoie-Bernard reprend le ton violent et sans filtre de son œuvre précédente, pour assembler un recueil tout aussi percutant. À travers les différents récits s’accumulent les épreuves que connaissent bien des femmes : avortement, viol, etc. La froideur avec laquelle sont narrées les histoires peut être difficile à avaler, comme ce fut le cas pour certains participants du Prix littéraire des collégiens 2017; toutefois, elle a le mérite d’être vraie et honnête.

Le titre de l’œuvre n’est pas sans rappeler une fameuse œuvre de Molière, qui peut faire croire que les femmes sont heureuses dans l’ignorance, et que les éduquer serait dangereux. Chez notre auteure, on retrouve l’idée contraire : le savoir des héroïnes leur inculque un sens du danger, car leurs expériences les poussent à remettre en question leur univers et ses normes. Le savoir est donc libérateur, mais ne vient pas sans son lot de souffrances.

Oui, je me suis reconnue dans les mots de Sylvia et de Nelly, mais j’en ai ma claque : tournons la page, changeons d’histoire. Le suicide est démodé, je sens que le vent tourne, que des mains délicates soulèvent le couvercle qui enserre mon cœur et le laissent de temps en temps respirer un peu. Je tente le tout pour le tout, je m’essaie à la dissociation, je regarde mes Gorgones dans les yeux, Sylvia et Nelly, mes toutes belles, je les fixe et je me brûle tant et tant que je finirai bien par être immunisée.

Au milieu de ses nombreux projets, Chloé Savoie-Bernard prépare sa prochaine publication, soit un deuxième recueil de poésie. S’il m’est impossible de dire si cela se concrétisera bientôt, je puis vous assurer que le paysage littéraire du Québec n’a pas fini d’être transformé par cette brillante auteure.

Et vous, aimez-vous la plume de Chloé Savoie-Bernard?

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