Littérature jeunesse
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Ceux qui ne renoncent pas

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Il ne pensait pas que c’était possible, en venir à cette alternative. Il s’agissait d’une erreur de jugement, sans aucun doute, d’un égarement passager. Il ne pouvait pas être mis dans cette position. Il ne pouvait pas avoir accepté de laisser tomber l’être qui lui importait le plus au monde, le compagnon de son enfance, l’ami, celui qui le réconfortait dans les temps difficiles. Il ne pouvait certainement pas non plus être en train de le chasser à l’aide d’une ruse. D’une activité qui allait prendre des airs de jeu. Il n’allait pas lancer ce petit soldat, le même qu’il lui avait déjà lancé cent fois. Il n’allait pas lancer ce jouet, attendre qu’il coure vers lui, heureux, certain d’avoir affaire à un jeu de routine. Il n’allait pas lancer le petit soldat de plastique, regarder son renard partir à sa poursuite et s’enfuir en courant. Il n’allait pas l’abandonner dans une étendue sans fin et le supplier de le pardonner.

Et pourtant, si.

Peter a douze ans, et c’est la guerre. Son père, qui part pour s’y impliquer, l’a bien averti, il faut laisser tomber certaines choses en temps de guerre. Pour Peter, il s’agit d’abandonner son renard, Pax. Un renard qu’il a trouvé alors qu’il n’était qu’un bébé et dont il a pris soin durant plusieurs années. Un renard qui est aussi, étrangement, comme son double.

Après avoir abandonné son ami, à des centaines de kilomètres de chez lui, Peter se rend compte qu’on ne peut se départir de son double aussi facilement et qu’il a fait une erreur. Il décide donc de retourner sur ses pas, seul, et de marcher les centaines de kilomètres qui le séparent de Pax. Son périple sera complexe, alors qu’il doit passer inaperçu et se faufiler dans des forêts dont il ne connaît rien. Sur son chemin, il rencontrera une vieille femme, Vola, brisée par une guerre d’une autre époque, qui a fait le choix de se punir d’avoir participé à la mort des hommes en s’isolant du monde. Malgré les obstacles et les rencontres, Peter ne conserve qu’une idée : celle de retrouver son renard.

De l’autre côté, on assiste, impuissant, à la douloureuse constatation que fait Pax alors qu’il se rend compte que son ami ne revient pas le chercher. Qu’il est maintenant seul dans la forêt, et qu’il doit à tout prix retrouver Peter. Car, bien entendu, son ami ne l’aurait pas abandonné ainsi. À travers ses yeux et son odorat, l’animal nous racontera le monde de la forêt, celui que l’humain n’arrive pas à apercevoir. Il y rencontrera d’autres renards, comme lui, qui détestent les humains, et des soldats, ces malades de la guerre, qui recouvriront de noir la forêt et tous ceux qui y vivent. Malgré les obstacles et les rencontres, Pax ne conserve qu’une idée : celle de retrouver Peter.

Le roman, Pax et le petit soldat, écrit par Sara Pennypacker chez Gallimard jeunesse nous amène dans un monde trouble où la guerre s’avance insidieusement vers les protagonistes. On y découvre des personnages dotés d’une belle profondeur et porteurs de grandes blessures qui tâchent de retrouver ce qu’ils sont vraiment, ce qui compte vraiment.

Ce roman, séparé en courts chapitres, alternant les pensées et la vie de Peter à celles de Pax, conserve un rythme tout particulier qui ne nous lasse pas. On tourne plutôt les pages rapidement, avec la hâte de découvrir les prochaines aventures de Pax et de Peter. J’ai particulièrement apprécié les passages qui se passent avec le renard, alors qu’on y découvre le monde sous un nouvel angle. L’auteure décrit avec une beauté et une facilité déconcertante le monde des animaux, leur façon de communiquer et de ressentir les bêtises humaines.

Au fil des pages, on va à la rencontre de personnages qui remettent en question le monde des hommes et ses lois, l’impact de l’humain sur l’environnement et la guerre. De grands sujets bercés par l’histoire toute simple d’un petit garçon qui s’éprend d’un renard.

C’est d’ailleurs sans doute ce qui fait la force de la littérature jeunesse : celle de pouvoir aborder des sujets durs à travers des univers d’une grande beauté.

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Andréanne a toujours été décrite par sa mère comme étant quelqu’un d’intense. Elle, se considère plutôt comme une passionnée. Passionnée des livres, les premiers amours de sa vie. Les trompeurs de solitude, les créateurs de grandes espérances, les générateurs de grandes tristesses, aussi. Passionnée des voyages, des horizons infinis, des rencontres dans toutes les langues. Des chocs, des déséquilibres qui surviennent au cœur des autres continents, comme au sein de sa propre ville. Passionnée de l’enseignement, de la culture qu’elle arrive à transmettre aux esprits qui s’ouvrent, des rires qu’elle crée, des grandes illuminations qui éclairent les regards de ses petits élèves. Passionnée de la vie et de sa beauté, de son incroyable grandeur et de son incomparable cruauté. Passionnée.

2 Comments

    • Andréanne Lauzon says

      Il y a en effet de nombreuses perles en jeunesse! Je glisse d’ailleurs des coups de coeur sur cette page de temps à autre, n’hésitez pas à venir y faire un tour. Bonne lecture et bonnes découvertes!

      Aimé par 1 personne

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