Littérature jeunesse
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La croisée des chemins incertains

Le temps des premières fois est un moment marquant de nos vies qui ne laisse personne indemne. C’est une période d’éveil, de concrétisation et de tangibilité du monde adulte. À mi-chemin entre la douce naïveté de notre enfance et la pleine conscience du beau et du laid caché dans les plus petits détours de l’être humain.

Oui, l’adolescence est un combat parfois difficile. On nous empiffre d’excuses et d’encouragements, car si quiconque peut survivre au secondaire, il peut survivre au monde adulte. C’est, du moins, ce que les grands disent.
 
J’ai survécu à mon secondaire. J’en porte encore les cicatrices, mais je partage maintenant le discours que mes parents et que les adultes autour de moi m’ont transmis. Ce fut une aventure difficile certes, mais en m’accrochant aux petites parcelles de lumières dispersées par certains amis, par l’art, le sport et principalement par la lecture, j’ai forgé petit à petit la femme que je suis aujourd’hui. Car les livres m’ont permis de trouver réconfort quand rien ne semblait fixe et que la tempête n’était jamais loin.

Encore aujourd’hui, près de dix ans plus tard, je replonge souvent dans la littérature jeunesse, celle qui a façonné la petite fille que j’étais en jeune femme. Car les romans jeunesse resteront à jamais gravés dans nos mémoires. Ils viennent nous capter, nous donner espoir et nous permettre de nous évader dans un monde plus réaliste que le nôtre ou plus fictif, nous donnant le nécessaire pour nous accrocher aux jours gris des casiers oranges.

Ainsi, je me suis laissé charmer de nouveau par certaines œuvres qui m’ont échappé au courant des années. À commencer par un livre ayant généré un gros buzz sur les réseaux sociaux et dans le monde littéraire américain. Sujet d’une prochaine adaptation cinématographique, je vous propose ce mois-ci mes pensées sur le huitième livre de Jennifer Niven, All the bright places.
Avec ce roman de 350 pages, on nous plonge dans le quotidien de deux jeunes brisés par le passé qui ne savent pas si le futur leur réserve une place ou si l’instant présent est assez fort pour leur permettre encore de rêver.

Espoirs inconnus

Il s’agit de l’histoire de Finch et Violet. Lui est la risée de tous, elle est la populaire et talentueuse jeune fille de l’école. Entamant leur dernière année d’études secondaires dans l’Indianapolis, ils se rencontrent tous les deux sur le sommet de l’immeuble scolaire. Dans un geste de désespoir, tous les deux s’y retrouvent dans le but de sauter. Elle ne trouve plus de sens au quotidien depuis la mort de sa sœur, lui est pris de trouble bipolaire qui altère son jugement et ses humeurs. Tous les deux sont répugnés par leur ville, leurs conditions, et par ce que la vie leur réserve. Leur rencontre les sauvera mutuellement. Particulièrement lorsque Finch et Violet deviendront partenaires pour un travail scolaire où ils devront fournir une liste des merveilles de l’Indianapolis. S’en suit une chasse au trésor qui les mènera à mieux se connaître et à réaliser que leur quotidien, bien que différent à bien des égards, a beaucoup plus en commun que ce qu’ils pensaient. Mais lorsque le monde de Violet s’épanouit, celui de Finch se détériore petit à petit.

Histoire d’amour et d’amitié, All the bright places est un hymne à la jeunesse, à la beauté et à la littérature. Mais avant tout, c’est une œuvre qui traite de la maladie mentale chez les jeunes sans y porter de jugement. Pour cette raison, on en sort chamboulé et convaincu que ce livre, bien que semblable à plusieurs autres sur certains points, laisse sa marque dans le monde de la littérature jeunesse. Certains pourront reconnaître des similitudes avec certaines œuvres de John Green ou Rainbow Rowell, à commencer par l’une des œuvres les plus connues de la littérature jeunesse contemporaine : The fault in our stars. Car All the bright places est une tragédie en elle-même, c’est le destin tragique d’amoureux qui ne pourront pas être sauvés par l’amour qu’ils ont l’un pour l’autre. C’est une œuvre nostalgique, touchante et nécessaire. Traitant de dépression, d’abus, de deuil et de suicide, c’est une œuvre profonde qui se définit par ses propos plus matures et par la manière dont l’auteure amène le lecteur à se questionner sur les réels troubles auxquels sont confrontés les adolescents. Les deux protagonistes illustrent bien les difficultés que plusieurs jeunes devront surmonter durant leur passage au secondaire, soient l’intimidation, les préjugés, la violence verbale et physique, mais surtout le premier amour. Celui qui nous touche, qui nous bouleverse et qui change notre vision du monde.

Le temps des premières et dernières fois

Bien que différents à plusieurs niveaux, Finch et Violet sont deux personnages complémentaires. Si le personnage féminin est cliché sur quelques points (jeune fille populaire, talentueuse, petite amie du plus beau gars de l’école, bref la fille parfaite), on ne peut pas en dire autant sur le personnage masculin. Finch, jeune homme bipolaire aux multiples personnalités, est l’élément clé de ce livre. Avec ses bons jours et ses mauvais, on tombe vite attaché à ce personnage éclaté, sans fil conducteur apparent qui brise toute notion de réalisme et d’apparence. C’est un personnage coloré et extrême qui nous bouleverse dès les premières lignes. D’une grande intelligence, on aime apprendre à le connaître au fil des chapitres par le biais de la musique, mais principalement par le biais de la littérature, sujet qu’affectionnent nos deux amoureux. Ainsi, on peut s’attendre à beaucoup de citations de Virginia Woolf jusqu’à finir par voir Finch et Violet composer leurs propres articles et poèmes. Aussi, 
un élément clé du livre est le projet qui les unit, celui de trouver du beau dans le laid, qui les habite constamment. À chacun de ces moments, on sent l’œuvre en suspens, ne sachant pas ce qui pourrait arriver dans le futur. C’est le seul moment où les personnages ne sont pas habités par une tristesse constante. Lorsque les deux partent en expédition, on assiste vraiment à de beaux moments. Loin de toutes technologies, de tous les doutes et les peurs qui les habitent, ce sont des passages clés de l’œuvre où leurs faiblesses deviennent leurs forces. C’est la tombée du rideau, leur jardin secret et le seul projet tangible qui les habite.

Le monde extérieur > soi

Certaines lacunes restent tout de même présentes dans l’œuvre. À commencer par l’emploi de la maladie mentale chez les deux protagonistes. Bien que ce soit le sujet clé du livre et qu’il soit exploité tout au long de l’œuvre, on a l’impression qu’on met un peu tout dans le même bateau. Lui, souffrant de troubles bipolaires et elle, d’une dépression majeure, on en vient à penser que les personnages ne sont rien d’autre que la maladie qui les habite. Ce qui est dommage, car rares sont les œuvres où l’on peut parler ouvertement de la maladie mentale. On nous présente ces deux jeunes sans vraiment nous présenter de schéma sur leur passé, sur leurs aspirations ou sur le bien que leur procurent certaines activités. Comme quoi on ne leur attribue que le moment présent, que la tristesse qui les habite. Même chose concernant les adultes qui gravitent autour d’eux. Ce sont des portraits mal dirigés qui nous donnent l’impression que leur vision des choses est complètement à l’opposé de celle de leurs enfants alors que la maladie mentale, peu importe son âge, reste universelle. On ne sent aucun soutien, aucune ouverture, comme si ces deux jeunes étaient réellement laissés à eux-mêmes, ce qui est dommage. Car certaines pistes, tout au long du livre, nous montrent que l’espoir est présent, que certains gestes, peut-être minimes à certains égards, demeurent importants et prouvent qu’il y a toujours une ressource, même dans les moments les plus sombres.

Ceci étant dit, j’ai la certitude que le livre ouvre un débat sur la maladie mentale. Tout comme 13 reasons why ou The perks of beeing a wallflower, l’œuvre amène une vision différente sur les façons d’agir et de penser. Bien que plus romancé que ses deux dernières œuvres, All the bright places offre un portrait émouvant de jeunes gens sans espoir et sans quête apparente. Jennifer Niven finit par trouver l’équilibre et nous offre un peu de lumière pour terminer ce roman fort. Ce n’est pas une œuvre pessimiste, ni déprimante. Bien au contraire, c’est un portrait lucide sur la difficulté de trouver sa place, de s’affirmer et sur la nécessité d’apporter l’aide nécessaire aux jeunes souffrant de troubles quelconques.

Sans en sortir bouleversée, je garde un souvenir clair et précis de cette lecture qui me replonge dans ces années marquantes. Bien que parsemées d’embûches, elles n’en demeurent pas moins une grande fierté pour moi. Celle d’avoir réussi à tracer mon chemin, d’avoir grandi et d’avoir gardé la curiosité qui m’animait déjà à l’époque. 

Car rien n’est éternel, tout n’est que passage. Quand vient la défaite, c’est que la victoire n’est pas très loin, et encore plus forte. Il faut simplement garder espoir.

Et vous, quelles œuvres ont marqué vos jeunes années?

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