Littérature canadienne
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Un retour au bercail qui vire au cauchemar

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Les suicidés d’Eau-Claire n’est pas un roman pour la plage. En tout cas, pas si on se fie à l’image traditionnelle d’un roman de plage : léger, rapide à lire et joyeux.

Le roman n’est rien de tout ça.

Il faut dire qu’il commence par un suicide.

Puis, il vous entraîne dans un univers de désespoir pour vous expliquer comment une jeune famille a pu finir par décider de s’enlever la vie tous ensemble, quelques jours avant Noël.

Pourtant, même si ce premier livre de l’écrivain Éric Mathieu n’est pas gai, je l’ai bien dévoré sur la plage de Gloucester, dans le Massachusetts. Ses 500 pages sont particulièrement empoignantes. Une fois commencé, je n’avais qu’une envie, avancer de chapitre en chapitre et me plonger de plus en plus dans la noirceur de la vie de ces personnages alors que devant moi s’étendait un des plus beaux paysages de la côte est des États-Unis.

Comme quoi, parfois, on lit et on aime des livres qui ne correspondent vraiment pas au contexte qui nous entoure!

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Les suicidés d’Eau-Claire, c’est l’histoire de la famille Corbin, Jean-Renaud, Camille et leur enfant Sybille, lors de son retour dans le nord de la France, à la fin des années 1980, à la suite d’un exil de plusieurs décennies à l’étranger. Ils auront séjourné dans de nombreux pays : Angleterre, Canada, États-Unis, Australie et d’autres. Sans savoir trop pourquoi, ils décident pourtant de revenir dans leur petite ville d’origine, un endroit quelque peu sinistre, car subissant le déclin économique typique du Nord, après la fermeture des usines.

Le retour au bercail vire alors au cauchemar.

Dans cette ville idéalisée pendant leur absence, ils ne trouvent que pauvreté, tristesse et haine.
Jean-Renaud ne trouve pas d’emploi, Camille est contrainte à travailler comme professeure d’anglais et noie son angoisse dans l’alcool tandis que Sybille subit les méchancetés des élèves de sa classe, ainsi qu’une peine d’amour dévastatrice.

Leur situation ne fera qu’empirer semaine après semaine, jusqu’au moment où, incapables de faire face à leur nouvelle réalité et de supporter l’échec de leur retour, ils décident de s’enlever la vie tous en même temps.

Je ne vous gâche pas le punch puisque le livre commence par cette fin et fait par la suite un retour en arrière.

Toute l’intrigue du roman tient dans l’envie de comprendre réellement comment on peut arriver à ce moment fatidique, comment la noirceur peut s’installer si banalement sans que personne puisse arrêter sa progression.

L’histoire tourne en grande majorité autour de Sybille, adolescente qui se fait sérieusement intimider à l’école. Les autres élèves ne supportent pas de voir son exotisme, son accent spécial (elle est née à l’étranger), sa culture et son excellence scolaire qui leur renvoient à quel point ils habitent dans un trou sans futur.

Je ne peux pas m’empêcher de faire le parallèle avec la série 13 reasons why de Netflix, qui a beaucoup fait parler d’elle ces derniers mois (en bien et en mal). Je suis en train de la regarder et Les suicidés d’Eau-Claire aborde exactement les mêmes sujets : comment plusieurs petits actes a priori pas si graves lorsqu’ils sont isolés, peuvent détruire l’espoir d’une personne plus sensible. On y voit aussi un même genre de climat d’école qui refuse l’originalité et incite au conformisme. Il vaut mieux être pareil que les autres pour ne pas se faire détester.

Contrairement à 13 reasons why, par contre, ici, on a aussi une grande place faite au monde des adultes à travers le désespoir de Jean-Renaud et Camille. Un monde pourtant pas si différent de celui des adolescents.

Tout le monde s’espionne, tout le monde se juge et tout le monde doit rester banal sous peine de se faire cataloguer de fou.

Bref, un livre qui ne montre pas le beau côté de la société, mais qui fait assurément réfléchir. Dernièrement, quels livres que vous avez lus vous ont poussés à la réflexion?

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Un commentaire

  1. Sylvie says

    Énorme coup de cœur pour ce roman! J’en espère vivement un 2e d’Éric Mathieu.
    C’est drôle que vous soyez une passionnée de Zola, car j’ai reçu Les suicidés d’Eau-Claire en pleine figure comme un Thérèse Raquin des temps modernes.

    J’aime

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