Littérature étrangère
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Pourquoi lire Marguerite Duras l’été

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Vous avez sûrement déjà entendu parler du concept de « lecture d’été ». Généralement, ce sont des lectures légères pour se détendre en profitant du soleil. Rien de compliqué, pas besoin de se torturer les méninges, un livre que l’on peut prendre entre deux saucettes dans la piscine sans jamais vraiment perdre le fil. C’est un concept intéressant, on a tous besoin de mettre notre cerveau à « off » de temps à autre. Toutefois, je vous propose une version un peu différente de la lecture d’été, aujourd’hui, quelque chose de plus immersif : lire du Marguerite Duras en pleine canicule!

On s’entend, il n’y a rien de simple et de léger dans un roman de Marguerite Duras. Cependant, ses livres se déroulent très souvent en Indochine française où il fait chaud et humide. Lire un Duras pendant la canicule permet une expérience immersive totale. Il n’y a pas de meilleure façon de comprendre la détresse des personnages qu’en souffrant nous-mêmes de la chaleur au moment de notre lecture. Je ne me suis jamais sentie aussi proche de ces personnages que lorsque l’humidité m’écrasait et que chaque mouvement demandait un effort particulier.

Un barrage contre le Pacifique

Ce roman se déroule en Cochinchine, sur le bord du Pacifique. En réalité, c’est la mer de Chine, mais la mère préfère dire que c’est l’océan Pacifique. Il y a déjà six ans, la mère a acheté une concession au cadastre, dans le but de s’enrichir par la production de riz. Elle s’est donc installée sur sa nouvelle terre avec ses deux enfants, Joseph et Suzanne. Malheureusement, rien ne pousse sur ces terres, qui sont chaque année brûlées par le sel apporté par la grande marée. La mère tentera de construire des barrages, pour empêcher les grandes marées de venir brûler ses récoltes. À la première marée, les barrages s’effondrent et il ne restera plus aucun espoir pour la famille. À la suite de cet échec, on suit l’histoire de la famille pour qui le seul espoir est que la fille fasse un bon mariage. C’est la fin de l’enfance qui est décrite et vécue à travers ce roman.

Le génie de l’autofiction

Marguerite Duras fut une autrice très productive. Au cours de sa longue carrière, elle a écrit des dizaines de romans et presque autant de pièces de théâtre et a publié plusieurs recueils de nouvelles. Elle aurait déclaré un jour : « Même morte, je peux encore écrire! » Avec le temps, Marguerite Duras a développé un style bien particulier, avec une ponctuation abondante, qui donne une sensation d’essoufflement, qui coupe constamment le rythme. Le manque de fluidité du récit ajoute à la détresse des personnages, au sentiment « il n’y a pas d’issue », que seule la chaleur restera à la fin.

Marguerite Duras utilise aussi sa propre vie comme une importante source d’inspiration, notamment en situant nombre de ses récits en Indochine, où elle est née et a grandi. Elle prête aussi des éléments de sa vie personnelle à ses personnages, sans jamais véritablement raconter sa vie ni écrire sa biographie. C’est un savant mélange entre réalité et fiction. Il y a suffisamment d’éléments biographiques (et donc véridiques) pour que l’on puisse reconnaître l’autrice à travers le personnage principal, mais il y a aussi de nombreux éléments qui ne concordent pas avec la réalité. La frontière est brouillée, il faut accepter le jeu. Tout n’est pas vraiment arrivé, mais tout est directement inspiré de faits vécus. C’est le génie du style de Duras, les éléments vrais et faux sont si habilement mélangés qu’il est impossible de les distinguer.

Une chose est certaine, il faisait chaud et humide et l’autrice réussit parfaitement à faire revivre cette atmosphère! Avez-vous un roman qui demande d’être lu dans un contexte particulier pour pouvoir le vivre pleinement?

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