Littérature étrangère
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Éloge du « pavé », ou comment lire à l’infini sans que ça soit fini

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Quand j’étais jeune, je dévorais les livres à une telle vitesse que si on ne m’avait pas vue les lire, installée soit dans la cuisine, le salon ou ma chambre – je lisais PARTOUT – on aurait pu facilement croire que je ne disais pas la vérité, que je ne les lisais pas vraiment. Mais il a fallu se rendre à l’évidence: malgré mon jeune âge, je passais à travers des livres et des livres, et même si ceux-ci étaient gigantesques. En fait, mes livres préférés étaient justement ces briques volumineuses, souvent de style « fantastique » ou fantasy que je dévorais avidement, et dont Harry Potter, Le seigneur des anneaux, À la croisée des Mondes, Narnia et Les Chevaliers d’Émeraude faisaient partie.

Ces temps-ci, à cause des lectures obligatoires, du temps incroyable que je passe devant mon ordinateur à écrire ou lire des textes, ou juste à cause des horaires mélangeant pas toujours harmonieusement les études, le travail et le social, je préfère largement écouter des films, le soir, afin de me changer les idées. Mais dernièrement, j’ai décidé de renouer avec les lectures colossales en sautant à pieds joints dans L’assassin Royal de Robin Hobb. Et donc, cela fait trois semaines que j’ai le nez dans mon pavé. C’est long, un pavé! Mais c’est incroyablement génial.

Éloge du « pavé »

D’emblée, pour moi, la lecture s’inscrit comme un acte lent au milieu des tumultes du quotidien. Lire, c’est un ralentissement au cœur de nos vies rangées, organisées, occupées à l’extrême. Lire, c’est déjà militer pour le temps, le silence et la paix. Que dire de la lecture de « briques » ou de « pavés » littéraires? Elle apparaît, pour moi, doublement comme une résistance.

Décider de lire un livre de 800, 900 ou plus de mille pages demande du temps. Plus qu’une lecture en passant, ces « briques » nous obligent à nous asseoir et à nous plonger pendant de longues heures dans un dédale de pages qui s’étirent à l’infini. C’est presque un engagement à long terme, puisque nul sait le nombre d’heures qu’on devra y passer pour en venir à bout. Ainsi, lire un « pavé » littéraire, c’est dire « non », c’est dire « attends ». C’est aussi dire « pas tout de suite » ou « peut-être plus tard ». Lire un « pavé », c’est se poser à contre-courant de la rapidité et la spontanéité, pour étirer tout en longueur le moment de la lecture. C’est volontairement dire oui aux heures interminables qu’elle occupe.

Mais surtout, la lecture d’un « pavé » se veut souvent une expérience intense. Souvent, malgré leur longueur, on les lit vite, car on est happés par l’histoire. Mais malgré qu’on n’arrive plus à les lâcher, les « pavés » durent longtemps, et c’est ce qu’il y a de merveilleux. Car lire un « pavé », c’est vivre une épopée, c’est rentrer de tout son corps et son cœur dans une histoire et la vivre passionnément pendant des heures et des heures et des heures. C’est suivre des personnages sur une longue période de temps, comprendre ce qu’ils sont, suivre leur développement et ne plus pouvoir les lâcher puisqu’ils deviennent peu à peu une part de nous-mêmes. Souvent, on vit les émotions en même temps qu’eux, que ce soit les drames déchirants ou les joies fabuleuses. Le « pavé » se superpose presque à notre vie.

On peut même voir en le « pavé » une version livresque de la série-télé : on a des pages et des pages d’aventures et parfois, même, plusieurs tomes qui se suivent, avec tout autant de pages.

 

Mon « pavé » du moment: L’assassin royal de Robin Hobb

À mon grand bonheur, la série complète des ouvrages de Robin Hobb se déroulant dans le royaume des Anciens (Realm of the Elderings en version originale), compte 13 tomes, dont le dernier vient tout juste de sortir en anglais. Ça tombe bien, je suis tombée complètement sous le charme de ces livres, juste après le troisième, et je ne suis que plus heureuse d’avoir de quoi à me mettre sous la dent encore longtemps.

Ce pavé était peut-être ce ça me prenait, en ce moment, dans ma vie. Moi qui virevolte entre plusieurs projets et engagements, et qui se couche le soir sans lire puisque trop fatiguée, j’avais besoin d’un projet à long terme, d’un défi de lecture, ou tout simplement d’une stabilité. Et c’était un plaisir, voir un besoin, de retrouver Fitz, Umbre, Vérité, Burrich et Molly, mes personnages préférés, à chaque soir. Rapidement, le goût de replonger dans ma lecture m’a fait écarter les possibles films et séries télévisées de l’heure. Et dès la fin du souper, je m’installais soit dans mon salon ou sur mon balcon pour continuer l’histoire bouleversante, trépidante et un peu étrange qu’est la saga de l’assassin.

L’assassin royal, la brique regroupant, dans une version française, les trois premiers tomes de la série et constituant le premier cycle trilogique (la série est constituée de plusieurs trilogies et cycles), raconte l’histoire de Fitz, batard du roi qui, à l’âge de 6 ans, revient vivre au château de son père. Recueilli d’abord par Burrich, aux écuries, il devient peu à peu le bras droit du roi en incarnant son assassin officiel. L’action se déroule principalement au château de Castlecerf, mais aussi dans ses alentours, au fur et à mesure que Fitz se joint aux combats qui cherchent à repousser les Pirates Rouges qui attaquent les villes aux alentours et qui en rendent les habitants pires que morts. Le lecteur assiste en ce sens à plusieurs intrigues se déroulant dans et autour du château, à des histoires de pouvoir, de rois et reines et d’apprentissage de magie comme l’Art, que Fitz possède.

Je crois que ce que j’ai le plus aimé de ces livres, c’est que l’écriture est lente, détaillée, et qu’on a vraiment l’impression d’apprendre pas à pas tout ce qu’on doit savoir de l’univers dans lequel se déroule l’histoire. En plus que les intrigues sont complexes et riches, les personnages, que l’on suit depuis leur jeune âge, notamment Fitz, sont particulièrement attachants, forts, nuancés et intéressants.

Je me suis littéralement laissée emportée par la série. J’en ai lu de gros morceaux en peu de temps. Ça faisait longtemps que je n’avais pas ressenti une telle faim de lecture d’un même livre jour après jour. Je crois que j’ai retrouvé, avec L’assassin royal, mon goût pour la lecture longue. Et malgré ma hâte de continuer ma lecture, je me demande bien ce qui attend le héros pour les dix prochains volumes! Tant de possibilités d’histoires sont possibles!

Et vous, c’est quand la dernière fois que vous avez plongé dans un pavé volumineux? Ça vous tente?

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7 Comments

  1. J’ai également un gros pavé de Robin Hobb qui m’attend : La Citadelle des Ombres. Ma grand-mère me l’a offert et je n’aurais pas être plus heureuse… car je me retrouve totalement dans ton éloge des « briques ». Plus il y a matière à faire, plus on repousse la fin de l’histoire. Dans un sens, c’est confortant, surtout si on se prend au jeu en cours de lecture.
    J’ai aussi Le Temps des Dragons, plus fin de peu, à lire, mais je ne suis pas sûre qu’il me plaise autant.

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    • Marion Gingras-Gagné says

      Bonjour! Merci pour votre commentaire! En fait, vous verrez que La Citadelle des ombres est, en fait, la même série que L’Assassin royal, mais publié sous un autre nom lors d’une réédition. Je vous souhaite une belle lecture!
      Je ne possède pas de liseuse Kobo, mais je garde votre roman en tête pour une éventuelle lecture. Bravo pour cet accomplissement! Je vous contacterai bien sûr si le temps me permet de m’y plonger, et vous donnerai des commentaires avec plaisir.

      Bonne journée!!

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      • Je l’ignorais complètement ! C’est encore mieux, du coup, puisque je voulais lire L’Assassin Royal depuis longtemps. Je n’ai plus qu’à me dépêcher de finir mon livre actuel pour le commencer… Plus qu’une centaine de pages !
        Merci beaucoup, votre considération me touche déjà beaucoup ! (petite note: il existe aussi une application pour tablettes, smartphones et ordinateurs… pratique pour les petits budgets, j’en ai fait l’expérience ^^)

        Bonne soirée, encore merci, et à bientôt je l’espère !

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  2. Et puisque je suis sur ton blog autant en profiter pour parler de quelque chose qui me tient à cœur !
    Car après trois ans d’écriture, j’ai enfin pu sortir mon premier roman, « Altérée », en auto-édition sur la liseuse Kobo. J’y ai mêlé tous les ingrédients d’un récit d’action fantastique à une étude des relations humaines, le tout pour un public friand des œuvres Young Adult !

    Résumé :
    Olivia est Altérée : son corps a muté pour lui procurer un don unique, communément appelé le gêne, et elle en mourra prématurément.
    Dans un monde où les siens sont poussés vers la sortie, elle voit ses convictions s’effondrer le jour où on l’enrôle de force dans un traitement expérimental bancal. Nouvelle vie, nouveau but ; bien décidée à mettre un terme à cette situation, Olivia modèle l’avenir au fil des rencontres.
    Ils s’appellent Malika, Clara, Abdel, Alix… et leurs vies sont liées.
    Pourront-t-ils s’en sortir sains et saufs ?

    Si jamais il te prend l’envie de le lire, n’hésite surtout pas à me faire un signe ! Cela me ferait très plaisir.

    Merci beaucoup,

    G. R. Untel
    @gruntel_writer

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  3. Nadine Gingras says

    Trouver un peu de temps pour moi, essayer de ralentir le rythme affolant de mes journées, voilà LE défi à relever au quotidien. Après la méditation et le yoga, voilà une alternative des plus invitantes. Être dans une histoire, c’est un peu être dans une vie parallèle. OUI au « pavé » qui nous permet d’y rester longtemps longtemps. Merci Marion!

    Aimé par 1 personne

    • Marion Gingras-Gagné says

      J’espère que les « pavés » t’aideront à retrouver une zénitude de vie! Rien de mieux pour respirer au quotidien. 🙂

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  4. Andréanne says

    J’ai adoré cette série de Robin Hobb. J’attend patiemment que le dernier tome soit traduit en français. J’ai hâte et pas en même temps, car ce sera comme un petit deuil à faire, puisqu’à moins que je ne me trompe, ce sera le dernier. Voilà bien le seul inconvénient de lire des séries de « pavés », c’est qu’on s’attache à des personnages et des histoires. Il m’arrive plus souvent de pleurer en lisant un livre qu’en regardant un film. J’ai reçu le premier tome de la série « La roue du temps » de Robert Jordan. J’en ai pour un bon moment je crois avec ses 14 tomes…

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