Autour des livres
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L’importance de diversifier ses références culturelles

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Ai-je lu trop de romans d’amour?

Dès mon plus jeune âge, ma mère m’a traînée dans les bibliothèques et je suis rapidement devenue une avide lectrice. Je lisais de tout, j’étais curieuse de tout, avec une préférence pour les romans à saveur historique. Plus tard, lorsque j’étais adolescente, j’ai lu une grande quantité de romans d’amour. Mes préférés étaient ceux où le gars mourait à la fin, me laissant seule à pleurer toutes les larmes de mon corps. Je ne me lassais pas de ces romans, j’étais absolument fascinée par l’idée que deux personnes puissent se rencontrer et qu’elles soient vraiment faites l’une pour l’autre. Statistiquement parlant, quelles sont les chances?!? Pourtant, immanquablement, l’héroïne rencontrait l’amour de sa vie. C’était comme si la maxime de ma grand-mère, chaque chaudron trouve son couvercle, se réalisait à chaque fois. Plus tard, je me suis souvent demandé si tous ces romans d’amour ne m’avaient pas tourné la tête, me donnant une idée irréaliste de l’amour et des relations de couple.

Comment les livres influencent-ils vraiment leurs lecteurs?

C’est ce questionnement qui m’a amenée à travailler en sociologie de la littérature. Je cherchais et cherche encore à mieux comprendre l’influence que les livres peuvent avoir sur un groupe. Je me suis particulièrement intéressée aux romans de chick lit (comme Le journal de Bridget Jones, par Helen Fielding, L’accro du shopping, par Sophie Kinsella ou Soutien-gorge rose et veston noir par Raphaële Germain). Ces romans sont écrits par des femmes et pour des femmes. Ils mettent en scène des personnages féminins dans la trentaine avec de belles carrières, qui cherchent l’amour. Ce sont des personnages imparfaits et souvent maladroits. Les critiques ont été très dures à l’égard de la chick lit, la décrivant comme une littérature peu sérieuse, avec des intrigues faibles. Plusieurs iront jusqu’à dire que la chick lit a une influence néfaste sur ses lectrices. Pourtant, les romans d’amour, et particulièrement la chick lit, sont parmi les plus populaires, les meilleurs vendeurs en librairie et plusieurs de ces romans ont été portés au grand écran. Il m’apparaît alors improbable que toutes les lectrices de chick lit réagissent de la même façon et soient influencées de la même façon.

Le concept de répertoire

C’est en cherchant à mieux comprendre la popularité de la chick lit et l’influence qu’elle peut avoir sur ses lectrices que j’ai découvert la notion de répertoire d’Ann Swidler dans son ouvrage Talk of Love. Le concept est simple, mais au combien illuminant! Voici, simplement : à travers l’ensemble de ses lectures, chaque individu se construit une banque de réactions possibles pour diverses situations. Un peu comme un musicien construit un répertoire de pièces de musique pour diverses occasions. Ainsi, lorsqu’un événement arrive et demande une réaction, l’individu peut choisir dans son répertoire la réaction qu’il trouve la plus appropriée, comme le musicien choisi la pièce la mieux adaptée à la circonstance. Cette façon d’aborder la littérature permet d’évacuer complètement la question de bonne ou de mauvaise influence, pour se concentrer sur l’autonomie du lecteur. Ainsi, l’enjeu ne réside pas dans l’interdiction de livres qui sont jugés comme ayant une mauvaise influence, mais plutôt de s’assurer que le lecteur aura accès à plusieurs modèles, afin qu’il puisse choisir ce qu’il veut comme modèle et bâtir un répertoire varié.

Dans cette perspective, il n’est pas nécessaire d’interdire les histoires de princesses aux petites filles; il suffit de leur montrer que c’est une possibilité parmi tant d’autres. Être exposé à une grande variété littéraire permet d’avoir une meilleure connaissance de tout ce qui s’offre, mais aussi d’être plus critique face à ce qu’on lit. On peut alors prendre certaines de nos lectures ou de nos personnages préférés comme modèles, les autres seront rejetés ou pris comme un simple divertissement.

Bref, tous les romans d’amour que j’ai lus ne m’ont pas tout à fait tourner la tête, parce que je lisais plein d’autres choses en même temps, je pouvais faire la part des choses, prendre ce qui me plaisait bien et rejeter ce que je trouvais absurde. Alors lisez autant de chick lit qu’il vous plait, mais allez aussi voir ce qui se fait ailleurs!

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