Auteur : Anne-Marie Shink

Jennifer Worth; Call the midwife; Appelez la sage-femme; Londres; 1950; Angleterre; Le fil rouge; le fil rouge lit; bibliothérapie; littérature; lecture; livres; les livres qui font du bien; littérature étrangère

Appelez la sage-femme : Du rire aux larmes, la vie dans tous ses états

Il y a quelques années, l’infirmière britannique Jennifer Worth a constaté qu’il y avait très peu d’information disponible sur le rôle joué par les sages-femmes en Angleterre, particulièrement au XXe siècle. Afin de remédier à la situation, elle a décidé d’écrire ses mémoires sur l’époque où elle était elle-même sage-femme, dans les années 1950 à Poplar, un quartier pauvre de Londres. Sous sa plume, elle fait revivre tout un quartier, aujourd’hui disparu, dans une trilogie aussi captivante qu’émouvante. « J’ai fait plusieurs autres visites ce matin-là, mais mon esprit revenait continuellement à Mrs. Warren. Elle sortait vraiment de l’ordinaire. La plupart de nos patientes étaient des Londoniennes originaires de ces faubourgs, comme leurs parents et grands-parents avant eux. Les étrangers étaient rares, surtout parmi les femmes. Toutes les habitantes du quartier menaient une vie très collective et se mêlaient sans cesse des affaires les unes des autres. Mais si Mrs. Warren ne parlait pas l’anglais, elle ne pouvait faire partie de la communauté des femmes. » (Worth, 2002:212-213) Chaque livre est divisé en plusieurs chroniques qui présentent …

Le fil rouge; Le fil rouge lit; Bibliothérapie; Littérature; Lecture; Livres; Les livres qui font du bien; Amie de ma jeunesse; Alice Munro; Canada; Femmes; Nouvelles

Un univers canadien à travers la plume d’Alice Munro

Il y a quelques années, je me suis aperçue que mis à part Lucy Maud Mongmery avec Anne la maison aux pignons verts et Émilie de la Nouvelle Lune, je ne connaissais absolument rien à la littérature canadienne. Des auteurs québécois oui, bien sûr j’en avais lu plusieurs, mais je pouvais difficilement nommer un auteur d’une autre province. Alors, lorsque la Canadienne Alice Munro a gagné le prix Nobel de littérature en 2013, je me suis empressée d’acheter un de ses recueils de nouvelles et je l’ai ajouté à ma longue liste de « à lire ». C’est trois ans plus tard que j’ai finalement ouvert le livre, prête à plonger dans l’univers d’Alice Munro. Au moment où j’ai commencé son recueil Amie de ma jeunesse, je venais de lire plusieurs romans américains et je m’attendais à rester dans le même ton avec le même genre de références socioculturelles. Quelle ne fut pas ma surprise de me retrouver dans un univers si proche et pourtant si différent du mien. Ni littérature québécoise, ni littérature américaine, j’avais l’impression de plonger …

Bibliothérapie; DArcy gentleman; Jane Austen; Le fil rouge; Le fil rouge lit; Lecture; Livre; Orgueil et Préjugés; Pemberley; Romance; Pamela Aidan; Les livres qui font du bien

Incursion dans la tête de Mr Darcy

Que toutes celles (et ceux) qui ont lu ou regardé un nombre de fois inavouable Orgueil et préjugés lèvent la main! Je serais, sans aucun doute, l’une des premières à lever la main, sans qu’une once de culpabilité ne me traverse. Je suis une fan inconditionnelle de Jane Austen. J’aime son style, j’aime que l’amour soit une foi qui prend du temps, j’aime me faire croire que j’ai un petit quelque chose d’Élizabeth Bennet et, il faut bien l’avouer, j’ai un faible pour Mr Darcy. Lire un Jane Austen c’est une garantie d’avoir une fin heureuse, petits papillons dans le ventre inclus. Et je ne suis pas la seule fan de Jane Austen chez Le fil rouge! Vous pouvez aussi aller lire les articles de Karina Ici et Ici. C’est seulement après avoir fait plusieurs lectures de l’oeuvre originale que j’ai découvert les fanfictions sur l’univers de Jane Austen. Que se passe-t-il après le beau grand mariage? Comment ont fini les personnages de Mary et Kitty Bennet? Et plus encore, que se passe-t-il dans la tête de nos personnages masculins …

Pourquoi l’amour fait mal?

Il n’est pas toujours facile de justifier mon choix d’aller faire un doctorat en sociologie. Certains pensent que ce n’est pas une «vraie science», d’autres ajoutent que les sociologues sont juste des «pelleteux de nuage», plusieurs croient que je n’arriverai pas à trouver un bon emploi stable dans mon domaine. Bref, toutes les raisons sont bonnes pour me décourager, pourtant quand je lis un livre comme celui d’Eva Illouz, je sais que j’ai pris la bonne décision en choisissant la sociologie. Avoir un regard sociologique, c’est se montrer curieux face à une situation, c’est une volonté de mieux comprendre les mécanismes et les constructions sociales, une meilleure compréhension de la société dans laquelle on évolue permet d’agir sur celle-ci. Une meilleure compréhension de l’amour à l’époque contemporaine dans le monde occidental, voilà donc l’ambition de l’autrice. Si vous pensiez avoir affaire à un livre de «psycho-pop» pour vous aidez à gérer votre vie amoureuse, vous serez déçu. Par contre, si vous souhaitez mieux comprendre comment l’amour est socialement codifié aujourd’hui, vous serez renversé! «L’ambition de …

Construction de la féminité

Un des livres qui m’a le plus marquée au courant de l’année 2016 est sans aucun doute La femme gelée, par Annie Ernaux. Pour moi, l’autrice trouvait chaque fois les mots justes pour construire des phrases percutantes qui venaient ébranler mes certitudes et en même temps me donner l’impression d’être éminemment comprise. Ma relation avec Annie Ernaux n’a pas toujours été aussi simple. La première fois que j’ai lu un de ses livres, j’étais au cégep et je n’ai pas du tout aimé. L’écriture épurée de l’autrice, presque dénuée d’émotion, m’avais semblé froide, voire impénétrable. La jeune fille de 19 ans que j’étais à l’époque avait été incapable de se reconnaître à travers le récit ou même d’éprouver de l’empathie. Tout aurait pu finir là, une rencontre littéraire ratée, puis plus rien. Mais une de mes proches amies adore cette autrice et m’a encouragée (lire tordu un peu le bras) pour que je lise d’autres récits d’Ernaux. Elle m’a expliqué qu’Annie Ernaux faisait de l’auto-socio-biographie, d’où l’impression de distance, puisqu’elle se pose toujours comme témoin et …

L’envers de la médaille de Nadia; La petite communiste qui ne souriait jamais

Le mystère L’idée de base de ce roman avait tout pour piquer ma curiosité. Ici, Lola Lafon nous propose de lever le voile sur la vie de Nadia Comaneci, l’enfant prodige des Jeux Olympiques de Montréal. L’histoire de Nadia éveillait une double curiosité en moi. D’abord, j’étais curieuse d’en apprendre davantage sur la vie dans les pays de l’Est, sur la Roumanie communiste. Il me semble que l’URSS est entourée d’une aura de mystère et j’ai toujours envie de faire partie de ces initiés qui savent comment c’était de l’autre côté du mur. Ensuite, il y a la curiosité de connaître le parcours et les aléas d’une personne connue, qui a eu un destin qui nous semble extraordinaire. La narration Bien que ce soit une histoire romancée, où l’autrice interprète et parfois imagine ce qu’a pu être la vie de la gymnaste, parce que nous savons somme toute très peu de chose sur sa vie, j’ai été complètement charmée par ce récit/fiction. La force de ce roman réside dans sa double narration. La première est …

Ce que je lis entre Noël et le Jour de l’An depuis près d’une décennie

Il y a des livres qui, pour une raison ou une autre, vous marquent particulièrement, vous suivent tout au long de votre vie. Des livres que vous avez lus plus de deux fois, par lesquels vous êtes irrésistiblement attirés, auxquels vous revenez périodiquement. Des livres qui font du bien parce qu’ils résonnent profondément en vous, parce que les personnages prennent une place importante dans votre vie. Pour moi, il y a les Harry Potter, Orgueil et préjugés et Jeanne, fille du roy. À la fin de mon secondaire 2, le thème de l’examen de français était la Nouvelle-France. Et parmi les lectures supplémentaires suggérées il y avait Jeanne, fille du roy par Suzanne Martel. Ce fut pour moi le début d’une grande fascination pour les filles du roi, qui sont venues peupler la Nouvelle-France. Je me suis mise à lire tout ce que je trouvais à leur sujet, remplie d’admiration pour ces filles et ces femmes. C’est aussi à cette époque que j’ai développé une peur irrationnelle de mourir du scorbut, quelle fin indigne pour …

Lecture pour l’éternelle romantique en vous

Depuis mon adolescence, je lis des romans d’amour de façon régulière. En fait, j’en ai tellement lu que ça m’a très probablement tourné la tête, me donnant une vision de l’amour littéralement romancée. Mais c’est plus fort que moi, je suis incapable d’y résister. J’adore le sentiment presque euphorique que me procure la lecture d’une bonne histoire d’amour. Une inconditionnelle des romans d’amour comme moi connaissait l’oeuvre de Jane Austen depuis longtemps (Pride and Prejudice love!), mais ce n’est que récemment que j’ai découvert l’auteure Elizabeth Gaskell et son magnifique roman d’amour Nord et Sud. Alors que les romans de Jane Austen se déroulent dans la gentry campagnarde du sud de l’Angleterre, Nord et Sud présente l’autre côté de la réalité anglaise du début du XIXe siècle, celle du nord industriel. Nord et Sud met en scène le personnage de Margaret Hale qui, après avoir connu une existence paisible dans le sud de l’Angleterre, se voit obligée de déménager dans le Nord, qui est en pleine industrialisation. Là-bas, elle est confrontée au monde ouvrier, à la misère et …

Les filles de Caleb: un incontournable

Quand on parle de classique québécois, je pense tout de suite aux nombreuses sagas familiales que l’on retrouve en librairie. Ce sont généralement des trilogies, un livre pour chaque génération, où l’on suit l’histoire d’une famille québécoise à travers le XXe siècle. Drame, amour et Révolution Tranquille sont au rendez-vous et le destin du Québec se retrouve mêlé de façon indissociable à celui des héroïnes de la saga. Ma saga familiale préférée est sans doute Les filles de Caleb, d’Arlette Cousture. À travers ces trois livres, on suit le destin de trois femmes, Émilie, Blanche et Élise, qui tentent de faire leur place dans un Québec en pleine transformation et qui cherchent l’amour envers et contre tous. Je me souviens très bien de ce moment, en secondaire 3, où j’étais débarquée dans la bibliothèque de mon école et que j’avais demandé to the go à la bibliothécaire un bon livre à lire, parce que j’étais sur le point de mourir d’ennui. Elle m’avait répondu en prenant à peine une seconde pour y réfléchir: «Tu devrais lire Les filles …

Pleurer à la fin d’un Hemingway

Quand j’étais plus jeune, je pensais que la qualité d’un livre se mesurait par le nombre de larmes que je versais. Plus je pleurais, meilleur le livre était. J’avais un faible particulier pour les histoires d’amour où le gars meurt à la fin, ce qui inquiétait beaucoup ma mère. Avec le temps, mes critères ont changé et je n’ai plus eu besoin de pleurer toutes les larmes de mon corps pour donner le titre de chef-d’oeuvre à un roman, mais il reste toujours une partie de moi qui est profondément satisfaite lorsqu’un livre me fait monter les larmes aux yeux. Voilà ce à quoi je pensais lorsque j’ai tourné la dernière page de Pour qui sonne le glas, des larmes brûlantes roulant sur mes joues. Ernest Hemingway est l’auteur qui m’a fait comprendre que le simple peut être beau, profondément touchant et même grandiose. « Dans une tempête de neige, le vent peut souffler en rafales; mais il souffle une pureté blanche et l’air est plein de courants de blancheurs : tout est transfiguré et, quand …