Littérature québécoise
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Bestiaire : le berceau salé d’Eric Dupont

Bestiaire, Eric Dupont, Gaspésie, enfance

Eric porte un regard sur son enfance. Les animaux qui amorcent son récit défilent et ramènent à la surface des anecdotes à saveur autobiographique. Sans être un véritable bestiaire (manuscrit regroupant des fables sur les bêtes), les chapitres débutent par le chat, le vacher à tête brune, le bigorneau, le chien, les poules, le grand-duc d’Amérique et le canari; ces animaux ouvrent la porte sur des anecdotes d’une puissance sans nom. Racontés adroitement avec un regard empreint de résilience, nous sommes invités à nous remémorer avec le narrateur, dans un défilé de métaphores, les nombreux personnages qui ont marqué sa jeunesse au cours de la Révolution tranquille.

Il en va ainsi pour Nadia Comaneci, jeune gymnaste roumaine à la note parfaite et au sourire inoubliable, qui fera naître ce bijou :

« Ma sœur et moi, les deux enfants condamnés à voltiger entre ces deux barres, avons offert au monde un admirable numéro de gymnastique familiale. »

Parlant de famille, la dichotomie vécue chez l’un des protagonistes par son père, policier de la Sûreté du Québec, et de sa mère, cuisinière de métier, est loin d’être amère. De mon expérience de lectrice, j’ai beaucoup aimé ressentir dans la légèreté du ton et dans la lumière des propos, tout le chemin effectué entre ce passé nomade né du divorce de ses parents, résultant d’un éclatement familial perpétuel. J’ai aussi apprécié le fait que cet adulte retourne dans sa boîte à souvenirs avec un œil neuf. Je n’hésiterais pas une seconde à conseiller ce livre à quelqu’un qui a envie de se replonger dans son passé en évitant une certaine lourdeur que pourrait imposer l’exercice. Ce bestiaire est construit sur la charpente de l’isolement et d’une révolte intérieure, une espèce de miroir grossissant des enjeux politiques et religieux de l’époque. Parfois en parallèle de l’histoire, comme un solo de musicien, l’auteur arrive à des prouesses littéraires… pour le moins incroyables. Pourrais-je vous exprimer à quel point Laïka, ou du moins Laïka telle que dépeinte par Dupont, est pour moi, à elle-seule, un élément phare dans cette œuvre?

« Elle a dû ressentir à cet instant quelque chose qui ressemble à la nostalgie du froid. Une bribe d’humanité. Elle a peut-être, comme la petite fille aux allumettes juste au moment de mourir dans le froid scandinave, vu la tête de sa mère dans le ciel russe, juste en haut des bulbes multicolores de la basilique Saint-Basil. »

Dans cette Gaspésie salée où le festival de la crevette n’est que mensonges, son père, surnommé « le roi » en référence à Henri VIII, est un véritable coureur de jupons. Il collectionne les reines, et les destitue quand bon lui semble. Vivant sous le nouveau règne, divers codes de conduite se chevauchent pour Eric et sa sœur.

Je n’ai réalisé qu’après ma lecture que j’avais déjà lu de cette plume singulière. C’est bel et bien Eric Dupont, l’auteur du délectable roman La fiancée américaine (dont je dois absolument vous parler éventuellement) qui signe ici un roman singulier, que je relirai avec plaisir.

Et vous, quel.le auteur.e vous fascine par sa qualité de conteur.se?

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