Poésie et théâtre
Laisser un commentaire

Carcasses au crépuscule : une poésie franche, sans fioritures

      Impossible pour moi de rentrer dans une librairie sans acheter de livres. L’achat est inévitable, c’est l’une des seules folies financières que je me permets sans trop me sentir mal. Je me dis que ça rentre dans mes « dépenses d’études » puisque je suis à la maîtrise en littérature et que je dois ouvrir mes horizons littéraires afin de mieux construire ma propre voix, tsé. J’pense que c’est une bonne justification, en tous cas c’est celle que je me répète à chaque fois que je sors ma VISA. Sauf que parfois, on n’a pas ben le choix de couper dans nos dépenses. Heureusement pour moi, la poésie, ça coûte pas cher! (ou malheureusement pour la jeune wanna be poète que je suis… C’est selon). Ce mois-ci, ma débit était vide et ma VISA réticente à sortir de son cocon de (faux) cuir, mais j’ai craqué pour le recueil de poésie de Patrick Brisebois, publié aux Éditions de l’Écrou, Carcasse au crépuscule. Environ le prix d’un sandwich poulet sauce aigre-douce au Subway (soit 10$ en trio), ben j’ai décidé de m’apporter un lunch cette journée-là et de me payer un livre à la place #BalanceFinancière. Voici ce que j’ai pensé de ce petit recueil qui a grandement résonné chez moi.

« c’est fait.
j’ai réussi.
je deviens quelqu’un que
je reconnaîtrai de moins
en moins. »

      Le titre à lui seul est un poème : Carcasses au crépuscule. Déjà, sur le plan de la phonétique, c’est magnifique. Ça glisse sous la langue, comme une énième pilule promettant le bonheur. Je ne pourrais pas dire si cette carcasse est la mienne, celle de la voix narratrice ou encore, le recueil lui-même, comme une promesse de quelque chose qui, jadis, était vivant, mais qui est toujours là. En os plus qu’en chair. Puis, les premiers mots du tout premier poème : « brûle-moi tant que tu voudras / avec ta cigarette / prends-moi par le bras / et montre moi tes monstres / si bien cachés. » Le premier texte présente déjà une immense tension qui sera présente tout au long de ma lecture. Partir ou rester n’est pas présenté comme une fuite, mais comme un affrontement perpétuel entre nous-mêmes, les autres et celui ou celle que l’on aimerait devenir. Les textes de Brisebois révèlent une grande sensibilité envers ces différents gouffres qu’on tente à la fois de repousser et de pénétrer.

« j’ai dû prendre des heures avant
de mourir
glissant et grimaçant
dans mon propre sang. »

      La mort éclate de partout, virulente et juste. Elle se cache derrière chaque mots, dans une urgence presqu’irrationnelle. Il m’est arrivé d’arrêter ma lecture parce que je la trouvais trop intense, trop franche. Personnellement, j’adore quand une œuvre m’impose son rythme, quand je n’ai pas le CHOIX de vivre une angoisse et quand ce sont les mots qui décident QUAND je peux reprendre mon souffle, même si parfois je dois mettre cette lecture entre parenthèses pour quelques minutes, heures, jours.

« combien de jours
de mois
d’années
me suis-je réveillé avec une si terrible gueule de bois
que tout ce que j’espérais était qu’on m’achève? »

 

      La poésie de Patrick Brisebois n’enjolive rien du tout. Elle est honnête, directe – presque froide – et fracassante. Elle n’a pas d’ambition salvatrice, elle préfère dépeindre la désillusion qui nous habite tous et toutes à un certain moment dans notre vie. Assurément que je vais relire Carcasses au crépuscule plus tard dans ma vie, afin de faire le point, peut-être.

Est-ce qu’il vous arrive de relire certaines œuvres? Si oui, lesquelles vous ont le plus marqués?

Advertisements
This entry was posted in: Poésie et théâtre

par

C’est maintenant vingt-trois hivers que Marie-Hélène a vu passer et c’est toujours avec son cœur d’automne qu’elle les affronte. Elle s'est lancé dans « l'aventure » de la maîtrise en Création littéraire à l'UQAM. Très heureuse dans son 5 ½ Rosemontien, entourée de son amoureux Anthony et de son chat Cyrano (ou Bébé, pour les intimes), elle s’occupe en cuisinant tout en buvant du vin, ou bien en lisant un peu n’importe quoi. Les mots de Plath et de Ducharme restent ceux qui ont le plus bercé son imaginaire et c’est dans la poésie et les romans graphiques qu’elle savoure le plus son expérience littéraire. Féministe, elle apprécie énormément la maison d’édition Remue-Ménage pour ses œuvres puissantes et conscientisées.

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s