Poésie et théâtre
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Savoir compter de Marianne Dansereau

Si vous avez consulté les critiques au sujet de la pièce Savoir compter de Marianne Dansereau présentée au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, vous en avez peut-être lu  quelques-unes défavorables. Par contre, il faut toujours se rappeler que le théâtre, l’art et les goûts en général sont subjectifs. Je n’ai donc pas laissé ces critiques influencer ma pensée avant de me rendre à la salle, et finalement j’ai adoré mon expérience. Je vous partage donc ma soirée au théâtre en espérant vous faire vivre ce que j’ai vécu.

Premièrement, il faut mentionner que j’avais, outre les critiques, un parti pris pour Marianne Dansereau, cette jeune auteure dramaturgique qui a également écrit la pièce Hamster. Je l’ai découverte dans mon cours de dramaturgie québécoise et elle m’a permis de rendre un travail de fin de session agréable. Dans ce même cours, j’ai également pu lire la pièce Savoir compter et j’ai tout simplement adoré, j’avais très hâte de vivre l’expérience théâtrale.

L’arrivée

Lorsque je suis arrivée au théâtre, je me suis dirigée vers la petite salle, la salle Jean-Claude-Germain. Dès le départ, je suis charmée, j’adore les petites salles de théâtre, je les trouve plus cozy et j’aime le rapprochement qu’elles offrent avec les acteurs. Dès que je m’assois dans la deuxième rangée, je remarque la scène qui semble très large et courte, le fond est près, donc la scène n’offre aucune profondeur, déjà je me dis : il n’y aura pas beaucoup de déplacements et de mouvements lors du spectacle. Ensuite, j’aime regarder ceux qui habitent le public avec moi et j’y aperçois des gens de toutes les branches d’âge, un public très diversifié. Les lumières s’éteignent et le spectacle peut enfin commencer.

Le spectacle

Pour l’avoir lu avant, je connais bien le sujet et les surprises de la pièce, je sais qu’elle offre un contenu très sexuel, même un peu trash. En fait, cette pièce porte sur un sujet tabou, tel que l’inceste, il est important de comprendre qu’à travers la pièce, ce que l’auteure veut démontrer n’est pas que c’est acceptable, mais plutôt comment le sujet est perçu. La misogynie et le harcèlement sont trop accepté, tandis que l’inceste encore refusé, pourtant ce sont deux actes complètement abjectes. c’est plus une observation sur le bon et mauvais perçu par l’humain.

Elle met en scène la fille qui se demande combien, la femme qui a de la misère avec son forfait Illico, l’homme qui dit : « quand c’est rose, c’est beau! », la fille qui compte sur ses doigts, le gars qui a arrêté de calculer, le gars de chez Vidéotron qui cruise des filles en file au McDo et Q-Tips. Ces sept personnages sont placés chacun devant un ruban de papier rappelant un clavier de piano, peint de couleurs vives. Il est important de créer des associations avec les couleurs, car elles offrent des indices sur la nature des personnages. Donc, la pièce commence dans une longue tirade du gars de chez Vidéotron qui cruise des filles en file au McDo qui cruise une fille en file au McDo. Son « cruisage » est intense, sexiste et dégueulasse, le genre de « cruisage » que chaque fille a déjà vécu contre son gré. Il y a forcément un élément de dénonciation dans l’écriture de l’auteure, mais elle joue si bien avec ses sujets qu’elle les rend plus « acceptables ». On rit lors de cette première scène; le gars est tellement pathétique.

Ensuite, s’enchaînent plusieurs scènes des différents personnages féminins chez le gynécologue (l’homme qui dit : « quand c’est rose, c’est beau! »). Elles sont habilement jouées par les acteurs et sont hilarantes. Il y a la fille qui se demande combien qui a peur d’attraper une ITS sur la bol de toilette du bar où elle boit toujours un peu trop; il y a la femme qui a de la misère avec son forfait Illico qui est convaincue d’avoir attrapé une maladie après une relation sexuelle non protégée avec le gars de chez Vidéotron qui cruise des filles en file au McDo une heure après l’acte; il y a la fille qui compte sur ses doigts qui veut une prescription pour la pilule contraceptive (elle n’est pas menstruée, mais vaut mieux prévenir que guérir) qui raconte ses ébats à son médecin et vient mélanger celui-ci avec une histoire de cheval. La pièce évoque des femmes qui découvrent et assument pleinement leur sexualité.

Pour ce qui est du gars qui a arrêté de calculer, il y en a long à dire à son sujet. Premièrement, il était en couple, mais est tout récemment séparé, car il a trompé sa copine qui gère mal la nouvelle; il s’est trouvé une nouvelle compagne, mais cette relation tabou et illégale lui joue dans la tête. Puis, finalement vers les trois quarts de la pièce on apprend qu’il est décédé. Donc, on a devant nous pendant plus de la moitié de la pièce un personnage mort qui occupe une place importante, mais la vérité de son statut est annoncée sur le tard, participant ainsi à la complexité de la pièce.

En plus de ces personnages loufoques aux noms originaux, il y a un narrateur déguisé en dauphin qui lit les didascalies, s’adressant directement au public. Il est assis sur une chaise sur le coin de la scène. Ce personnage a été critiqué, mais je le trouve nécessaire. Premièrement, il rappelle par son costume une discussion entre Q-Tips et le gars qui a arrêté de calculer. Deuxièmement, les didascalies de Marianne Dansereau, pour les avoir lues, sont très bien écrites et sont très drôles. Elles apportent beaucoup d’informations qui ne seraient pas nécessairement visibles vu la mise en scène minimaliste. J’ai bien aimé cet aspect qui brise le quatrième mur et permet comme il me plaît de créer une intimité avec les spectateurs.

La fin

La pièce est courte, d’une durée d’une heure environ, mais c’est une heure de pur divertissement qui passe beaucoup trop vite selon moi. Les lumières s’allument, les acteurs font leur salut plusieurs fois, le public semble comblé et non choqué malgré les sujets crus et tabous de la pièce. Je regarde mon copain qui semble satisfait également. Je suis plus que satisfaite, Marianne Dansereau m’a à nouveau éblouie.

Marianne Dansereau sait comment jouer avec ses personnages et créer des intrigues compliquées et intéressantes. De plus, j’adore l’originalité qui découle de ses textes, le nom des personnages en témoigne à merveille. Du haut de sa vingtaine, elle est une jeune dramaturge à surveiller.

Petit guide des personnages

  • Le gars de chez Vidéotron qui cruise des filles en file au McDo cruise la fille qui compte sur ses doigts.
  • L’homme qui dit : « quand c’est rose, c’est beau! » rencontre dans son cabinet la fille qui se demande combien, la femme qui a de la misère avec son forfait Illico et la fille qui compte sur ses doigts.
  • La femme qui a de la misère avec son forfait Illico a une relation sexuelle non protégée avec le gars de chez Vidéotron qui cruise des filles en file au McDo.
  • La fille qui se demande combien a laissé son chum qui l’a trompée, le gars qui a arrêté de calculer.
  • Le gars qui a arrêté de calculer, un peu après sa rupture, s’est suicidé ou est mort d’une noyade causée par un coma éthylique.
  • La femme qui a de la misère avec son forfait Illico a deux enfants : le gars qui a arrêté de calculer et la fille qui compte sur ses doigts.
  • Le gars qui a arrêté de calculer et la fille qui compte sur ses doigts couchent ensemble.
  • La fille qui compte sur ses doigts est Q-Tips, mais une Q-Tips différente, elle n’a pas le même âge, pas la même apparence physique et est sourde.

Quelle est la pièce de théâtre dont vous gardez le meilleur souvenir?

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« Je crois que s’il y a autant d’opinions que de têtes, il y a aussi autant de façons d’aimer qu’il y a de cœurs. » (Anna Karénine, Tolstoï) Je suis une optimiste de la vie, je crois que tout arrive pour une raison et que le meilleur est toujours à venir. Étudiante en écriture de scenario et création littéraire à l’Université de Montréal, les livres ont toujours fait partie de ma vie. Je suis une amoureuse de la nature, lire au sommet d’une montagne est un idéal pour moi, autant que relaxer dans mon bain un bouquin à la main. Mon programme d’étude m’encourage à me surpasser et me fixer des objectifs, comme celui d’écrire un roman avant mes 25 ans. Le cinéma est également une passion pour moi, me réjouissant sans cesse de films de la nouvelle vague française. Mes deux passions sont donc en parfaite symbiose pour une amoureuse de l’art comme moi.

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