Littérature étrangère
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Un brin de nostalgie avec La Belle Sauvage

La Belle Sauvage, Philip Pullman, La trilogie de la Poussière, Gallimard, Lefilrougelit, Lefilrouge

Quelle merveilleuse surprise que nous réservait Philip Pullman, laquelle fut révélée un peu plus tôt cette année! J’avais mis la trilogie d’À la croisée des mondes bien derrière moi, dissimulée dans un coffre-fort où il me prend trop souvent l’envie de me replonger pour y redécouvrir à nouveau mes trésors d’antan. Cette fois, nul besoin puisque l’auteur de la série jeunesse nous offre une toute nouvelle saga qui s’ancre dans l’univers que nous avons connu auparavant à travers les aventures de Lyra Belacqua. À quoi peut-on s’attendre dans le premier tome de cette nouvelle trilogie, La Belle Sauvage, et ce, autant en tant qu’anciens admirateurs qu’en tant que nouveaux curieux? C’est ce que nous allons voir.

Résumé

Détrompez-vous, Lyra n’est pas la protagoniste principale de ce tout récent fragment d’épopée. Il s’agit plutôt de l’histoire d’un jeune garçon prénommé Malcolm, dont les parents sont propriétaires de l’auberge de la Truite. En fait, c’est précisément en ce lieu que le tout débute. En aidant aux tâches de l’auberge, Malcolm, garçon à l’esprit assez aventurier, avouons-le, a accès à de nombreuses informations vu les voyageurs qui viennent et qui partent. Un soir, un intérêt étrange pour un petit bébé gardé par les nonnes du prieuré du village attise la curiosité du garçon. Pourquoi le bébé semble-t-il si important? Pourquoi la vie de certaines personnes est-elle mise en danger en raison de cette enfant? L’aura de mystère qui entoure l’existence de l’enfant pousse Malcolm dans une quête de vérité. C’est ainsi que nous découvrons l’identité de ce fameux être qui n’est nulle autre que Lyra Belacqua elle-même. Malcolm, qui dès le premier regard se verra épris du bébé, et son acolyte Alice, mettront donc tout en œuvre pour sauver la petite des griffes des malfaiteurs, et ce, au péril de leur propre vie.

Les points faibles

La redondance

Certains lecteurs d’À la croisée des mondes pourraient déceler une certaine redondance dans cette nouvelle œuvre. Effectivement, c’est un périple aussi extraordinaire qui attend nos deux protagonistes principaux. La plume de Pullman offre une aventure faite sur le même cadre, en quelque sorte. Par conséquent, nous pouvons avoir l’impression que l’auteur n’invente rien de nouveau ici. De surcroît, quelques informations en lien avec la Poussière et l’aléthiomètre se répètent d’une série à l’autre.

Le traitement d’Alice

Alors que je me suis rapidement attachée à Malcolm, j’ai eu un peu plus de difficulté avec le personnage d’Alice. J’avais l’étrange impression que l’on assoyait le personnage dans le rôle « traditionnel » de l’adolescente en crise identitaire. En fait, le problème ne réside pas tellement en cela, mais plutôt au fait qu’on ne divulgue pas davantage de renseignements sur son passé, ce qui aurait pu expliquer une personnalité comme la sienne. Elle reste dans l’ombre de Malcolm. Ce qu’on sait d’elle, c’est qu’elle ne se trouve pas jolie, qu’elle a mauvais caractère et qu’elle se laisse embobiner par les premiers venus, notamment par Bonneville et la fée. Bien que j’ai perçu, au fil de ma lecture, le désir de l’auteur de la montrer sous un nouveau jour durant le voyage des deux sauveurs, l’histoire se termine tout de même sur un retour aux vieilles habitudes de l’adolescente.

Les points forts

L’écriture

L’écriture de Pullman en est une très riche et fluide. On ne peut que s’y glisser lentement et suivre le flot des mots, qui coulent à merveille. Rien à voir avec la tempête qui fait rage au sein des pages. Je retrouvais ce pour quoi je m’étais tellement accrochée par le passé. L’auteur anglais est un conteur hors pair, qui sait en dévoiler juste assez pour mettre le lecteur en haleine.

L’approfondissement de la première trilogie

Bien qu’il ne soit pas nécessaire d’avoir lu la première saga pour lire ce nouvel opus, il demeure que La Belle Sauvage apporte moult réponses à des questionnements laissés sans réponses dans les trois romans de la série au succès mondial : À la croisée des mondes. Les origines de Lyra deviennent plus claires alors que nous renouons avec Lord Asriel et Mme Coulter, parents de Lyra. De plus, nous comprenons mieux toute la théorie scientifique qui entoure la Poussière, particule des plus secrètes d’un monde imaginaire. Nous découvrons également d’où vient l’aléthiomètre qui sera, bien plus tard, offert à Lyra. Ce nouveau tome peut vraiment donner le goût aux néophytes de plonger dans la première série. Après tout, même moi, j’ai ressenti cette envie soudaine de relire la série de Lyra, mais cette fois avec une perspective de lecture toute fraîche.

Des thèmes plus crus

À la lumière de ma lecture, j’ai eu cette impression que Pullman savait qu’il s’adressait à un public plus vieux avec cette nouvelle œuvre. Un peu comme s’il prévoyait que son public d’autrefois le suivrait à nouveau dans cette deuxième aventure. C’est peut-être cette façon de penser qui l’a poussé à aborder des thèmes plus crus et sombres tels que le viol, la sexualité, la violence domestique et la mort. Au fil de notre lecture, nous sommes faits témoin des expériences personnelles de ces enfants aux prises avec ces réalités et leurs réactions sont rendues avec une grande crédibilité. Certes, le passage à l’âge adulte était déjà un des thèmes principaux de la première saga, mais même si Pullman revisite cette thématique dans les 530 pages de La Belle Sauvage, elle est abordée avec une certaine urgence d’agir, de grandir malgré soi, ce qui n’était pas nécessairement le cas dans sa première offre.

Gérard Bonneville

Le vilain de l’histoire est à la hauteur de la vilaine d’autrefois, en l’occurrence Mme Coulter. Bon, je dois avouer que j’ai toujours un penchant pour les méchants. Gérard Bonneville est tout à fait effrayant. Son dæmon, une hyène à trois pattes, est très représentatif du tempérament de l’humain qu’il accompagne. Les cris émis par l’hyène, cris s’apparentant davantage à des ricanements, m’ont donné froid dans le dos pendant tout le périple des trois enfants. C’est d’ailleurs précisément ce personnage qui donne à voir les thèmes plus noirs au sein de ce roman.

Je recommande La Belle Sauvage à tous les lecteurs qui ont soif d’aventure, et ce, autant les petits que les grands. L’intelligence et la créativité de Pullman n’ont pas de limites; elles nous permettent à tout un chacun de rêver d’un monde plus grand que nature. Il fait toujours un bien fou de retrouver les bras chauds de nos amours d’antan.

Et vous, quelle est votre belle surprise littéraire de 2017?

Crédit photo : Michaël Corbeil

 

 

 

 

 

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par

Mais qu’importe l’éternité de la damnation à qui a trouvé dans une seconde l’infini de la jouissance?» (Charles Baudelaire, Le Spleen de Paris) Les vers de Baudelaire auront été la source de son épanouissement en tant que bizarroïde de ce monde. La poésie, Marika la vit au quotidien à travers tous les petits plaisirs qui s’offrent à elle. Une grimace partagée avec une fillette dans le métro, la fabrication d’un cerf-volant dans un atelier strictement réservé aux enfants, un musicien de rue interprétant une chanson qui l’avait particulièrement émue par le passé, lui suffisent pour barbouiller le papier des ses pensées les plus intimes. Chaque jour est une nouvelle épopée pour la jeune padawan qu’elle est. Entre deux lectures au parc du coin, un concert au Métropolis et une soirée au Cinéma du Parc pour voir le dernier Wes Anderson, elle est une petite chose pleines d’idées et de tatouages, qui se déplace rapidement en longboard à travers les ruelles de Montréal. Malgré ses airs de gamine, elle se passionne pour la laideur humaine. Elle est à la recherche de la beauté dans tout ce qu’il y a de plus hideux. Elle se joint au Fil Rouge afin de vous plonger dans son univers qui passe des leçons de Star Wars aux crayons de Miron en faisant un détour par la voix rauque de Tom Waits et le petit dernier des Coen. Derrière son écran, elle vous prépare son prochain jet, accompagnée de son grand félin roux, d’une dizaine de romans sur les genoux et d’un trop plein de culture à répandre

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