Littérature québécoise
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Les Pawulscy de Cracovie

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Les romans historiques sont toujours mes préférés. Ils occupent une place privilégiée dans mon cœur de lectrice, et il n’est pas rare que je sorte de la bibliothèque avec une pile d’ouvrages majoritairement composée de romans de ce type. L’un des premiers que j’ai lus, si ma mémoire ne me fait pas défaut, est Les filles de Caleb, d’Arlette Couture (un article sur cette série juste ici). Ensuite, j’ai lu la deuxième série publiée par l’auteure, Ces enfants d’ailleurs. Cette série est divisée en deux tomes, soit Même les oiseaux se sont tus et L’envol des tourterelles. Rares sont les livres qui m’émeuvent autant que ceux-ci l’ont fait, mais ils ont toujours le même effet sur moi, chaque fois que je les relis. Les larmes coulent inévitablement, même après trois lectures.

Une famille plongée dans la tourmente 

Le roman raconte l’histoire de la famille Pawulscy, composée de Tomasz, professeur d’histoire à l’université de Cracovie, et de Zofia, professeure de musique réputée. Jerzy est le fils aîné, suivi d’Élisabeth, de Jan, puis d’Adam, qui naîtra durant la période trouble qu’est la Deuxième Guerre mondiale. Cette famille polonaise est catholique, elle n’est donc pas persécutée comme les Juifs habitant le même quartier. La guerre chamboule tout de même considérablement leurs vies à partir du moment où Jerzy, alors âgé de dix-sept ans, faisant fi de l’interdiction de son père, décide de s’enrôler dans l’armée polonaise. Il laisse derrière lui un père mortifié, mais surtout inquiet, une mère affligée, et des puînés attristés, mais ne comprenant pas encore l’ampleur de la situation. Après le départ de Jerzy, la famille connaît bien d’autres malheurs, dont l’emprisonnement des professeurs de l’université et la réquisition de l’une des chambres de la maison par un officier allemand, Herr Schneider. Dès le moment où il pose les pieds dans la demeure, les Pawulscy commencent à vivre avec une crainte, une retenue et un inconfort constants.

« – Des ventres bien remplis oublient l’ennemi…

Zofia ne termina pas sa phrase, Tomasz lui ayant fait signe de se taire. Elle fut surprise de le voir si prudent dans leur propre maison.

– Nous pouvons quand même parler chez…

– Plus maintenant, Zofia. Nous devons apprendre à nous taire, à faire comprendre nos pensées et à agir. »

Les seuls moments où les Polonais semblent baisser la garde face à cet Allemand, qui s’est immiscé dans leur quotidien de façon encore plus évidente que l’ensemble de l’armée dans la ville de Cracovie, sont lors des soirées où tous se retrouvent pour jouer de la musique. En effet, les Pawulscy sont tous des musiciens très doués et Schneider se joint avec sa flûte au petit orchestre que forme déjà la famille. Cette passion commune constitue une sorte de trêve dans cette maison où l’atmosphère qui règne est plutôt pénible. Cet amour de la musique, que tous les personnages partagent, demeure durant les deux romans. La musique n’est pas seulement un passe-temps, mais une bouée, un souvenir, et un lien qui les unit pour toujours. À la lecture de certains passages, on entend presque les pièces jouées par les héros. On est émus par des coups d’archet que l’on ne voit pas, et des mélodies que l’on n’entend pas. Mais c’est tout comme.

Résistants et résistantes 

Un aspect très intéressant traité à l’intérieur du premier tome est les différentes formes de résistances exercées par les membres de la famille. Pendant que Jerzy combat avec de vraies armes, les autres Pawulscy ne sont pas en reste. Lorsque l’université ferme ses portes, le patriarche décide d’accueillir ses étudiants dans le sous-sol de la maison familiale, malgré les énormes risques que cette manœuvre engendre. Toujours au niveau de l’accès désormais difficile à l’éducation, Élisabeth, qui a été forcée d’abandonner l’école, se promène tout de même un peu partout en ville pour suivre des cours clandestins. Jan, quant à lui, récolte patiemment et illégalement les petits morceaux de charbon qui traînent dans les rues afin de les échanger contre de précieux aliments qu’il partage avec sa sœur. Les parents font partie aussi d’un réseau de courrier clandestin, acheminant des nouvelles et des avertissements un peu partout dans le monde. Ils font tout cela alors qu’ils se trouvent en plein cœur du conflit et qu’un officier allemand habite sous leur toit. C’est une belle référence aux actions qui ont réellement été posées et aux risques qui ont été pris par de braves personnes de l’époque.

Liens uniques

Vivre des épreuves telles que celles vécues par les personnages de ces romans modifie sans contredit les relations qu’ils partagent. Celle entre Jan et Élisabeth est la plus poignante. Ce sont les seuls à continuellement avoir été côte à côte, à toujours avoir été présents lors de leurs trop nombreux traumatismes. Ils connaissent l’autre mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes.

« Il n’avait pas encore réussi à calmer sa peur que déjà il en avait une autre, beaucoup plus souffrante : sa sœur venait de rechuter dans le néant. »

Leur relation si fusionnelle en vient parfois à déplaire à d’autres personnages, qui ont l’impression que tout le soutien qu’ils peuvent bien leur fournir ne sera jamais équivalent à celui qu’ils se procurent mutuellement. Ce point laisse bien voir qu’une grande incompréhension persiste toujours entre des personnages qui ont tous vécu des choses difficiles, mais différentes malgré tout. Tous n’ont pas vécu la même guerre.

D’un continent à l’autre

Ces enfants deviennent ces enfants d’ailleurs, car ils immigrent au Canada, où ils vivent le reste de leur vie. Là, ils sont toujours définis en premier lieu comme étant « les Polaks » ou « ceux avec un drôle d’accent ». On voit alors certains personnages s’attacher de toutes leurs forces à leurs souvenirs et à leurs racines polonaises, alors que d’autres préfèrent laisser leur lourd passé derrière eux et sauter à pieds joints dans leur nouvelle vie. Une chose est sûre, la vie des personnages finit par être changée du tout au tout, mais la guerre ne terminera jamais entièrement, pour certains d’entre eux. C’est l’une des choses qui rend cette série particulièrement intéressante. Elle ne se concentre pas seulement sur les années de guerre, mais aussi sur celles qui suivent.

En terminant, comment parler de ce roman sans mentionner la fin renversante, qui me fait verser des larmes chaque fois, même en pouvant anticiper le choc? C’est certainement une histoire très bien ficelée. Si cela n’était pas déjà suffisamment clair, Ces enfants d’ailleurs est l’une de mes séries préférées, et je recommande à tout le monde de découvrir cette merveille d’Arlette Cousture qui est un peu restée dans l’ombre de son autre grande série à succès.

Avez-vous des suggestions de romans historiques qui ont eu sur vous le même effet que celui-ci a eu sur moi? J’ai un appétit insatiable pour ce genre de livres, et je veux absolument connaître vos coups de cœur pour peut-être, qui sait, les ajouter aux miens.

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Un commentaire

  1. madeleine leblanc says

    L’incontournable Pilliers de la Terre de Ken Follet. Une grosse brique qui vous habite complètement durant sa lecture et même après.

    J’aime

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