Bande dessinée et roman graphique
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Nick Cave à l’état brut

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Il n’est pas surprenant de voir Nick Cave se mêler au domaine de la littérature. Sous mon œil, il demeure l’un des plus grands poètes de notre temps. Loin de moi l’idée de relancer le débat sur le prix Nobel de littérature de Bob Dylan, mais il faut appeler un chat un chat: Nick Cave, artiste d’origine australienne ayant un parcours musical impressionnant depuis les années 70, nous a livré certaines des chansons les plus poétiques depuis que l’humain est en mesure de mettre des paroles sur de la musique. Pas besoin de vous dire que je suis vendue.

Reconnu pour ses ballades narratives au sein desquelles Cave donne vie à des personnages aux prises avec leurs pulsions et leurs contradictions, il est plutôt aisé de repérer les propres angoisses de l’artiste dissimulées sous sa plume. Créateur multidisciplinaire, il a publié plusieurs recueils de poésie ainsi que quelques romans, en plus de participer à l’écriture de scénarios destinés au cinéma. Bref, tout ce que touche Nick Cave se transforme en or, en art… pour ne pas faire de mauvais jeux de mots. Dans cette optique, il était plus que temps qu’un artiste visuel se penche sur le cas de cet être complexe et profond, et sur la vie tumultueuse qu’il a menée, bien souvent à contre-courant. Pour ce genre de projet, personne ne pouvait être plus approprié que Reinhard Kleist, auteur de bandes dessinées, qui se spécialise dans le roman graphique de biographie fictionnelle. Nous lui devons notamment des bandes dessinées portant sur Johnny Cash, Elvis Presley, Fidel Castro et plus récemment, Nick Cave.

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Puiser dans l’oeuvre de l’artiste qu’on met en scène

L’une des forces de l’oeuvre Mercy on Me est sans contredit l’insertion des paroles de certaines des plus grandes chansons de Nick Cave au sein même de l’histoire racontée dans le roman graphique. Cet apport nous plonge directement dans l’intimité, dans le for intérieur du personnage que l’on tente de dévoiler, oui, à travers des pans de sa vie, en commençant par son adolescence à Warracknabeal, mais surtout par le biais des univers narratifs que l’on retrouve dans ses pièces musicales. Le lecteur se retrouve à la frontière séparant la réalité de la fiction. Ce choix, des plus judicieux, nous permet d’entrevoir un Nick Cave fragmenté entre sa carrière musicale, sa vie personnelle et une existence inventée, romancée et fictionnalisée. À la fois, cela donne à voir un être complet de par la reconstitution et la réunion de chacune des parcelles le constituant. Ce faisant, l’homme devient une sorte de légende imparfaite, un géant parmi les hommes, un antihéros cherchant son lieu entre les différentes options des mondes possibles.

Le dessin, une nouvelle vision des refrains

Kleist est un dessinateur qui a le souci des détails. L’évolution des traits faciaux du personnage de Cave, que l’on voit vieillir au fil des pages, prouve la justesse et la minutie que l’artiste visuel accorde à son oeuvre. Quand ce n’est pas la précision qui attire notre œil, c’est le mouvement, car tout explose dans ce roman graphique, tout se passe et se casse dans une seule page. Par conséquent, une deuxième lecture s’impose puisque rien n’est laissé au hasard. On ne feuillette pas ce bijou littéraire, on ne le survole pas, on s’y enfonce tel qu’on le ferait dans un lac profond et mystérieux, à la recherche de tout ce qu’il y a à voir. L’absence de couleur, dans les planches de Mercy on Me, nous rappelle la noirceur omniprésente dans l’imaginaire de Cave tout en jouant sur la dualité entre ombre et lumière caractérisant l’âme de celui qu’on raconte.

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Or, ce qui est particulièrement passionnant avec l’aspect visuel de ce roman graphique, c’est de voir certains des personnages les plus importants de Cave prendre vie sous nos yeux. Je pense, entre autres choses, à Euchrid, personnage principal de And the Ass Saw the Angel, premier roman de celui que l’on surnomme avec raison « Prince of Darkness », que l’on suit de près dans le troisième chapitre de l’oeuvre. Il y a ce dernier, mais on retrouve aussi la femme aimée et assassinée de la magnifique Where the Wild Roses Grow et le terrifiant protagoniste mis en scène dans l’incroyable Red Right Hand, pour ne nommer que ceux-ci. Kleist nous donne le privilège de redécouvrir la richesse des inventions de Cave grâce à la puissance de ses propres esquisses.

Je pourrais continuer ainsi pendant des pages et des pages vu la panoplie des éléments intéressants à analyser dans cette oeuvre. Je pourrais aborder le fait que ce roman graphique est truffé de références littéraires et d’intertextualité. On y décèle notamment des renvois à La métamorphose de Kafka ainsi qu’au Hamlet de Shakespeare. Cependant, je m’arrêterai ici afin de vous encourager à vous laisser emporter par la folie de Cave, que ce soit à travers sa musique, à travers son oeuvre littéraire ou à travers la vision que Kleist a de cet homme plus grand que nature. De toute façon, je ne vois pas ce que je pourrais ajouter pour vous convaincre du génie de l’homme.

Et vous, avez-vous déjà lu une oeuvre qui reprenait la biographie d’un artiste que vous admiriez tout en romançant son parcours?

Crédit photo : Michaël Corbeil

 

 

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Mais qu’importe l’éternité de la damnation à qui a trouvé dans une seconde l’infini de la jouissance?» (Charles Baudelaire, Le Spleen de Paris) Les vers de Baudelaire auront été la source de son épanouissement en tant que bizarroïde de ce monde. La poésie, Marika la vit au quotidien à travers tous les petits plaisirs qui s’offrent à elle. Une grimace partagée avec une fillette dans le métro, la fabrication d’un cerf-volant dans un atelier strictement réservé aux enfants, un musicien de rue interprétant une chanson qui l’avait particulièrement émue par le passé, lui suffisent pour barbouiller le papier des ses pensées les plus intimes. Chaque jour est une nouvelle épopée pour la jeune padawan qu’elle est. Entre deux lectures au parc du coin, un concert au Métropolis et une soirée au Cinéma du Parc pour voir le dernier Wes Anderson, elle est une petite chose pleines d’idées et de tatouages, qui se déplace rapidement en longboard à travers les ruelles de Montréal. Malgré ses airs de gamine, elle se passionne pour la laideur humaine. Elle est à la recherche de la beauté dans tout ce qu’il y a de plus hideux. Elle se joint au Fil Rouge afin de vous plonger dans son univers qui passe des leçons de Star Wars aux crayons de Miron en faisant un détour par la voix rauque de Tom Waits et le petit dernier des Coen. Derrière son écran, elle vous prépare son prochain jet, accompagnée de son grand félin roux, d’une dizaine de romans sur les genoux et d’un trop plein de culture à répandre

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