Littérature québécoise
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18 000 km sur deux roues et dans 27 pays : Le récit du voyage de Jonathan B. Roy dans ses Histoires à dormir dehors

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«Quel besoin est assez puissant pour pousser un jeune homme à quitter son emploi, sa famille et ses amis, à mettre ses possessions en boîte et à partir pédaler de par le monde?» Ces premières lignes du livre Histoires à dormir dehors sont suffisantes pour me mettre l’eau à la bouche. Je dois dire que j’adore lire des récits de voyage et encore plus ceux dont les séjours racontés s’étalent en longueur et en distance, ou qui incluent une dimension sportive, qui est ici celle du vélo. Et je suis servie : le livre raconte l’incroyable périple de Jonathan B. Roy qui, pendant les années 2016 et 2017, parcourt 18 000 km en vélo et traverse 27 pays. Qui est Jonathan B. Roy? Qu’est-ce qui l’a effectivement poussé à partir? Quels sont les obstacles qu’il a rencontrés, les gens qu’il a croisés, les pays qu’il a visités? Le livre Histoires à dormir dehors est le récit de ses aventures, par lui-même et sur un ton personnel investi d’un très beau regard sur le monde. Personnellement, cette lecture m’a charmée, et il y avait réellement de quoi me faire rêver et… me donner envie (« encore », certain.e.s diraient-ils) de partir.

La genèse du projet

S’il est adepte de vélo depuis son adolescence, Jonathan B. Roy n’est pas pour autant un athlète de haut niveau. Le diplômé en droit et en génie se dit tout de même curieux de nature et un backpacker expérimenté, ce qui le pousse, lorsqu’il a trente ans, à laisser momentanément derrière lui sa vie au Québec pour aller pédaler autour du globe. La volonté de partir pour une longue durée provient du désir qu’il a de savourer réellement le voyage, puisque avoir du temps est ce qu’il qualifie de luxe, qui lui permet de modifier aisément ses plans et de faire ce qu’il veut selon les aléas des rencontres et des événements. Quant au vélo, c’est un moyen de transport qu’il dit idéal, parce qu’il peut avec lui parcourir le territoire qui se trouve «entre» les destinations touristiques, ce qui lui permet d’aller plus facilement à la rencontre des gens, ce qu’il souhaite ardemment. L’objectif de son voyage n’est ainsi pas tant la prouesse physique que l’aspect humain, bien qu’il faille visiblement à ce globe-trotter sur deux roues de l’endurance et du courage — courage dont il ne prend pas les mérites, le définissant plutôt comme «un muscle» qu’il suffit d’entraîner.

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Le projet lui trotte dans la tête plusieurs années avant qu’il ne le réalise concrètement. Dans le touchant prologue de son livre, il raconte comment c’est le décès de sa mère qui est l’élément déclencheur de la mise en branle réelle de son voyage. À force d’attendre, on peut tout manquer, s’aperçoit-il, et cette prise de conscience a un effet choc sur lui. Celle-ci l’oblige à commencer la préparation concrète de son périple et à mettre ses peurs et ses doutes de côté.

«La décision de quitter son confort et tout ce qui est familier n’est facile pour personne. Elle ne l’a certainement pas été pour moi; j’ai pensé à mon projet pendant des années avant de me décider. […] S’il n’y a jamais de moment idéal pour partir, celui-ci peut néanmoins se préparer. Certes, on voudra toujours mettre plus d’argent de côté, prendre davantage de temps pour s’organiser ou se mettre plus en forme. Mais le plus difficile, c’est de faire le premier pas vers le changement.» (p. 257)

Son voyage, qui s’étire sur quatorze mois, n’était pas initialement de cette longueur. Au début, explique-t-il, il pensait partir sept mois, depuis l’Angleterre jusqu’à la Chine — projet tout de même ambitieux pour celui qui craignait de ne pas réussir à franchir les deux premières semaines. Le récit qu’il en fait, après coup et une fois ses incertitudes révélées, est plutôt celui d’un voyage qui dépasse tous les plans planifiés : quatorze mois de vélo, de camping dans sa tente (mais aussi d’invitations spontanées de repas et d’hébergement), d’anecdotes, de sentiers magnifiques ou moins praticables, d’histoires de visa, de moments d’intense chaleur comme de froid, de paysages fantasmagoriques (photos à l’appui!), de déluges, de familles accueillantes, etc. Puis, à l’issue de ces mois, un moment d’arrêt s’impose, et il rejoint Kuala Lumpur en Malaisie, où il se voit offrir un contrat de travail. Puis, la fin du livre laisse présager le retour du cycliste sur les routes, ce qui est, bien sûr, presque inévitable pour ce mordu d’aventures qui ne tient pas en place bien longtemps.

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Le récit de son voyage dans Histoires à dormir dehors

Je crois sincèrement que la manière dont Jonathan B. Roy a décidé de livrer le récit de son voyage est la bonne, la meilleure qui soit. Les témoignages qu’il fait sont sincères, touchants et teintés d’un regard sur le monde qui est vrai, beau, voire émerveillé, mais pas idéalisé. C’est la réalité du monde qu’il nous raconte au fil des pages de son livre. En ce sens, l’écriture laisse parfois voir un sentiment d’inconfort ou de douleur qu’il assume, que ce soit face au passé violent de certaines villes, dont il relate certains faits de manière plus historique, ou par la constitution de son identité touristique blanche et favorisée, dont il a conscience. Le résultat est un récit personnel, riche et tout en nuances, agrémenté de photos magnifiques qui m’ont laissée à plusieurs reprises ébahie. Je pense que le désir qui sous-tend le voyage de Jonathan B. Roy, qui est de voir le monde autrement et d’aller à la rencontre des gens de manière authentique, est très bien transmis dans ce livre, qui laisse voir toute la beauté du monde et des gens. Ses réflexions, qui démontrent les immenses transformations positives que son voyage a entraînées sur lui, sont aussi tournées vers ce qui l’entoure, vers le souhait d’un monde meilleur dans lequel les frontières des différences seraient abolies, puisque les humains, constate-t-il, sont en fait tous pareils, partout.

«En cette époque de murs, réels ou psychologiques, je me demande sincèrement si la véritable identité entre les humains ne passera pas, un jour lointain, par l’abolition de ce concept inventé que sont les frontières. La première étape de cette utopie serait sans doute de laisser tomber ses barrières intérieures et d’accepter les différences.

J’ai d’ailleurs senti mon propre horizon mental s’élargir pendant que j’avançais dans ces vastes paysages. J’ai gagné en confiance, perdu en stress. Le voyage m’a fait comprendre que certaines choses se contrôlent et d’autres pas. J’ai fait quelques pas le long de cette lente progression qui mène de la naïveté à la sagesse.

En transportant ma vie dans quelques sacs, j’ai appris à mieux apprécier le peu que je possédais. On n’a pas besoin de beaucoup pour être heureux.» (p. 259)

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Personnellement, j’ai adoré la lecture de ce récit de voyage, qui a donné — si cela est possible! — encore plus d’ardeur à mes envies de partir de nouveau, plus longtemps et plus loin. C’est que Histoires à dormir dehors réussit à raconter avec justesse et enthousiasme ce qui en pousse plusieurs à voyager et ce qui nous comble lors de ces périples, c’est-à-dire un «je-ne-sais-quoi» d’incroyable qui advient lors du contact avec de nouveaux endroits et paysages, lors du hasard des rencontres avec d’autres (locaux comme voyageurs expérimentés), et ce qu’il provoque de transformations profondes, ainsi que la liberté qu’il amène. Ce livre est une ode magnifique aux longs voyages, à la découverte, à l’aventure et au dépassement de soi, qui vaut la peine d’être lu par tous les voyageurs ou aspirants, ou simplement les rêveurs.

Pour suivre Jonathan B. Roy dans ses périples

Avant d’être un livre, les aventures de Jonathan B. Roy étaient relatées sur son blogue, qu’il continue d’alimenter de la suite de ses aventures — puisque depuis, il n’a cessé de repartir sur les routes. Enrichi de vidéos, de témoignages et de billets de nature plus explicative (comment il choisit son équipement, comment il réussit à voyager sans se ruiner), le blogue est extrêmement intéressant. Tout comme son livre, ses chroniques sont livrées avec grande humanité et avec une proximité sincère avec le public (par exemple, il ne cache pas ses multiples essais pour tourner certaines scènes de ses vidéos et ne montre pas seulement le «bon» côté des choses). Pour l’humour, la simplicité et la richesse de son contenu, je vous invite à le suivre.

Pour son blog, c’est par ici.

Pour un aperçu de son projet, il y a une chouette vidéo de présentation ici.

Pour quelques capsules vidéo humoristiques, c’est ici.

Y a-t-il des livres qui vous font rêver de voyages et d’aventures?

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Décidément, Marion est une fille occupée. Si elle ne se trouve pas le nez devant son ordinateur quelque part à l’UQAM, concentrée sur son projet de maîtrise, on peut la trouver dans le rayon des albums jeunesses de la bibliothèque, au centre sportif où elle s’entraîne régulièrement à la course, à l’épicerie bio près de chez elle où elle s’approvisionne en fruits et en produits santé, en train d’écrire une nouvelle pour son blogue, chez ses bonnes amies à rigoler, dans sa chambre à pianoter sur son piano ou à rêvasser de futurs projets de voyage. Hyper-disciplinée et perfectionniste, cette passionnée de littérature ne se verrait pas vivre sans Harry Potter, les carnets de notes, la nature automnale et le gâteau au chocolat. Si vous êtes chanceux, vous la verrez sans doute passer, mais dépêchez-vous, car elle marche très vite!

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