Poésie et théâtre
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Chansons pour filles et garçons disparus : un hymne à la poésie québécoise

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Dernièrement, j’ai été invité à une pièce de théâtre. J’y suis allé à l’aveuglette, ne sachant pas à quoi m’attendre. Je dois l’avouer, quand j’ai vu que le spectacle durait plus de trois heures, j’ai eu mes réticences. Je me suis dit que c’était beaucoup trop long et que j’allais décrocher. J’avais tort, mais tellement tort. Le spectacle a passé tellement vite et il n’y a pas eu une seconde où je me suis dit : « j’ai hâte que ça finisse ».

Un joyeux chaos poétique

Dans les médias, on décrit la pièce comme un joyeux chaos poétique et il n’y a sans doute pas meilleure description pour expliquer ce que j’ai vécu. La pièce, conçue par Loui Mauffette, s’inspire de ses souvenirs d’enfance et de ceux de son père, Guy Mauffette, animateur de radio. Avec une mise en scène de Benoit Landry, elle est jouée notablement par Nathalie Breuer, Kathleen Fortin, Émilie Gilbert, Roger La Rue, Pierre Lebeau, Jean-Simon Leduc, Gabriel Lemire, Macha Limonchik, Mylène Mackay, Catherine Paquin Béchard, Jean-Philippe Perras, Adèle Reinhardt et Marie-Jo Thério.

La pièce s’inspire de Poésie, sandwichs et autres soirs qui penchent, créée en 2006 également par Mauffette. Elle se résume en un gros party poétique où les barrières entre comédiens et spectateurs sont baissées le temps de s’amuser et d’apprécier celles et ceux qui ont marqué la poésie québécoise.

Crédit: Valérie Remise
La jeune fille et la lune de Claude Gauvreau

 

 

 

 

 

Un cirque lettré

La scène, qui n’en est pas réellement une, est au centre de la cinquième salle de la Place des Arts. Les spectateurs forment un ‘’U’’ autour d’elle. Au centre se trouve un énorme bac à sable, au bout, un grand piano à queue en bois et à l’opposé, une chaise de sauveteur de plage. On y retrouve des miroirs, des lumières suspendues, des petits bancs entourant le bac à sable, où les comédiens marcheront et s’assoiront. Le tout me rappelle un cirque, un cirque qui deviendra littéraire. Les acteurs, texte en main, vont réciter de la poésie québécoise pendant trois heures, au grand bonheur de mes oreilles attentives.

Un hommage à la poésie d’ici

Un grand défi pour célébrer les 50 ans du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, où la pièce fut précédemment mise en scène, est de présenter uniquement des textes québécois. Je trouve que Mauffette a bien relevé le défi en présentant des poètes modernes et anciens, femmes et hommes. Plus d’une quarantaine de poèmes sont présentés, allant de Claude Gauvreau à Simon Boulerice, de Gaston Miron à Marjolaine Beauchamps, d’Émile Nelligan à Josée Yvon, de Dédé Fortin à Evelyne de la Chenelière, de Jean-Paul Daoust à Geneviève Desrosiers, de Leonard Cohen à Lisa Leblanc, et j’en passe. Les choix sont riches, mélangeant les thèmes, les styles, les mouvements, les genres, créant ainsi un amalgame littéraire.

Crédit: Valérie Remise
Ode Voluptueuse de Jean-Paul Daoust

 

 

 

 

 

 

 

Un manège émotif

Le spectacle est riche. Certains poèmes nous font rire, d’autres nous font pleurer. Plusieurs émotions nous traversent le corps durant ces trois heures de spectacle et c’est à ce moment qu’on se rend compte de la puissance des mots, de la puissance que certains poèmes ont sur leurs lecteurs. Les comédiens explorent habilement les mots des autres et font vivre leur beauté. C’est un spectacle vibrant où l’ennui n’est jamais présent. C’est un spectacle remarquable qui m’a éblouie et à la suite duquel je suis restée déphasée pendant plusieurs jours.

Comme mentionné dans une critique de La Presse, « [c]’est un spectacle anti-cynisme où on fait beaucoup de place au rêve. Car nous sommes tous des filles et des garçons désorientés, qui cherchent l’absolu et qui sont en recherche constante de leur enfance. » Le spectacle est intime et éruptif.

Crédit: Valérie Remise

 

 

 

 

 

 

Une partie de mon poème préféré de la soirée:

Mais qu’est-ce donc qui me chatouille?
Les lianes charnelles agonisent dans les vapeurs de chaux de la vie.
Exclamation! Exclamation! je perds ta trace.
Hep! Hep! Torture dans l’anéantissement!
Pourquoi voulez-vous que je revive?
Étincelles dans les gouffres inarticulés, pourquoi venez-vous me faire tressaillir dans mon silence comme le cuisinier qui pique la saucisse avec les deux dents de sa fourchette?
Des grappes de vie sans pitié ont infiltré leurs ventres ronds dans la pesanteur de mon repos et je sens sur ma chair à côté des veines glacées les reflets bleus de leur chatouillement sucré.
Mais quoi? Mais quoi?
On me réveille par la torture.
Je dors. Je dors. Je veux dormir.
Le vomissement de la ville s’est englouti dans la débâcle marine et il n’y a plus de vie.
Où est la vie?

Et vous, quelle pièce de théâtre vous a chamboulé?

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