Littérature québécoise
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Au hasard des lectures : La pomme de Justine, et L’albatros et la mésange

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Mon premier m’a fait de l’œil dans une librairie d’occasion. Il s’agissait d’un titre de la collection Titan + que je n’avais toujours pas lu, publié en 2013 : La pomme de Justine de Valérie Harvey. Je l’ai amené pour le lire en vacances. Mon deuxième est le petit dernier d’une autrice que je lis depuis mon enfance, qui m’attendait dans ma boîte aux lettres à Montréal : L’albatros et la mésange de Dominique Demers. Mon tout est la coïncidence de deux lectures subséquentes qui se ressemblent, se parlent et se répondent, dans la forme comme dans les thèmes abordés. Elles seront le sujet de mon article et je les aborderai d’une même voix.

La rencontre des opposés

Au début de La pomme de Justine, on rencontre cette jeune fille de 18 ans qui travaille pour l’été comme guide touristique dans un parc naturel. Pleine de vie et passionnée de plein air, elle sort toutefois d’une relation amoureuse difficile et tente de prendre la vie comme elle vient. Il y a aussi Alexandre, un jeune professeur de littérature de 28 ans qui loue un chalet à ce même parc pendant quelques mois. Tout juste sorti d’une profonde dépression à la suite de fausses accusations d’agression sexuelle, il tente de remonter la pente et de reprendre confiance en lui, en les femmes et en la vie. Les deux personnages vont se rencontrer et, malgré l’écart d’âge et leurs personnalités différentes, vont devenir amis, puis amoureux. Mais le principal enjeu reste surtout la légitimité de leur amour l’un pour l’autre, puisqu’au moment où Alexandre devient le professeur de cégep de Justine, tout se complique. L’histoire très touchante est celle de deux personnes qui s’aiment furieusement, malgré la différence d’âge et le regard des autres.

Dans L’albatros et la mésange, il y a Mélodie, une jeune fille de 17 ans qui vit seule avec sa mère. Étudiante de cinquième secondaire dans un programme enrichi et sportive de haut niveau, elle effectue un stage dans la garderie fondée par la mère de Jean-Baptiste. Celui-ci ne pourrait être plus différent d’elle : habitant avec une famille nombreuse très catholique, il est un « zèbre », c’est-à-dire une personne hors-norme, surdouée et intense. Passionné par l’éthologie, il passe souvent pour le weird de service et souffre de sa différence. Il rencontre Mélodie, d’abord par hasard, puis à la garderie de sa mère, et d’une belle amitié va naître l’amour, alors qu’ils réussissent à s’apprivoiser.

Les deux romans posent ainsi des trames narratives plutôt semblables. Dans les deux cas, des personnages que tout oppose apprennent à se connaître, à se faire confiance et tombent finalement amoureux. La méthode employée par les deux autrices pour illustrer à la fois les différences et les rapprochements entre les protagonistes est celle de la narration alternée. Ainsi, les personnages prennent chacun leur tour la parole et expriment, à partir de leur point de vue, leur vision personnelle. J’avoue que j’aime particulièrement cette façon de faire. J’aime pouvoir me retrouver dans la tête de chacun des personnages pour déceler leurs sentiments, leur perception du monde et leur évolution. Cette narration permet aussi de rejoindre plus exactement la sensibilité de chacun. Bien sûr, impossible par là de garder le moindre punch : c’est sûr que les deux personnages deviennent un couple!

Ce que m’a amené la lecture subséquente des romans 

De fortes similitudes, donc, s’instituent entre les deux romans en ce qui a trait à l’histoire et à la narration alternée. Néanmoins, les traitements respectifs que font les autrices de cette recette divergent, tout comme les personnages de chacune des œuvres demeurent uniques. Mais puisque le hasard m’a amenée à lire les deux livres l’un après l’autre, parlons de mes impressions de lecture.

J’ai trouvé que le livre de Valérie Harvey était plus abouti et moins frileux que celui de Dominique Demers. La narration alternée nous laisse de longs moments avec chacun des personnages, l’écriture est franche et honnête, et le ton juste. Pour ce qui est des thèmes, ils sont originaux et leur traitement, mature. Dominique Demers, même si les thèmes qu’elle aborde ont leur intérêt et leur place – le viol, la religion, la surdouance –, m’a paru un peu éparpillée. Quant à son écriture, elle est très évocatrice, mais parfois un peu fleur bleue, enfantine et moralisatrice. J’ai aussi moins cru aux personnages de Demers, bien qu’ils soient attachant, peut-être parce que les chapitres qui leur sont attribués sont très courts, ce qui laisse peu de temps pour vraiment entrer dans leur tête. Ces détails ne m’ont pas empêchée de lire le roman d’une traite et de l’apprécier, mais j’avais parfois l’impression d’être prise par la main comme un enfant.

De ce fait, même si les personnages des deux romans oscillent sensiblement autour des mêmes âges, j’ai trouvé le roman de Harvey – destiné explicitement aux adolescents par la collection dans laquelle il est publié – beaucoup plus convaincant. Le roman parle vraiment au public auquel il se destine et cela se voit dans la manière dont les personnages s’expriment et réagissent aux situations. Je l’ai trouvé plus crédible et les personnages, plus authentiques. Quant à lui, le roman de Demers ne s’adresse pas spécifiquement aux adolescents, dans une volonté explicite de rejoindre un plus large public, mais cela m’a semblé être une des lacunes de l’œuvre. En effet, j’ai eu l’impression que le roman, de cette façon, manquait quelque peu d’ancrage et qu’il hésitait entre les tons ou le vocabulaire à prendre, surtout dans la représentation qui est faite de certains sujets.

En conclusion…

Finalement, à l’issue de mes réflexions, quoi dire de ces deux livres similaires? Je dirais d’abord que ce n’est pas parce que des livres parlent des mêmes thèmes et qu’ils utilisent une forme narrative semblable qu’ils sont pour autant pareils. Les deux romans m’ont plu pour des raisons différentes et m’ont permis de vivre des bons moments de lecture. Et finalement, ce hasard de lecture m’a permis de faire jaillir un autre type de réflexion et de me pencher sur d’autres aspects du livre, que ce soit la construction des personnages, le rythme de la narration et le style propre à chaque autrice. Et quant aux deux romans, ensemble ou séparés, il n’en demeure pas moins que je vous les recommande.

Et vous, quelles ont été vos lectures de vacances?

Je voudrais remercier les éditions Québec Amérique pour le service de presse de L’albatros et la mésange.

 

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