Auteur : Frédérique Lévesque

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Réconfort dans la plume de Tove Jansson

J’épluchais les nouveautés dans une petite librairie indépendante et je suis tombée sur L’art de voyager léger et autres nouvelles de Tove Jansson. La couverture du recueil m’était tombée dans l’œil : l’autrice elle-même, portant un bandeau de fleurs, se baigne nue dans une eau grise. En arrière-plan, un petit chalet. L’image est surprenante, mais le calme qu’elle dégage la rend aussi très apaisante. C’est bien le reflet de ce que j’ai retrouvé à l’intérieur du livre. La découverte d’une autrice Née en 1914, Tove Jansson est d’origine finlandaise. Ces deux éléments biographiques sont importants pour saisir le cadre spatio-temporel et les sujets touchés dans les quinze nouvelles composant le recueil. À noter que, si moi je l’ai découverte avec ce recueil, l’autrice est assez connue dans le milieu littéraire. D’ailleurs, si vous aimez l’écriture de Julie Delporte, vous ne devriez pas être en reste, parce qu’elle s’en inspire beaucoup. Les histoires du livre m’ont dépaysée un brin, les pays européens sont pourtant un lieu fréquent dans la littérature que je consomme. On réalise tôt, sous la …

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Habiter la nuit

Jusqu’à 24h/24 La nuit se lève, je n’avais jamais lu de documentaire de ma vie. Cependant, j’affectionne la photo surtout lorsqu’on la retrouve contextualisée dans les pages d’un livre, et la thématique de la nuit m’a charmée avant même d’ouvrir l’ouvrage. Aussi, depuis ma lecture du roman de Martine Delvaux sur l’œuvre de Nan Golding la photographe, j’ai développé un intérêt pour les mélanges photos-textes et surtout pour les idées inédites qui en ressortent. Dénicher 24h/24 La nuit se lève, et en être ravie Donc, c’est en fouillant sur le site web d’Héliotrope, la maison d’édition, que je suis tombée sur cette pièce extraordinaire – dans le sens littéral du terme qui sort de l’ordinaire -, dans la section Beaux livres. Et en effet, lorsque je l’ai sorti de son rayon à la bibliothèque, le livre m’a rappelé qu’il n’est pas comme les autres : il est énorme… et c’est bien ainsi. Cela rend hommage au travail photographique de Marie-Reine Mattera et d’Emmanuel Joly. Ces deux photographes qui ont appris en France, mais qui sont bien connus …

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Les coulisses de la littérature aux Correspondances d’Eastman

J’ai eu l’immense bonheur de couvrir les Correspondances d’Eastman pour leur 16ème édition, portant le thème « Les coulisses de la littérature ». J’avais en tête le doux souvenir d’un après-midi d’été passé là-bas en 2011 avec ma mère. Nous nous promenions dans le parc près du théâtre de la Marjolaine et avions écrit des lettres à de purs inconnus selon notre inspiration du moment. Un concept (quelque peu) farfelu Cette année, je me voyais déjà profiter d’une manière bien différente des correspondances en m’y impliquant davantage : la programmation était tentante et la thématique intrigante se laisserait manipuler, ai-je pensé, par chacune et chacun des écrivain.es invité.es. La porte-parole de cette édition, Stéphanie Boulay musicienne et écrivaine, était un autre élément qui stimulait chez moi la hâte de m’y rendre! Le concept est agréable, bien pensé et un peu farfelu : le village devient un paysage aménagé pour recevoir les lecteurs et lectrices ainsi que les écrivains et écrivaines qui sommeillent en chacun de nous. Des boîtes aux lettres sont dispersées dans les rues et près des parcs, dans …

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Le pamplemousse de Maude Bergeron

Certains ou certaines d’entre vous auront probablement déjà eu l’occasion de tomber sur les illustrations féministes et inclusives de Les folies passagères, projet tout droit sorti de la tête de Maude Bergeron. Pour ma part, c’est en suivant cette dessinatrice engagée que j’ai eu vent de Pamplemousse, son premier roman, qu’on pourrait aussi qualifier de livre illustré. Des sujets sensibles La curiosité et l’envie de soutenir dans son travail la talentueuse illustratrice m’ont poussée à acheter, avec ma sœur, ce petit bouquet de feuilles auto-publié et en vente sur Etsy. Je l’ai reçu quelques jours après ma commande avec une dédicace, ainsi qu’un signet représentant la diversité des corps féminins. Quoi demander de mieux comme préambule? Il n’est pas étonnant de constater que Maude Bergeron sait écrire sur les tabous sociétaux qui sont souvent aussi des enjeux féministes (les menstruations, les problèmes mentaux, la pilosité du corps, les relations amoureuses malsaines, etc.), puisque des textes sont souvent joints à ses illustrations publiées sur les réseaux sociaux. Cette fois-ci cependant, le propos devient très intime, très personnel …

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Frida Kahlo : La gran ocultadora

Après avoir vu sa biographie réalisée pour le cinéma par Julie Taymor, où l’artiste m’a été présentée, après l’écoute d’un documentaire sur elle réalisé par Amy Stechler, après avoir mis la main sur tout ce que je trouve d’elle dans les friperies, me voilà à chercher son journal intime dans tout Montréal pour le lire. Il n’est plus sur le marché et ne peut donc être acheté qu’usagé, et il est quasi impossible de le louer en bibliothèque. Ce journal n’était d’ailleurs pas destiné au public, contrairement à un bon nombre de ses peintures, et ne peut donc pas porter le qualificatif d’autoportrait, nous rappellera d’ailleurs Carlos Fuentes dans son introduction du Journal de Frida Kahlo. Est-ce aller trop loin que de vouloir éplucher les pages rédigées de la main de Frida dans son intimité? Peut-être… mais je n’ai su tout cela qu’une fois le livre ouvert sur mes genoux, dans la tranquillité d’un après-midi d’été. Alors tant pis. Le journal Le journal, récupéré presque entièrement (certaines pages ont été arrachées pour une raison ignorée …

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Dans un corps de grosse

Je vise la brièveté pour cet article, car le livre dont il est question ici se dévore littéralement. Je n’ai donc pas l’ambition de le décrire en long et en large. Cet ouvrage m’apparaît important dans une ère, et on l’a déjà dit et redit, où la perfection standardisée du corps des femmes (voir de la femme) est le modèle proposé. Je vous suggère de lire ce récit avec sensibilité. Lynda Dion se présente Lynda Dion : femme adulte, blanche, occidentale et grosse. Surtout grosse. C’est à travers ce mot, tantôt insulte, tantôt simple constat, que Lynda Dion planchera pour créer cette autofiction prenante. Elle amène le lecteur dans ses pensées les plus sombres, dans ses soirées de gourmandise aux allures d’autopunition, dans ses rencontres chez le psy et même en plein cœur de son processus littéraire dont le roman lui-même est l’aboutissement.  L’impression qui se dégage de la plume autant que de la mise en forme du récit, à savoir une prose dépourvue de ponctuation et séparée en petits paragraphes, est de lire le journal intime de l’écrivaine. Ce regard excessivement …

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Nan Goldin. Guerrière et gorgone : récit photographique

L’œuvre photographique de Nan Goldin aura tôt fait de me conquérir. Un visuel qui peut brusquer par sa franchise, c’est la réalité sans filtre qui émane des portraits, paysages et scènes de vie que l’artiste aura sélectionnés pour créer expositions et recueils. La photographe américaine issue de la middle-class de Washington, où elle grandit dans les années 50, saisit son appareil photo dès l’adolescence et ne s’en sépare plus. Il s’agit pour elle d’un besoin vital de collectionner les instants représentatifs de son quotidien assez houleux. De son côté, Martine Delvaux est une écrivaine québécoise féministe contemporaine, connue du public à travers quatre romans et deux essais. Qu’ont à voir ces deux femmes ensemble? Pas grand-chose et beaucoup à la fois. Nan Goldin et la souffrance Martine Delvaux se décrit dans son essai Nan Goldin. Guerrière et gorgone comme une admiratrice de Nan; elle fut inspirée par la photographe qu’elle dit regarder métaphoriquement en contre-plongée. Comme Goldin, je suis une fille du Nord, une fille de l’Amérique froide et métallique, des gratte-ciel immenses et des banlieues miniatures, des choses créées de nulle part et d’autres …

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Hôtel Lonely Hearts : Les dessous de Montréal

Il y a de ces livres qu’on choisit pour leur couverture. Ce fut le cas pour Hôtel Lonely Hearts : je ne connaissais ni l’auteure, ni la trame narrative du roman. Le premier chapitre m’a tout de suite sortie de mes habitudes littéraires pour plusieurs raisons, et cet effet demeura tout au long du récit. D’abord, le roman est écrit par une femme québécoise anglophone, ce qui, d’emblée, est une première exploration pour moi. Ensuite, les personnalités très excentriques des personnages m’ont déstabilisée. Finalement, l’époque dans laquelle prend place l’histoire, le Montréal des Années Folles et de la Grande Dépression, m’était plutôt inconnue point de vue lecture.  Montréal crasse Bienvenue dans le monde naïf, désillusoire, choquant et plein d’humour de Heather O’Neill, que Dominique Fortier, elle-même romancière notable, nous traduit de l’anglais vers le français. On y découvre Montréal sous son jour le plus sombre, au détour de ses ruelles et à travers les yeux de ceux que la ville a rejetés. Il est étrange, donc, que malgré le plongeon tête première dans la prostitution, les …

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Rencontres littéraires au 5 à 7 des auteurs de la Montérégie

La Rive-Sud de Montréal accueillait ce mercredi 11 avril quelques-uns des plus grands auteurs du Québec et j’étais parmi les invités. L’événement était une soirée bénéfice pour soutenir les activités de l’Association des auteurs de la Montérégie. Cette dernière vise,  entre autres, à faire connaître les auteurs de la région et à stimuler la vie littéraire de la Montérégie. J’en ai donc profité pour discuter de littérature avec ceux qui contribuent à sa vivacité au Québec – à mon grand plaisir. Mots et bouchées Le format du cocktail dînatoire demeure une valeur sûre pour favoriser les échanges et les nouvelles rencontres. Ainsi, c’est dans la Maison de la culture de Longueuil, verre de vin à la main, que chacun et chacune allaient vers les différents écrivains présents ce soir-là. Durant la soirée, il y avait simultanément des speed-dating littéraires avec les auteurs, des prises de photos Polaroid et un encan des livres favoris des écrivains et écrivaines présents, directement sélectionnés dans leur bibliothèque personnelle. Dès le départ, tous se heurtent à la malheureuse nouvelle : Kim Thúy …

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Le goût d’aimer

Dans ce roman, au détour de chaque page on s’enfarge, on relit, on ferme les yeux pour méditer sur une phrase, l’usage d’un mot, sa signification. Christian Bobin a réussi à faire de La plus que vive un recueil de citations sur la vie, la mort, l’amour. Et pourtant, ce n’est pas du tout, avouons-le, une mince affaire. Même aujourd’hui je ne peux t’imaginer autrement que réfractaire, échappée, ton cœur fuyant dans la lumière. Je t’ai toujours sue inaccessible même dans la plus claire proximité. Je t’ai aimée dans ce savoir. L’éloge de l’authenticité Genre de biographie non linéaire sur une femme connue de l’auteur, on n’entre finalement jamais dans le détail. En fait, il s’agit de l’étalement de ce que cette Ghislaine signifiait pour l’auteur. Signifi-ait parce qu’en fait, Ghislaine décède à quarante-quatre ans. Et ce drame, élément déclencheur de l’écriture du roman, devient dans La plus que vive une raison d’évoquer les plus belles choses de la vie. Avec ce livre, on prend conscience de l’importance des moments ordinaires, anodins, puisque ce sont …