Littérature québécoise
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Apocalypse 2.0: une fille pas trop poussiéreuse

Une fille pas trop poussiéreuse

« Tout le monde meurt tout le temps, mais encore plus depuis la fin du monde. » (p. 11)

Depuis que je suis toute petite, j’ai toujours aimé les univers post apocalyptiques. J’ai même eu un ex (un peu trop crack-pot, par contre) qui me racontait ses plans de bunkers en prévision d’une fin du monde potentielle. Je n’ai jamais été vraiment d’accord avec ça, par contre: moi, si le monde implosait et que la vie telle que nous la connaissions se terminait, je ne m’enfermerais pas dans un bunker. J’irais dehors et je m’adapterais (ou pas). Tant qu’à mourir et à voir tous mes proches disparaître, aussi bien que ça dure le moins longtemps possible…

Le livre Une fille pas trop poussiéreuse de Matthieu Simard raconte justement une fin du monde 2.0 qui s’étire sur quatre longues années pour le protagoniste. On n’y trouve rien des grands classiques du mythe de l’apocalypse: il n’y a pas d’anges qui descendent du ciel, pas de trompettes, pas de grêle de sauterelles.

Juste une grosse couche de poussière grise et épaisse.

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Le début de la fin

L’apocalypse s’est amorcée par ce que beaucoup disent aujourd’hui, en rigolant, être la « fin du monde »: il n’y avait plus de wifi, plus d’électricité, plus de réseau, plus d’internet. La vraie catastrophe, hein? Alors tout le monde s’est retrouvé seul dans son existence anéantie, perdu, sans savoir quoi faire.

Au début, les gens ont fait le party. Ils ont bu tout l’alcool, vidé les dépanneurs et les SAQ et ils ont fait de gros feux de joie. Enfin quelque chose pour briser la monotonie!

« Quand tout existait encore, nous n’avions pas osé espérer la fin du monde, ç’aurait été indécent. Mais quand elle est arrivée, nous nous sommes permis un soupçon de soulagement, comme si avec la majorité de ce que nous connaissions disparaissait aussi la majorité de nos soucis. » (p. 73)

C’est après que ça s’est gâté. Après, la nourriture s’est fait plus rare. Les maisons et les magasins étaient pillés. Il n’y avait plus d’eau courante. Les voitures n’avaient plus d’essence et les pompes ne fonctionnaient plus. Les gens sont tombés malades et ont dû faire face au fait que c’était bel et bien la fin du monde. Mais, surtout, ils ont dû faire face au fait qu’ils n’avaient aucune idée de la cause de cette apocalypse.

« Chérie, fais-moi l’indifférence. »

« La fin du monde a ça de curieux: elle nous confronte à nous-mêmes, comme un miroir qui ne cesse de craquer, et nous finissons par ne voir que nos défauts d’avant, tous les travers des enfants gâtés que nous étions, toutes les fissures dans le confort que nous n’avons plus, le mauvais et le laid que nous étalions dans chaque geste écourté, nos manies modernes qui nous poussaient à vouloir tout voir le moins longtemps possible, veni vodi selfi. » (p. 15-16)

À travers son récit d’apocalypse, Matthieu Simard nous ramène à des questions bien réelles d’existentialisme et de matérialisme. En confrontant notre quotidien à la menace hypothétique d’une fin du monde, il nous jette en pleine face le vide de nos existences, la vanité de nos comportements et surtout, la futilité des choses que nous considérons pourtant comme « essentielles ». Il nous pointe du doigt ce que nous serions sans cette « connexion » que nous sommes habitués d’avoir, la connexion aux autres, mais aussi au savoir accessible du bout du doigt. À coups de «OK Google» ou de recherches en ligne, nous avons accès à toutes les informations que nous désirons, en à peine quelques secondes.

Prenez un instant pour vous imaginer perdre cet accès de façon permanente. Plus moyen de savoir comment va mononcle à Nominingue, cousin au Mexique, ni même grand-maman qui n’habite qu’à l’autre bout de Montréal.

Face à cette déconnexion trop abrupte, la civilisation d’Une fille pas trop poussiéreuse tombe dans la dépression et la dépravation. Les gens tentent de combler le vide intérieur et extérieur en cherchant le contact humain. Le sexe devient un moyen d’assouvir leurs besoins, non pas charnels, mais intérieurs comme le besoin d’une présence, le besoin d’oubli, le besoin de ne plus se sentir seul et de trouver un sens à ce qu’ils sont en train de vivre.

Une fille pas trop poussiéreuse

Entre le sexe meaningless et les conversations vides de sens, Matthieu ressent le vide du nouveau monde qui entre en collision avec son vide intérieur. Il lui manque quelque chose, ou plutôt quelqu’un: une fille pas trop poussiéreuse avec qui terminer son aventure. C’est là l’aspect qui m’avait de prime abord un peu déçue. J’ai trouvé ordinaire qu’on me ramène à un cliché aussi pittoresque. Mais en y pensant bien, ce serait probablement le réflexe de n’importe qui dans une situation pareille. La mini quête de l’amour de Matthieu n’est ainsi pas un moteur littéraire, mais plutôt une reproduction plausible de la réalité hypothétique du roman.

L’ambiance évolue au fil des pages, passant d’une narration plutôt légère à une écriture plus amère et à un humour plus sarcastique. Le ton devient de plus en plus lourd, les sujets également. Et c’est écrit avec des mots si simples qu’ils n’en sont que plus forts.

« Philippe tousse. Et tousse. Puis il ne tousse plus. Son corps comme du beurre de canicule se répand sur Beatriz, qui le repousse. Il glisse par terre et roule jusqu’à moi. Je pose ma main sur sa joue. Il n’y a plus rien à faire.

Oui, je sais, tout le monde haït ça, un livre d’enfants morts. » (p. 120)

La fin de la fin du monde

La fin du roman est surprenante, non pas parce que Matthieu meurt (ça, on le savait dès le début), mais parce qu’il trouve le sens de son existence (ou plutôt de sa mort) ailleurs que dans l’amour d’une femme. (Je ne vous en dis pas plus, à vous de le découvrir!)

Une fille pas trop poussiéreuse, c’est un roman qui finit mal. Qu’on referme avec un sentiment doux-amer, celui d’avoir eu une lecture franchement agréable, mais qui laisse une sensation de béton dans l’estomac.

Mais surtout, c’est un roman qui nous remet les idées à la bonne place, qui nous permet de relativiser le monde dans lequel nous vivons et qui nous donne l’occasion de redéfinir nos priorités.

Peut-être que, finalement, ce n’est pas la « fin du monde » s’il reste de la vaisselle sale sur le comptoir. Peut-être que, finalement, je ferais mieux de profiter de la fin du souper de famille plutôt que d’aller commencer à tout ranger. Parce que si demain, une grosse tonne de poussière tombait sur la ville, je préférerais avoir passé du temps avec ceux qui me sont proche plutôt qu’avec mes assiettes qui ne seraient plus très propres anyway.

Et vous, quels romans apocalyptiques vous ont profondément remué(e)?

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