Littérature étrangère
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Find Me, au détour de nos vies

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La nostalgie est un sentiment bien contradictoire. Elle éveille en nous un amour profond, une fascination digne de l’enfance face aux jours lointains. On rit d’elle, on la pleure, on se remémore et on caresse le lointain souvenir d’un passé simple et sans entraves. Mais parfois, on y plonge tête première avec tellement de conviction qu’il est parfois difficile d’accepter ses répercussions sur l’instant présent et de saisir ce qui nous entoure à l’heure actuelle.

Le passé définit-il notre présent et notre avenir? Sommes-nous vraiment prisonniers du temps ou bien sommes-nous capables de le défier par amour? Chaque seconde, chaque minute nous écarte de celui que nous étions et de celui que nous voulons devenir. Par amour, il faut parfois accepter que le temps n’existe pas, que les différences d’âge et le temps ne sont pas les ennemis du cœur. Ils sont plutôt les raisons qui nous forcent à nous retrouver et à nous redécouvrir. 

Happée par la beauté du roman et du film Call Me By Your Name, j’ai eu envie de me plonger de nouveau dans ce torrent passionnel nouvellement disponible en librairie. Succès attendu, Find Me est la suite du premier roman de André Aciman. Il me tardait de retrouver les maux du cœur portés par le jeune Elio et son maître Oliver. Retour sur une œuvre trouble, qui nous fait chavirer.

Tu aimeras celui que tu deviens

So much time, so many years, and all the lives we’d touched and left behind, as though they could just as easily have never happened, though happen hey did – time, as he’d said, time is always the price we pay for the unlived life.

D’emblée, il faut l’admettre, Find Me est un roman qui réjouira les fans de Call Me By Your Name. Bien que l’auteur ait décidé de réveiller ses vieux personnages, la nécessité de l’œuvre n’en est pas moins forte. Avec cette suite, les choses changent et évoluent. On y découvre un roman en mouvance, séparé sous quatre temps musicaux, soit quatre chapitres : Tempo, Cadenza, Capriccio et Da Capo. Frôlant les trois cents pages, le récit posé qu’on nous propose s’articule autour du temps.

Si Call Me By Your Name s’intéressait principalement à la relation entre le jeune Elio et son mentor Oliver, Find Me décide de pousser l’histoire un peu plus loin en amenant le père de Elio à l’avant du récit. Ainsi, le livre suit l’épopée des trois hommes au fil des années et des générations qui les séparent. Une entité est dédiée à chacun des quatre chapitres, à commencer par le père d’Elio qui ouvre la danse avec un chapitre long, très long.

Bien que Call Me By Your Name nous ait proposé une magnifique scène père/fils, il n’en demeure pas moins que le personnage du père d’Elio restait secondaire. En l’amenant au premier plan et en le laissant commencer le récit, on se demande quel rôle majeur lui est dédié dans l’histoire des amants. Évidemment, on comprend que le livre est narré au fil du temps, d’où l’importance de mettre le père en premier.

Cependant, le premier chapitre nous donne l’impression de partir vers un récit bien différent, comme si l’auteur avait eu envie de parler de l’amour à un certain âge. Il s’agit, selon moi, d’un récit plus personnel, propre à l’auteur. L’idée est bonne, touchante, mais le problème, c’est qu’on a l’impression que l’histoire d’amour des deux jeunes hommes a été transposée à une autre époque. Si bien qu’on se détache rapidement, comme si le coup de foudre était un concept simple à trouver.

Heureusement, la deuxième partie, axée sur le développement émotionnel et professionnel d’Elio, vient rapidement rajuster le tir. On y découvre un musicien épanoui, portant un langage propre à sa génération. Sa rencontre avec un homme plus vieux nous plongera dans un sentiment de déjà vu, bien entendu.

Bien que le récit explore la thématique des différences d’âge telle qu’abordée dans Call Me By Your Name, l’épopée est complètement différente : plus posée, mature, dialoguée. C’est une centaine de pages qu’on aurait préférée plus longue. Nous plongeant dans l’histoire de l’après-guerre en Europe, le récit retrace le parcours d’une mystérieuse partition de musique laissée en legs au conjoint d’Elio. C’est une façon d’aborder l’histoire, le langage universel de la musique et l’importance d’être transparent envers les autres.

De mon point de vue, l’auteur aurait gagné à nous plonger directement dans ce récit, ou bien de mettre l’emphase principale sur cette rencontre, car même si on s’attache au père et à Oliver, il n’en demeure pas moins qu’Elio attire tous les regards et notre attention.

La troisième partie est, quant à elle, consacrée à Oliver et à la vie qu’il s’est inventé pour protéger son histoire d’amour avec le jeune homme. C’est un bref passage d’une cinquantaine de pages qui aborde le regret, l’envie, la vieillesse et l’amour au temps où tout semble s’effondrer. D’une certaine façon, le récit du père et celui d’Oliver se complètent. Finalement, la quatrième partie, se déroulant bien des années plus tard, nous propose une courte immersion dans la vie de nos deux héros. On y découvre des hommes heureux, en paix avec le temps, qui ont su être patients et constants. 

À mille lieues de nous, souviens-toi de nos noms

Love is easy. It’s the courage to love and to trust that matters, and not all of us have both.

Malgré une faiblesse narrative, Find Me demeure un magnifique roman porté par un auteur en pleine possession de son sujet. Fidèle à sa plume, Aciman nous offre de beaux moments vertigineux, poétiques et mélodiques. Ses mots résonnent fort, et leur empreinte nous colle à la peau, même plusieurs semaines après notre lecture. On souligne sans cesse la beauté de ses métaphores, sa sincérité et surtout, sa sensibilité à la sexualité, car rares sont les auteurs dénués de tabous.

Dans le cas d’Aciman, il aborde la sexualité à travers les âges, particulièrement face à la vieillesse. Et c’est ce qui nous touche le plus de son récit. Ce n’est pas l’âge qui définit qui nous sommes et qui nous pouvons aimer, ni qui nous pouvons désirer. Il faut être fou pour penser que l’amour ne se vit qu’à un certain âge et que le reste de la vie ne nous sert qu’à observer ce qui nous reste.

Dans le cas de Find Me, les personnages sont en action et désirent se réinventer, se dépasser et accomplir ce qu’ils n’ont pas eu le courage de faire à un certain moment de leur vie. C’est alors d’autant plus puissant de les voir aussi sensibles au changement et à l’intemporalité de certains sentiments.

Le plus gros problème de l’œuvre réside en sa forme. À maintes reprises, on se demande si le format n’aurait pas été plus intéressant s’il avait été proposé sous forme de courtes nouvelles, de petits chapitres. Les quatre chapitres séparés sur trois cents pages nous donnent parfois l’impression de lire et relire les mêmes passages et les mêmes actions des personnages.

Bien que détendu, on sent que tout est en suspens. C’est un livre où il fait bon de prendre son temps, de respirer et de se laisser imprégner par les choses qui nous entourent. L’ajout de chapitres aurait rythmé davantage le récit et nous aurait donné l’occasion de nous attarder à certaines actions plus importantes, à la découverte de nouveaux personnages ou à l’explication logique de la suite des événements laissés en plan dans Call Me By Your Name.

Malgré certaines longueurs, on termine chacun des chapitres le sourire aux lèvres, heureux d’avoir pu laisser ces personnages s’exprimer à nouveau et de les avoir vus se donner le droit de vivre leur vie, peu importe où les événements les ont amenés.

Some of us never jumped to the next level. We lost track of where we were headed and as a result stayed where we started.

On termine Find Me avec le sentiment que l’auteur avait besoin de fermer une boucle, que le succès de son œuvre lui a permis de rêver et de replonger dans le passé de ses personnages pour leur offrir un meilleur avenir. C’est un choix judicieux, courageux et créatif. Malgré quelques faiblesses narratives, on est heureux de replonger une deuxième fois dans cette histoire sur les maux causés par la passion et le désir, mais surtout, on est heureux de retrouver la magnifique plume d’André Aciman. Le cœur plus léger, plus confiant du temps qui s’écoule, je termine cette lecture avec un baume sur le cœur. Le temps n’est pas l’ennemi de nos vies, il n’est seulement que la prémisse.

Et vous, quels livres vous ont permis de faire la paix avec le passé?

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