Bibliothérapie, Littérature québécoise
Comments 2

Tous mes amis sont des superhéros, ou le super pouvoir d’Andrew Kaufman

Tous mes amis sont des super héros

Au dernier salon du livre, j’ai passé beaucoup de temps à jaser avec Antoine Tanguay, le directeur des Éditions Alto. J’étais avec mon copain et ma belle-mère, et cette dernière, qui n’aime habituellement pas vraiment lire, lui a demandé une suggestion de lecture. À la suite de son conseil, Tous mes amis sont des superhéros d’Andrew Kaufman a réussi l’impossible : en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, ma belle-mère m’a prêté le livre en me disant qu’elle l’avait déjà terminé. Il s’agit d’une toute petite plaquette, mais elle l’a dévorée… et moi aussi! Comme chaque fois, ce (micro) roman des Éditions Alto (ma maison d’édition préférée parce qu’elle a toujours LE roman parfait selon mon humeur) m’a complètement subjuguée.

L’origine des super pouvoirs

Comme le résume si bien Virginie Pérucaud dans une précédente critique de Kaufman :

« C’est l’histoire d’amour entre Tom et Super-Perfectionniste. Le jour de leur mariage, Super-Hypno, jaloux, hypnotise Super-Perf pour qu’elle ne voit plus Tom. Celui-ci devient donc sélectivement invisible, ce qui est bien ennuyeux. »

Ennuyeux, à qui le dis-tu! À travers cette trame de fond qui tisse le récit s’entrelacent les histoires et les origines des autres superhéros, les amis de Tom (qui, lui, n’a aucun super pouvoir). C’est dans ces apartés que nous réalisons que tous ces superhéros n’ont en fait rien de bien particulier, seulement des caractéristiques humaines un peu plus exacerbées. Super-perfectionniste. Super-Je-dors-en-cuiller. Super-Paresseux. Super-Je-fais-tout-comme-toi. Super-Je-danse-trop-bien. Vous voyez le genre… Dans bien des cas, on nous explique même comment ils ont acquis leur super pouvoir. Par des histoires parfois loufoques, parfois tristes, on découvre au fil de notre lecture comment les superhéros sont devenus super. On remarque alors qu’il s’agit souvent d’un événement somme toute bien ordinaire… et bien à notre portée.

La super inclusivité

Je crois que ce que j’ai le plus adoré de ce roman de Kaufman, c’est la façon dont, avec la culture des super pouvoirs, il prône également l’acceptation de toutes les singularités. Tout ce qui est différent, et qui est donc matière à être critiqué et pointé du doigt par la société, devient une source de super pouvoir. 

« Sa chance est de pouvoir atteindre les plus hauts niveaux d’émotion ; son drame, de pouvoir aussi vite retomber au trente-sixième dessous. Il arrive à Super-Je-change-d’humeur-à-la-vitesse-du-son de passer de l’un à l’autre au beau milieu d’une conversation. Bizarrement, ça plaît beaucoup aux femmes. » (p. 92)

Kaufman aborde avec une simplicité déconcertante la bipolarité et transforme ce qui est habituellement un trait perçu négativement en quelque chose de positif et de grandiose : un super pouvoir, comme ceux que nous avons toujours rêvé d’avoir lorsque nous étions jeunes. Un super pouvoir qui séduit les femmes, qui plus est!

Cette inclusion, qui englobe autant les caractéristiques physiques que psychologiques, est amenée avec une plume légère et un humour qui verse dans la satire positive. Les sujets les plus lourds, comme la pauvreté, le deuil et les troubles mentaux, sont abordés avec une légèreté rafraîchissante, qui nous aide grandement à remettre nos propres principes à la bonne place.

La recherche de perfection

Pour en revenir à l’intrigue principale, soit Tom qui tente de redevenir visible aux yeux de Super-Perfectionniste, la femme de sa vie, j’en aurais beaucoup à dire. Super-Perfectionniste aime que toutes les choses soient parfaites, exactement comme il faudrait qu’elles le soient. Lorsque, tout à coup, Tom disparaît de sa vie, elle est très triste et l’attend pendant six mois… alors qu’il est juste à côté d’elle. 

Je trouve que c’est d’une profondeur incommensurable. Dans notre société d’aujourd’hui, nous sommes toujours à la recherche de la perfection. Nous voulons que tout se passe comme prévu, nous cherchons à toujours tout faire comme il se doit et nous sommes toujours vaguement malheureux, à attendre la perfection ou le bonheur… alors que ces choses se trouvent souvent juste sous notre nez. Nous ne les voyons juste pas. Il y a une leçon profondément simple et transcendante dans la prémisse même de cette histoire…

Il s’agit peut-être d’un tout petit livre de rien du tout, avec des histoires rocambolesques de superhéros, mais j’en ai tiré des leçons de vie qui m’ont profondément chamboulée et qui m’ont aidée à remettre beaucoup de choses en question.

« Il avance son front vers le sien. Leurs têtes se touchent. Sans un bruit, Tom articule les mêmes mots encore. ‘‘Qu’est-ce qui manque pour que tout soit parfait?’’ » (p.132)

Et vous, y a-t-il des romans d’apparence très simpliste qui vous ont aidé(e) à vous remettre en question?

2 Comments

  1. Ping : Tous mes amis sont des superhéros, ou le super pouvoir d’Andrew Kaufman | Le fil rouge – Le Bien-Etre au bout des Doigts

  2. Bonjour ! Mes lectures sont principalement orientées sur les mangas mais j’ai bien eu matière à relativiser en lisant « Our Summer Holiday de Kaori Ozaki. Un one-shot dont le contenu m’aura totalement surprise ! Concernant « Tous mes amis sont des superhéros » je viens de le recommander à une amie qui devrait adorer. Merci pour votre article !

    J’aime

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s