Auteur : Marie-Laurence Boulet

Nos vies parallèles

L’amour. Ou plutôt cet ardent désir de posséder, de donner et de désobéir à notre conscience pour laisser nos maux nous guider. Cet état qui nous enivre ou nous envenime, qui désamorce tous nos processus de défense et nos convictions les plus creuses. Cette emprise qui réchauffe chaque parcelle de nos corps, qui fait de nous des êtres à la fois puissants et vulnérables. Ce drôle de sentiment qu’est l’amour… Lorsqu’on l’accepte, on sait déjà qu’il n’y aura plus aucune chimère semblable. Car l’amour n’est pas une continuité, c’est une histoire unique. Le passé, le présent et le futur ne s’appliquent plus. L’amour est intemporel. Et puis il y a aussi le premier. Celui qui nous définit, qui nous semble impossible à affronter. C’est celui qui nous hante encore aujourd’hui, à moitié éveillé de ce mélange d’émotions. On ne s’en remet jamais complètement. Bien que conscients du pouvoir de cet éloge, nous refoulons souvent notre élan sentimental. De peur d’avouer mes faiblesses, j’ai très longtemps boudé les romans pouvant susciter ce genre d’éveil en moi. …

De là où nous venons

Je sais qui je suis. Mais je sais aussi que cette affirmation est bien peu suffisante pour répondre à tous nos questionnements. Bien que j’aie la certitude d’être née un premier juin 1992 à l’hôpital Saint-François-d’Assise de parents heureux et aimants, je n’en demeure pas moins curieuse de mes origines et de tout ce qui a pu façonner la personne que je suis devenue. Certaines qualités me proviennent directement de mes géniteurs d’amour, mais aussi (malgré le déni), plusieurs défauts. Nous sommes toujours fiers d’étaler nos talents et nos connaissances, mais toujours peureux à l’idée d’avouer aux autres ce que nous savons trop peu. Je crois que la plus grande question de tous les temps est sûrement celle qui nous angoisse tous le plus : qui sommes-nous? Même si nous connaissons notre parcours sur le bout de nos doigts et que nous prenons rapidement conscience de ce qui nous fait vibrer et de ce qui nous envenime, il n’en demeure pas moins que la conscience de soi est une quête infinie. Comment savoir si nous sommes à …

Ce qui dérange et bouleverse

Le pouvoir des livres est unique. Ils nous permettent de s’évader, de découvrir de nouveaux univers et de nous émouvoir devant autant d’imagination. Mais lorsque les livres prennent une plus grande ampleur et réussissent à se tailler une place dans nos vies personnelles, on se remet soi-même en question. Car lire nous permet avant tout de nous repositionner, de s’arrêter et se demander si nos envies, nos perversions et nos forces sont réelles. Certains livres changent notre perception de ce qui nous entoure de manière concrète. Ils allument en nous ce sentiment de sincérité face à notre propre confiance, mais surtout ils nous permettent de mieux comprendre notre entité, ce combat qui nous habite en tant que femme et avant tout en tant qu’être humain. 

C’est le cas du dernier objet littéraire de Maggie Nelson, Les argonautes (The Argonauts). Parue en 2015, cette œuvre à la fois mi-essai et mi-autofiction nous plonge dans diverses thématiques sans genre et sans nombre qui amènent une réflexion profonde sur l’art, la tendresse et la production sous toutes ses …

Le bruit des vagues

Je l’avoue, je suis éprise des histoires d’amour. Elles me fascinent par leur complexité, mais aussi par leur temporalité. Qu’elles soient destructrices ou émancipatrices, ces histoires occupent la plupart de nos pensées et nous font évoluer en tant qu’êtres humains, à une vitesse incroyable. Ces histoires nous brisent, nous forgent et nous rendent plus fort. Les épopées amoureuses sont omniprésentes dans la littérature. De Musset à Anna Gavalda, elles ont façonné les classiques d’hier et ceux d’aujourd’hui. Si les récits romanesques peuvent sembler, à bien des égards, porteurs de légèreté et d’insouciance, il n’en demeure pas moins que certains personnages trouvent en l’amour une manière de déjouer les préjugés et de dénoncer la société dans laquelle ils évoluent. C’est le cas précis de l’auteur anglais Ian McEwan. Ses œuvres s’articulant autour de l’amour, de la dérision et du mensonge, on est happé par ses romans psychologiques et sa plume unique. D’Amsterdam à Expiation, on lui doit une quinzaine de romans et plus de 15 millions de livres vendus à travers le monde. Parmi les œuvres …

À la recherche de la mer et du temps perdu

On rêve tous de tomber sur la parfaite lecture de vacances. Celle qui nous permettra vraiment de décompresser, de nous perdre dans un monde qui n’est pas le nôtre, mais surtout d’avoir le sentiment de s’arrêter et de prendre le temps pour s’émerveiller. On a beau arpenter les librairies, les sites Internet et les suggestions de nos amis, rien n’y fait; on ne trouve jamais la perle rare. Car rien n’est moins sûr qu’un excellent livre. C’est notre propre perception qui influence nos choix, nos intérêts. Et ce qui fait un bon livre à bien des égards n’en déçoit pas d’autres pour autant. C’est une entreprise difficile certes, jusqu’au moment où vous le trouvez. Caché dans le fond d’une bibliothèque, ce livre dont vous ignorez tout est sur le point de vous hypnotiser pendant des semaines, et vous ne savez même pas encore dans quoi vous vous engagez vraiment. C’est cette histoire d’amour que j’ai vécue le mois dernier alors que je suis partie découvrir l’Amérique centrale durant quelques semaines. Ayant angoissé pendant plusieurs semaines …

La tendreté de l’enfance, du livre à l’écran

Les adaptations cinématographiques d’œuvres littéraires nous rendent tous sceptiques. Le pari est souvent élevé, et si le film ne devient pas rapidement numéro un, on le classe dans la catégorie indéfiniment longue des mauvaises adaptations, car ce qui fait un bon livre ne signifie pas toujours un bon résultat sur nos écrans. Il suffit de penser à The Girl on the Train ou à la populaire série Divergent. Mais parfois, notre scepticisme étant si élevé, les surprises jaillissent de certaines œuvres qu’on croirait impossible d’adapter; que ce soit The Lord of the Rings ou plus récemment le magnifique IT. Pour ma part, je suis une très grande admiratrice de ce procédé. Il y a quelque chose de fascinant de permettre une seconde vie à ces personnages. Ce sont des œuvres qui prennent des risques extrêmes et qui sont dotées d’une telle qualité littéraire qu’on ne peut s’imaginer de les laisser dans notre bibliothèque. Et la plupart du temps, si le film est un échec, l’œuvre, elle, persiste. Et vice versa. Dernièrement, j’ai eu la chance de …

La croisée des chemins incertains

Le temps des premières fois est un moment marquant de nos vies qui ne laisse personne indemne. C’est une période d’éveil, de concrétisation et de tangibilité du monde adulte. À mi-chemin entre la douce naïveté de notre enfance et la pleine conscience du beau et du laid caché dans les plus petits détours de l’être humain. Oui, l’adolescence est un combat parfois difficile. On nous empiffre d’excuses et d’encouragements, car si quiconque peut survivre au secondaire, il peut survivre au monde adulte. C’est, du moins, ce que les grands disent.
 
J’ai survécu à mon secondaire. J’en porte encore les cicatrices, mais je partage maintenant le discours que mes parents et que les adultes autour de moi m’ont transmis. Ce fut une aventure difficile certes, mais en m’accrochant aux petites parcelles de lumières dispersées par certains amis, par l’art, le sport et principalement par la lecture, j’ai forgé petit à petit la femme que je suis aujourd’hui. Car les livres m’ont permis de trouver réconfort quand rien ne semblait fixe et que la tempête n’était jamais …

L’épopée de la nostalgie

Être amoureuse des livres, c’est aussi voir s’accumuler les œuvres de tous genres dans sa bibliothèque. Si bien que lorsqu’on prend le temps de s’arrêter, nous réalisons que sur les dizaines, centaines de livres présents, le trois quart est relié à un souvenir quelconque, à une découverte, un travail d’école, ou même, à un cadeau. Ce qui nous amène au quart… Ces livres cachés parmi tant d’autres, reçus en cadeau ou achetés sans le désir ardent d’une lecture immédiate, qui sont synonymes du fameux : << je le lirai plus tard >>. Mais prenons-nous vraiment le temps ? Si bien qu’un deux ans plus tard, on éprouve un certain malaise à l’idée d’être un traître, de l’exhiber ainsi sous nos yeux sans avoir réellement porté notre regard sur lui. 

Ainsi, je me suis donné le défi de lire ces livres. Peut être simpliste pour certains, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’un grand défi pour moi, puisqu’entre les services de presse, les cadeaux de Noël et de fête, cette minorité se transforme tranquillement en majorité et me …

Récit de jeunes rescapés

Les glissades d’eau sont souvent synonyme d’euphorie. Elles sont singulières par leur éphémérité et leur authenticité. Il faut l’admettre ; nager dans l’eau pendant des heures entières n’aura jamais procuré autant de satisfaction à un enfant. C’est le summum du divertissement, le Saint-Graal de nos jeunes étés. 
Mais si, comme moi, vous avez été cloîtré à une vision équivalente à celle de vos grands-parents, les glissades d’eau ont souvent été associées à la terreur. Car contrairement aux autres enfants de votre âge, le divertissement avait ses limites et ses conséquences. Je garde un souvenir très précis de cette peur constante. Celle de perdre ses lunettes, de devoir s’abstenir d’aller rejoindre mes amis dans la piscine à vague ou celle des nuits précédentes, où mon sommeil cédait à l’angoisse et aux mauvais scénarios déjà envisagés. Malgré tout, de loin ou de près, les glissades d’eau restent gravées dans notre mémoire comme l’équation d’une jeunesse absolue. Car pendant un bref moment, vous vous sentez à la fois en danger et immortel. C’est d’ailleurs cette idée qui a influencé un …

La fin de l’innocence

L’été est une saison unique. Chaque année, elle nous tient en haleine par son imprévisibilité. C’est elle qui anime les conversations et les espoirs de chacun. Elle marque la fin de l’hibernation et le début d’un souvenir ancien. Elle se dissocie des trois autres par sa légèreté, ses chaleurs et ses nuits sans fin. C’est le temps des glaïeuls, de l’amour et de la nouveauté. Je garde un souvenir précis de mes étés de jeune adolescente. Ces 2 mois qui nous semblent éternels et qui nous dissocient de la tempête qui gronde entre les casiers de la jungle du secondaire. C’est le seul moment où rien ne nous oblige à quoi que ce soit. Pas besoin de fuir, de faire semblant, de survivre. C’est la possibilité infinie de slush, de premières bières et de marathon THE O.C. (j’avais une belle vie, eh oui). C’est être soi-même complètement, et c’est se découvrir à travers nos propres yeux. 

C’est aussi la fin de l’innocence, l’éveil des sens et de l’émancipation. C’est s’opposer à toute figure parentale, être …