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La douleur du verre d’eau : une tempête dans un océan

Avant la tempête:  Je dois faire un mea culpa : je n’ai jamais été une grande fan de poésie. Peut-être que je n’avais simplement pas trouvé celle qui me parlait ou qui provoquait une émotion assez forte en moi pour me la faire savourer comme on déguste un bon vin. J’avais une appréhension envers ce genre jusqu’à ce que je découvre la poésie moderne québécoise. De la poésie qui me parle vraiment. C’est sa beauté, je trouve, car elle peut être appréciée par plein de gens différents selon ce qu’ils en comprennent. La première fois que la poésie a eu un sens pour moi est lors de ma lecture de Shenley, d’Alexandre Dostie. C’est avec ce recueil que j’ai renoué avec les non-vers, mais c’est avec La douleur du verre d’eau de Jean-Christophe Réhel que j’ai vraiment ressenti une émotion.  Pendant la tempête:  Le poète transpose un mal qui affecte plusieurs d’entre nous : l’anxiété. En souffrant moi-même, j’ai été transpercée par ses mots. Des mots qui racontaient ce que, souvent, je ne suis pas …

Laurie Bédard : poésie noctambule

Paru en octobre 2016 aux éditions Le Quartanier, série QR, Ronde de nuit est le premier recueil de la jeune auteure montréalaise Laurie Bédard, que j’ai eu la chance de connaître au département de littérature de l’Université de Montréal. Elle propose dans cette incursion poétique des textes à la fois évocateurs et d’une grande précision. Dans une déambulation noctambule en demi-teintes, elle parle de latence et d’état en suspension. Au centre de ces espaces voilés, peut-être même feutrés, se déplient les corps et leurs limites, leurs fonctions et leurs frictions bien anatomiques. Prenant les allures d’une expérience évanescente, cette lecture s’est avérée pour moi d’une sensorialité physique assez percutante, que je tenterai de mettre en mots. C’est au « tu » presque sentencieux que s’adresse cette voix d’outre-tombe qui ouvre le recueil et installe ces corps. Il faut souligner d’abord la rythmique particulière, que l’on sent intuitive et qui nous attire dans cette ronde. Entre flot et retenue, l’oscillation surprend et trouve son souffle dans l’entre-mot, déliant les remparts interprétatifs. Le vocabulaire vif brille de sa banalité …