Littérature canadienne
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Juste deux filles

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Le roman Les filles (2006) de Lori Lansens est écrit sous la forme d’une autobiographie. Il s’agit de l’histoire de Rose qui désire raconter sa vie, car elle a un anévrisme au cerveau qui va bientôt la tuer. Elle tente, par l’écriture, de raconter son histoire et, par le fait même, celle de sa soeur. Rose n’est donc pas seule dans ce tragique destin : elle a une soeur siamoise Ruby. Les deux soeurs vont donc témoigner de leur existence en écrivant ce qu’elles vivent et en expliquant leur mode de vie, sans jamais lire ce que l’autre écrit. Le lecteur est ainsi témoin des contradictions, des failles, des différences et de l’amour que ces deux soeurs se portent. Il s’agit d’un roman hors du commun qui donne voix à deux filles uniques auxquelles il est facile de s’identifier, malgré leurs embûches quotidiennes particulières et leur lien unique.

« Je n’ai jamais regardé ma sœur dans les yeux. Je n’ai jamais pris mon bain toute seule. Je n’ai jamais tendu les bras vers une lune ensorceleuse, la nuit, les pieds dans l’herbe. Je ne suis jamais allée aux toilettes dans un avion. Je n’ai jamais porté de chapeau. On ne m’a jamais embrassée comme ça. Je n’ai jamais conduit une voiture. Ni dormi d’une seule traite du soir au matin. Je n’ai jamais eu un entretien en privé. Je n’ai jamais marché en solitaire. Jamais grimpé dans un arbre. Je ne me suis jamais perdue dans une foule. Tant de choses ne me sont pas arrivées et pourtant j’ai été aimée, ô combien aimée. Et si l’occasion m’en était donnée, je vivrais mille vies comme celle que j’ai vécue pour être aimée de façon aussi absolue »

Ce texte pose des questions fondamentales liées à l’autre. Jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour l’autre ? Quels sont les liens qui nous unissent à une personne? Les soeurs de ce roman n’ont pas le choix, elles se soutiennent et se valent entièrement. Leur existence est possible grâce à celle de l’autre. C’est un livre qui soulève beaucoup de questions concernant les relations humaines, mais qui réussit tout de même parfaitement à traiter de la vie de deux filles, une vie des plus normales. Le texte ne tombe jamais dans la victimisation et le lecteur voit ces filles comme elles sont réellement, que des filles. En ce sens, le roman crée un lien d’amitié entre le lecteur et les deux personnages, car on peut facilement s’y identifier.

« Ruby échouait en mathématiques et, presque tous les ans, devait suivre des cours d’été. (Pour ma part, je n’avais que des « A+ »). Pourtant, je devais subir les cours d’été avec elle, pour qui les fonctions, les équations, l’algèbre et la géométrie restaient un mystère. Tante Lovey, lorsque je m’en plaignais à elle, répondait :

– Ruby va à l’école d’été pour les mathématiques, mais toi, Rose, tu apprendras une leçon précieuse.

– C’est pas juste, disais-je.

– Eh non. C’est ça, la leçon, répondait-elle en opinant du bonnet. »

Ce roman fut une lecture singulière que je ne peux comparer avec aucun autre roman. Le style est unique, tout comme le propos. J’ai été totalement fascinée par la vie de ces deux filles. Je me sentais liée à elles. La lecture de ce roman s’est donc faite rapidement, car les deux personnages m’ont tout de suite transportée dans leur quotidien unique, mais tellement ordinaire au fond. C’est la force de Lori Lansens que d’avoir réussi à raconter une histoire qui peut presque sembler être un fait divers et d’en avoir fait un véritable portrait de deux simples filles.

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Lectrice invétérée, Martine est bachelière en études littéraires et la cofondatrice du Fil rouge. Créative et inspirée, elle a l’ambition de faire du Fil rouge un lieu de rassemblement qui incite les lectrices à prendre du temps pour elles par le biais de la lecture. Féministe, elle s’intéresse aux paradoxes entourant les mythes de beauté et la place des femmes en littérature. Elle tentera, avec ses projets pour Le fil rouge, de décomplexer et de dédramatiser le fait d’être une jeune adulte dans une société où tout le monde se doit de paraitre et non d’être. Vivre sa vie simplement et entourée de bouquins, c’est un peu son but. L’authenticité et l’imperfection, voilà ce qui lui plait.

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