Chroniques d'une anxieuse
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Chroniques d’une anxieuse : le TOC

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Plus le temps avançait, mieux je me sentais et plus j’appréciais mes rencontres avec Monsieur M. Mon psy, à moi. Les mois passaient, défilaient à une vitesse folle, et j’avais cette drôle d’impression qu’il me connaissait mieux que personne, dans mes moindres détails. Un inconnu qui n’était, à présent, plus vraiment un inconnu, qui savait des choses que même mes amis les plus proches ignoraient. Et j’avais hâte de le voir à chaque semaine. Et j’attendais avec plein d’espérance cette petite heure où quelqu’un m’écoutait enfin.

Bref, mon psy était devenu mon meilleur ami.

À un tel point que j’étais rendue à lui raconter les plus banales péripéties de ma rocambolesque vie d’anxieuse. Du genre : lorsque je quittais mon appartement pour aller travailler, faire des courses ou peu importe, je vérifiais à plusieurs reprises si le four était bien éteint, si le frigo était effectivement fermé, si mon fer plat était débranché, mais surtout je m’assurais (une bonne dizaine de fois) que toutes les portes étaient très, très, très bien barrées.

J’étais même descendue en panique totale, une fois, de l’autobus qui me conduisait jusqu’au métro, prenant la chance d’être en retard au travail, pour aller re-re-re-vérifier si ma porte d’entrée était bel et bien verrouillée.

Et, à en voir la vitesse avec laquelle Monsieur M. écrivait tout ce que je lui disais, c’était loin d’être un épisode banal de ma vie. C’était loin d’être normal.

J’étais anormale.

Il a pris son grand air sérieux, a déposé son crayon, m’a regardée droit dans les yeux, comme lorsqu’un médecin annonce à l’un de ses patients qu’il est atteint d’un cancer, et m’a dit tout simplement : « tu as un TOC ». Un quoi? Un TOC. Un trouble obsessionnel compulsif.

Merde.

Le diagnostic était tombé et ça faisait mal. Ma tête avait plus de problèmes que je ne le pensais. Je souffrais de phobie sociale, j’avais un trouble d’anxiété généralisé et, maintenant, Monsieur M. m’apprenait que j’étais une obsessionnelle compulsive.

Lourd silence suivi d’une tonne d’images troublantes défilant dans ma tête. Des images que mon cerveau avait sûrement captées en regardant Canal D. Des gens obsessifs compulsifs qui accumulent tout plein de bébelles inutiles. Des cochonneries, des papiers, des « peut-être que ça va me servir un jour ». Des appartements qui débordent d’affaires amassées année après année (et où personne ne peut se déplacer).

Et, à ce moment là, j’ai eu peur. Je ne voulais pas être comme eux et passer à la télé dans dix ans. Monsieur M. a vu mes yeux apeurés, mes mains se mettre à trembler, mon corps commencer à taper du pied. J’étais anxieuse et obsédée.

Je me suis demandée si un jour j’allais être enfin normale. Si j’étais condamnée à être comme ça toute ma vie. Et j’avais peur, encore. J’avais peur de passer ma vie à avoir peur.

Monsieur M. m’a alors expliqué qu’il fallait que j’apprenne à avoir le contrôle sur moi-même. Que j’apprenne à me parler, à me dire que c’était assez, à ne plus vérifier sans cesse si j’avais bien fermé le four, le fer plat, le frigo, la laveuse, la machine à café, la porte d’entrée, etc. Parce que ça n’allait jamais finir. Et, dans quelques années, je risquais de ne plus vouloir sortir de chez moi. Condamnée à être prisonnière de ma tête, de ma peur. Pour toujours.

Et c’est là qu’il m’a demandé si je savais pourquoi j’agissais comme ça. Non, je ne savais pas. Je ne savais pas pourquoi ma tête avait décidé d’être fuckée. Je ne comprenais pas non plus pourquoi je ressentais le besoin de regarder maintes et maintes fois si j’avais bien éteint le rond de mon four. Même si je voyais qu’il n’était plus rouge. Même si j’avais toujours l’excellente idée de le toucher pour voir s’il était encore chaud. Et, même si mon cerveau enregistrait que tout était correct, ma tête, elle, ne voulait pas le comprendre, le croire.

« C’est parce que tu n’as pas confiance en toi, Alex. Tu penses que tes yeux te joueront des tours, mais ce n’est pas le cas. Il faut que tu prennes le risque de te tromper. »

Et c’est à ce moment que je me suis mise à pleurer. Mais pas juste un peu, à grands coups de sanglots, de grosses larmes incontrôlables parce que Monsieur M. venait de toucher un point sensible. Il m’a tendu une boîte de kleenex. Et, entre deux sanglots, je répétais sans cesse : « j’ai jamais su, moi, comment avoir confiance ». Parce que, oui, ça fait mal de ne jamais être certaine de soi, de toujours douter de soi-même, de toujours se remettre en question, de toujours avoir cette foutue impression de ne jamais faire la bonne affaire.

L’impression de toujours faire toute tout croche.

Mais je savais maintenant. Prendre le risque. Pour avoir confiance en moi. Il fallait que je prenne le risque de me tromper, de dire n’importe quoi, de me faire juger, de laisser le rond du four allumé. Risquer de souffrir, d’aimer trop, d’avoir mal, de faire des tonnes d’erreurs, d’avoir mal encore, de se retrousser les manches et de recommencer.

Parce que c’est pire d’avoir peur de se tromper que de se tromper tout court. Parce que la crainte d’avoir mal est plus terrible que la souffrance elle-même.

Parce que c’est à force de ne plus avoir peur qu’on finit par trouver le bonheur.

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Anxieuse à temps plein et insomniaque à temps partiel, Alexandra se nourrit à grands coups de mots, de phrases et de livres qui font rêver. L’écriture lui a toujours servi d’exutoire avec lequel elle pouvait coucher sur papier ses folies et ses nombreux tourments. Elle adore tout particulièrement se perdre dans les couloirs infinis des bibliothèques, mais également dans les corridors de l’Université de Montréal où elle fait un baccalauréat en Littérature comparée et cinéma. Elle se passionne pour les films cultes, les traversées autour du globe, les arts, la musique, la photographie, bref, elle s’intéresse à tout et veut tout savoir! Son but ultime : vaincre ses peurs et aller à la conquête du bonheur!

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