All posts tagged: anxieuse

Chroniques d’une anxieuse : avec toi j’révolutionnerais le monde

On m’avait surnommée le raton laveur au primaire parce que j’avais des cernes bleus qui m’pendaient jusqu’aux genoux. J’en ai pleuré une shot quand le gars sur qui j’avais un kick m’a appelée d’même devant toute la classe. J’ai longtemps pensé que j’tais pas belle, comme dans la toune de Jean Leloup, une p’tite maigrichonne qui se trouverait jamais de chum. Juste sentir mon corps exister, respirer, c’tait tough. Je faisais de l’insomnie, à 12 ans. Et j’avais des cernes de raton laveur, ben bleus, ben creux. J’savais pas pourquoi j’tais comme ça. J’me sentais différente pis pas normale. Trop souvent. Les p’tites voix dans mon cerveau me criaient des bêtises. C’tait gossant à la longue de se faire dire que je n’y arriverais pas, que j’devrais pas dire ceci ou cela, que j’tais pas bonne, pas fine, pas jolie pis un peu conne aussi. Ça te brime la confiance et l’estime en même temps. Un jour, j’ai surpris mon père dans son lazyboy, du Charles Aznavour dans l’tapis, une larme à l’œil. Il regardait …

Chroniques d’une anxieuse : t’es capable

Elle m’a tout raconté dans tous les plus beaux détails. Moi, j’men souviens pas. J’étais pas très vieille, 5 ans à peine, assise sur mon p’tit lit qui craquait tout le temps avec mes toutous pis mes murs jaunes, je regardais le sol, les yeux pleins d’eau, pleins du feeling incompréhensible du j’veux avancer, mais j’pas capable, j’suis figée dans ma chair avec une brique dans l’estomac qui m’fait sentir toute croche. Elle arrivait dans ma chambre, avec sa joie de vivre, les bras grands ouverts, du soleil dans le regard. J’aurais voulu être comme elle. À la place j’avais la mélancolie facile. À la place j’avais le cœur en miettes. Elle me demandait ce que je faisais là, à pleurer doucement, pourquoi j’avais autant mal et comment autant de peine pouvait se ramasser dans un aussi p’tit corps. Elle s’assoyait à côté de moi avec son plus magnifique sourire de t’inquiète pas j’suis avec toi, ça va ben aller. Et tout d’un coup j’me sentais un peu mieux. Un tantinet mieux. Un peu. Elle récidivait …

Chroniques d’une anxieuse : Bonyeu donne-moé une job

J’me suis réveillée, un matin gris-frette d’hiver, avec la toune Bonyeu des Colocs dans tête. Ça allait pas pantoute. J’avais l’impression de perdre le contrôle et, pourtant, c’tait pas si pire que ça dans l’fond, c’tait juste que j’avais peur. Beaucoup. J’arrivais pas à entrevoir ce que l’avenir me réservait. C’tait comme un gros trou noir, le néant, et je perdais pied. Le grand vertige. Le sol se dérobait sous moi. Faut dire qu’une semaine de gris-frette d’hiver, c’tait pas facile, pour personne. Ça rendait fou un peu pis très maussade aussi. J’avais besoin de soleil, de chaleur, de vagues bleues et de palmiers (et une coupe de tequila bang bang tant qu’à y être). À place j’avais de la slush brune collée après les bottes. Je la regardais et je me sentais comme elle. Dégueulasse, inutile et gossante. La toune des Colocs résonnait dans mes tympans. J’ai commencé à la chanter de toutes mes forces. À tue-tête. Un peu trop fort, comme si c’était mon dernier espoir, mon dernier souffle. Je voulais crier en même …

Chroniques d’une anxieuse : j’ai le awkward souvent

J’ai le awkward souvent. Quand c’est ma fête pis qu’on me souhaite bonne fête j’dis toi aussi. Je ris quand j’suis mal à l’aise à des moments inappropriés. C’est comme mon mécanisme de défense. J’ai déjà renversé une boisson en fontaine sur une fille sans faire exprès et j’ai tâché ses beaux souliers blancs. Un moment donné une femme m’a demandé de tenir un cupcake qu’elle venait juste de s’acheter, en spécifiant «échappe-le pas là!», pis je l’ai échappé. J’suis faite de même, qu’est-ce tu veux. J’ai essayé souvent de changer ce côté-là de moi, mais ça l’air que ça marche pas d’même la vie. Y’a des choses qui changeront jamais et qu’on doit seulement accepter. J’suis une perdue, voilà c’est dit. Quand je dois me rendre en quelque part, je prends à tout coup le mauvais chemin, même avec un GPS. Faque c’est ça, c’t’un peu niaiseux, la p’tite flèche bleue m’indique la bonne direction, mais je réussis quand même à aller dans le sens inverse. Mon cerveau n’a pas été programmé comme du …

Chroniques d’une anxieuse : les mots

  Ça sentait le vieux Tim Hortons pas propre. Y’avait du monde, beaucoup trop, ça parlait fort et ça criait que ça voulait du café pas bon, pas cher avec ben du sucre. Je venais de perdre trois heures de mon temps à essayer de trouver l’hôpital où je devais passer quelques tests, à me perdre dans ses couloirs infinis et à pleurer parce que je ne savais pas où aller. Pour finalement me faire dire par la madame crêpée jusqu’au plafond au sourire forcé à l’accueil que j’étais pas au bon endroit. Que j’avais tout fait ça pour rien. Parce que, comme d’habitude, j’étais trop perdue pour m’organiser comme du monde. Comme tout l’monde. J’avais le karma à terre cette journée-là. Mon sac était resté pris entre les portes du wagon du métro. Il était encore accroché à mon dos quand j’ai entendu « une porte de train bloquée cause un ralentissement de service sur la ligne orange ». C’était de ma faute. Deux gars super héroïques sont venus me secourir en tentant chacun …

Chroniques d’une anxieuse : c’était quoi la question, déjà?

Ce matin-là je m’étais réveillée de mauvaise humeur. Je détestais tous les hommes. Et tant qu’à y être, toutes les femmes aussi. Je détestais tout le monde et personne en même temps. Je détestais les gens qui toussaient trop fort dans le métro et les p’tits gars énervés qui manquent de respect. Je détestais tous les gens qui se pensent VIP dans la vie, qui croient dur comme fer que tout leur est dû. Je détestais les gens qui faisaient du bruit durant TOUT le film au cinéma avec leur sac rempli à rebord de popcorn. Et je détestais surtout la fille qui m’avait toussé dans les cheveux la veille dans l’autobus et qui avait pouffé de rire quand je lui avais dit que ça ne se faisait pas. J’en voulais surtout à la vie de m’avoir fait comme ça. Comme quelqu’un qui se questionne toujours trop, qui a de la misère à lâcher prise, qui ressent la vie avec tellement d’intensité que ça finit par la gruger par en-dedans. Je lui en voulais. Beaucoup. …

Chroniques d’une anxieuse : ma vie d’insomniaque

J’ai jamais compris pourquoi je me réveillais avec ce feeling là. Celui qui te crie en pleine figure : «tu vas passer une sale journée». Quand t’as juste le goût de pleurer, de brailler ta vie, de gueuler le plus fort possible, de rester dans les couvertures et d’attendre que ça passe. Attendre que la réalité ait moins les airs d’un cauchemar. Et espérer que ton estomac se dénoue un peu, juste un peu. Stresser toute la journée c’était apparemment pas assez, il fallait que ça continue dans mes rêves, durant la nuit, jusqu’au petit matin. Pour mes angoisses, ça existait pas un moment d’répit. Jamais. Elles s’amusaient à me réveiller à chaque fois à trois heures du mat’, à me mettre sous le nez tout ce que j’essayais d’oublier à travers mon sommeil. Je n’avais pas le droit au repos. J’ai passé tellement de nuits à fixer mon plafond. À me remettre en question. À réfléchir à mille et un trucs que je finissais par trop analyser, par surinterpréter, par tout déformer. Le réel avait …

Chroniques d’une anxieuse : j’te jure, tu vas revenir!

Je ne sais pas trop pourquoi, mais j’ai toujours aimé marcher sous la pluie. Souvent, ça a été un des meilleurs remèdes pour remonter mon p’tit moral tristounet. Moi, le sourire aux lèvres, sous une douche de petites gouttes tombant du ciel, j’oubliais mes soucis, mes tracas, le merdier dans ma tête qui m’empêchait d’avancer. J’oubliais, les deux pieds trempés, que le matin un autobus avait passé un peu trop près du trottoir où je me trouvais faisant éclabousser une vague de bouette sur ma jolie robe. J’oubliais qu’en allant me chercher un café, la robe toute tâchée de gadoue bien brune, un homme m’avait dépassée et avait commandé pendant trois heures des breuvages pis des beignes pour tous ses p’tits amis. J’oubliais qu’en prenant ma douche la veille j’avais pleuré sans trop savoir pourquoi. Juste parce que mon corps avait besoin de faire sortir une peine incontrôlable, une peine qui n’avait pas de nom, mais qui était bien réelle. Pis cette peine-là me hantait encore. C’était difficile à expliquer, à comprendre, à saisir. C’était …

Chroniques d’une anxieuse: la fois où j’ai arrêté d’écrire des To do lists

Première journée de printemps après un hiver beaucoup trop long (genre vraiment frette avec le teint vert pis un manque flagrant de vitamine D). Je regardais le ciel bleu par la fenêtre de mon appart, comme si je n’avais jamais rien vu d’aussi magnifique. Un avion laissait une traînée blanche derrière son envolée. Et je me disais, tranquillement, «moi aussi, un jour, je laisserai une traînée blanche derrière moi pour partir loin, loin, loin». Loin de mes obsessions. Maudit que ça m’ferait du bien. L’idée de moi au soleil me plaisait assez. Pour faire le plein de bonheur. Pour me perdre dans un autre univers, une nouvelle culture, une langue étrangère qui chatouillerait mes tympans. Mais à la place, j’attendais l’été, patiemment, dans mon appart encore congelé. Et, partout autour de moi, il y avait des listes. Sur le mur, sur la table de chevet, sur le bureau. Des To do lists. PARTOUT. J’étais pas capable de vivre sans. Il me fallait ma liste des «choses à faire pour la journée», celle des «tâches à …

Chroniques d’une anxieuse : une p’tite pilule, une p’tite granule pis un Rivotril

C’était tentant, toujours tentant, cette p’tite pilule magique qui m’interpellait en disant «viens, avec moi, il n’y aura plus jamais aucun problème». Elle était là. Elle m’attendait. Elle me promettait une vie meilleure, de me rendre normale ou presque, de me débarrasser de toute trace d’anxiété pendant quelques heures. La fiole était sur la table de la cuisine. Elle était remplie de minuscules ronds orangés. Remplie de Rivotril qui n’attendait que le jour où je l’engloutirais au fin fond de ma gorge. Et je la dévisageais déjà depuis des heures en ne sachant pas trop si je pouvais lui faire confiance. J’en avais seulement quinze à ma disposition. Quinze pour l’année. Pas plus. Pas moins. Quinze. Et j’avais décidé, durant une de mes fameuses nuits d’insomnie, d’en sacrifier une pour essayer. Pour voir, comprendre, expérimenter. Pour apercevoir ce que j’allais devenir. Parce que, oui, j’ignorais ce que j’allais être avec cette p’tite pilule dans mon corps. J’avais comme l’impression que j’allais me transformer en une nouvelle Alex. Plus relaxe, plus calme, moins stressée. Mais peut-être …