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Chroniques d’une anxieuse : Bonyeu donne-moé une job

J’me suis réveillée, un matin gris-frette d’hiver, avec la toune Bonyeu des Colocs dans tête. Ça allait pas pantoute. J’avais l’impression de perdre le contrôle et, pourtant, c’tait pas si pire que ça dans l’fond, c’tait juste que j’avais peur. Beaucoup. J’arrivais pas à entrevoir ce que l’avenir me réservait. C’tait comme un gros trou noir, le néant, et je perdais pied. Le grand vertige. Le sol se dérobait sous moi. Faut dire qu’une semaine de gris-frette d’hiver, c’tait pas facile, pour personne. Ça rendait fou un peu pis très maussade aussi. J’avais besoin de soleil, de chaleur, de vagues bleues et de palmiers (et une coupe de tequila bang bang tant qu’à y être). À place j’avais de la slush brune collée après les bottes. Je la regardais et je me sentais comme elle. Dégueulasse, inutile et gossante. La toune des Colocs résonnait dans mes tympans. J’ai commencé à la chanter de toutes mes forces. À tue-tête. Un peu trop fort, comme si c’était mon dernier espoir, mon dernier souffle. Je voulais crier en même …

Chroniques d’une anxieuse : j’ai le awkward souvent

J’ai le awkward souvent. Quand c’est ma fête pis qu’on me souhaite bonne fête j’dis toi aussi. Je ris quand j’suis mal à l’aise à des moments inappropriés. C’est comme mon mécanisme de défense. J’ai déjà renversé une boisson en fontaine sur une fille sans faire exprès et j’ai tâché ses beaux souliers blancs. Un moment donné une femme m’a demandé de tenir un cupcake qu’elle venait juste de s’acheter, en spécifiant «échappe-le pas là!», pis je l’ai échappé. J’suis faite de même, qu’est-ce tu veux. J’ai essayé souvent de changer ce côté-là de moi, mais ça l’air que ça marche pas d’même la vie. Y’a des choses qui changeront jamais et qu’on doit seulement accepter. J’suis une perdue, voilà c’est dit. Quand je dois me rendre en quelque part, je prends à tout coup le mauvais chemin, même avec un GPS. Faque c’est ça, c’t’un peu niaiseux, la p’tite flèche bleue m’indique la bonne direction, mais je réussis quand même à aller dans le sens inverse. Mon cerveau n’a pas été programmé comme du …

Chroniques d’une anxieuse : c’était quoi la question, déjà?

Ce matin-là je m’étais réveillée de mauvaise humeur. Je détestais tous les hommes. Et tant qu’à y être, toutes les femmes aussi. Je détestais tout le monde et personne en même temps. Je détestais les gens qui toussaient trop fort dans le métro et les p’tits gars énervés qui manquent de respect. Je détestais tous les gens qui se pensent VIP dans la vie, qui croient dur comme fer que tout leur est dû. Je détestais les gens qui faisaient du bruit durant TOUT le film au cinéma avec leur sac rempli à rebord de popcorn. Et je détestais surtout la fille qui m’avait toussé dans les cheveux la veille dans l’autobus et qui avait pouffé de rire quand je lui avais dit que ça ne se faisait pas. J’en voulais surtout à la vie de m’avoir fait comme ça. Comme quelqu’un qui se questionne toujours trop, qui a de la misère à lâcher prise, qui ressent la vie avec tellement d’intensité que ça finit par la gruger par en-dedans. Je lui en voulais. Beaucoup. …

Chroniques d’une anxieuse : ma vie d’insomniaque

J’ai jamais compris pourquoi je me réveillais avec ce feeling là. Celui qui te crie en pleine figure : «tu vas passer une sale journée». Quand t’as juste le goût de pleurer, de brailler ta vie, de gueuler le plus fort possible, de rester dans les couvertures et d’attendre que ça passe. Attendre que la réalité ait moins les airs d’un cauchemar. Et espérer que ton estomac se dénoue un peu, juste un peu. Stresser toute la journée c’était apparemment pas assez, il fallait que ça continue dans mes rêves, durant la nuit, jusqu’au petit matin. Pour mes angoisses, ça existait pas un moment d’répit. Jamais. Elles s’amusaient à me réveiller à chaque fois à trois heures du mat’, à me mettre sous le nez tout ce que j’essayais d’oublier à travers mon sommeil. Je n’avais pas le droit au repos. J’ai passé tellement de nuits à fixer mon plafond. À me remettre en question. À réfléchir à mille et un trucs que je finissais par trop analyser, par surinterpréter, par tout déformer. Le réel avait …

Fête nationale du déménagement!

On va se le dire, peu de Québécois célèbrent la Fête nationale du Canada. D’abord parce qu’ils sont encore en train de se remettre de leur St-Jean, mais surtout… Parce qu’ils déménagent! Sans me proclamer spécialiste en déménagement, j’ai quand même une bonne moyenne: cette année, j’en suis à mon septième en sept ans. Oui, oui, depuis 2009 (inclusivement), j’ai changé d’appartement à chaque été! J’ai heureusement eu droit à l’aide de mes parents qui ont, quant à eux, une moyenne encore plus impressionnante que la mienne – ils ont surtout une couple d’années d’avance sur moi. Comme je sais que ce n’est pas le cas pour tout le monde (d’avoir de l’aide et/ou que vos parents soient experts en la matière), j’ai décidé, à l’approche de la date fatidique (peut-être est-elle déjà passée pour certains), de vous élaborer un petit guide du parfait déménageur! Vous me remercierez quand toutes vos boîtes seront défaites et que vous profiterez enfin de votre nouvel environnement, mojito à la main. Je suis toujours partante pour un mojito. Faire le ménage Changement d’adresse. Je l’ai mis dans la catégorie «faire …

Chroniques d’une anxieuse : j’te jure, tu vas revenir!

Je ne sais pas trop pourquoi, mais j’ai toujours aimé marcher sous la pluie. Souvent, ça a été un des meilleurs remèdes pour remonter mon p’tit moral tristounet. Moi, le sourire aux lèvres, sous une douche de petites gouttes tombant du ciel, j’oubliais mes soucis, mes tracas, le merdier dans ma tête qui m’empêchait d’avancer. J’oubliais, les deux pieds trempés, que le matin un autobus avait passé un peu trop près du trottoir où je me trouvais faisant éclabousser une vague de bouette sur ma jolie robe. J’oubliais qu’en allant me chercher un café, la robe toute tâchée de gadoue bien brune, un homme m’avait dépassée et avait commandé pendant trois heures des breuvages pis des beignes pour tous ses p’tits amis. J’oubliais qu’en prenant ma douche la veille j’avais pleuré sans trop savoir pourquoi. Juste parce que mon corps avait besoin de faire sortir une peine incontrôlable, une peine qui n’avait pas de nom, mais qui était bien réelle. Pis cette peine-là me hantait encore. C’était difficile à expliquer, à comprendre, à saisir. C’était …

Chroniques d’une anxieuse: la fois où j’ai arrêté d’écrire des To do lists

Première journée de printemps après un hiver beaucoup trop long (genre vraiment frette avec le teint vert pis un manque flagrant de vitamine D). Je regardais le ciel bleu par la fenêtre de mon appart, comme si je n’avais jamais rien vu d’aussi magnifique. Un avion laissait une traînée blanche derrière son envolée. Et je me disais, tranquillement, «moi aussi, un jour, je laisserai une traînée blanche derrière moi pour partir loin, loin, loin». Loin de mes obsessions. Maudit que ça m’ferait du bien. L’idée de moi au soleil me plaisait assez. Pour faire le plein de bonheur. Pour me perdre dans un autre univers, une nouvelle culture, une langue étrangère qui chatouillerait mes tympans. Mais à la place, j’attendais l’été, patiemment, dans mon appart encore congelé. Et, partout autour de moi, il y avait des listes. Sur le mur, sur la table de chevet, sur le bureau. Des To do lists. PARTOUT. J’étais pas capable de vivre sans. Il me fallait ma liste des «choses à faire pour la journée», celle des «tâches à …

Chroniques d’une anxieuse : une p’tite pilule, une p’tite granule pis un Rivotril

C’était tentant, toujours tentant, cette p’tite pilule magique qui m’interpellait en disant «viens, avec moi, il n’y aura plus jamais aucun problème». Elle était là. Elle m’attendait. Elle me promettait une vie meilleure, de me rendre normale ou presque, de me débarrasser de toute trace d’anxiété pendant quelques heures. La fiole était sur la table de la cuisine. Elle était remplie de minuscules ronds orangés. Remplie de Rivotril qui n’attendait que le jour où je l’engloutirais au fin fond de ma gorge. Et je la dévisageais déjà depuis des heures en ne sachant pas trop si je pouvais lui faire confiance. J’en avais seulement quinze à ma disposition. Quinze pour l’année. Pas plus. Pas moins. Quinze. Et j’avais décidé, durant une de mes fameuses nuits d’insomnie, d’en sacrifier une pour essayer. Pour voir, comprendre, expérimenter. Pour apercevoir ce que j’allais devenir. Parce que, oui, j’ignorais ce que j’allais être avec cette p’tite pilule dans mon corps. J’avais comme l’impression que j’allais me transformer en une nouvelle Alex. Plus relaxe, plus calme, moins stressée. Mais peut-être …

Chroniques d’une anxieuse: un amour d’anxieux

Cet été, quand je t’ai avoué que j’étais anxieuse, j’ai eu peur que tu partes en courant. Mais tu m’as seulement regardée, l’air un peu surpris, en me disant : «moi aussi». C’était la première fois que je rencontrais un gars comme toi. J’avais l’impression que tu me comprenais vraiment. Et j’ai su, à ce moment-là, que je souhaitais que tu fasses partie de ma vie. Tu étais un anxieux comme moi. Tu te questionnais sans cesse, tu angoissais parce que le bar où tu voulais m’offrir un verre était fermé et tu voulais que tout soit parfait. Et ça me faisait rire parce que j’avais l’impression de me voir agir. Comme si, à mes côtés, se trouvait une espèce de version masculine de moi-même. Durant nos premières dates, on restait souvent en silence, côte à côte. Moi je me disais dans ma tête : «allez dis quelque chose, vite! N’importe quoi!», mais, pour être honnête avec toi, j’avais juste envie de t’embrasser comme une adolescente de quatorze ans. Et je voyais bien que, toi aussi dans …

Chroniques d’une anxieuse : pardonne-moi mes silences

Je n’ai jamais vraiment compris pourquoi je me sentais autant opprimée, un poids lourd qui écrasait mon cœur, lorsque j’étais dans un groupe de plusieurs personnes. Des personnes qui parlaient, parlaient et parlaient. Et, moi, qui restais en silence. Parce que je n’avais pas le courage d’ouvrir la bouche, parce que le temps que je me décide à l’ouvrir la conversation s’était déjà envolée dans une autre direction. Et je restais en silence. Mon problème c’est que j’ai toujours eu de la difficulté à prendre ma place parce que j’ai souvent eu l’impression que les autres ne m’en laissaient pas assez. Ou que je n’étais pas suffisamment intéressante. Mais ce n’était pas leur faute ni la mienne. Le coupable c’était mon cerveau, emprisonné dans une cage de mots, qui discutait avec lui-même sans cesse. Il y avait tellement de discutions dans ma tête, des discutions bipolaires et maniacodépressives, « Alex dis pas ça, tu vas avoir l’air conne », « Allez vas-y, dis-le », « dis-le pas de toute façon personne va t’écouter »… Et …